Agnès Obel en concert – Une fille en format philharmonique

15 mai 2017 Par
Antoine Couder
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Samedi 13 et dimanche 14 mai, l’artiste danoise a donné deux concerts dans la grande salle de la Philharmonie de Paris, devant un public conquis d’avance.

Torpeur gothique. La première partie de V.O ne laissera pas de grands souvenirs au public (même si l’approche impressionniste des Belges folk-pop est forte intéressante). On est venu pour vibrer au son de cette torpeur gothique qui semble tout droit sortie d’une forêt enchantée. L’ensemble d’Agnès Obel est encadré de deux violoncelles qui donnent le tempo et tels des synthétiseurs rythmiques forgent et approfondissent les mélodies tout en soutenant le chœur. La maison est toute de cordes, lourdes de sous-entendus. When you’re love something you may feel guilty… précisera la chanteuse pour annoncer une very danish song. Impressionnée de jouer dans une si grande salle mais sans pour autant paraître décontenancée par son dispositif, elle tente d’apparaître dans son personnage philharmonique, jeu entre présence hiératique et envolées puissantes ; complexité des motifs qui font oublier que l’on passe souvent très simplement de couplet en couplet par des ponts joliment troussés sur lesquels les musiciens se font longuement les dents avant de trouver leur équilibre.

Power of secret. Le show repose, en effet, tout entier sur la légèreté ; des chœurs qui s’envolent, d’un mur de son qui laisse toute la place à cette fameuse voix reconnaissable entre toutes, à sa chaude gravité, son allégresse que l’anglais redouble et finalement ce swing discret, un peu caverneux, qui habille une musique également folk. The power of secret répète l’artiste comme si nous pouvions comprendre, avant de prendre seule le piano pour un set d’une vingtaine de minutes, une suite de variations et d’accélérations mélodiques (clins d’œil à Chopin, à Debussy). Le songe obélien par excellence qui justifie à lui seul le concert. C’est d’ailleurs l’un des atouts de cette salle d’autoriser ces basculements – de l’orchestre de chambre au piano solo- offrant ainsi aux artistes une perspective incroyable sur leur possibilité d’interprétation (sans même parler de l’acoustique).

Violence qui plane. A l’arrière-plan, une vidéo projette la silhouette des musiciens en les démultipliant sous un effet de couleur flottante, rouge le plus souvent. On a l’impression d’atterrir sur un site protohistorique, mélange de ruines et de mystères, qui indiquerait précisément la destination finale de ce concert. Certes, les morceaux ne vont pas forcément au bout de leur promesse et l’inspiration semble parfois primer sur la structure. Progressivement pourtant, l’orchestre resserre son propos, éliminant les petites approximations pour offrir toute sa dextérité dans des montées en puissance proprement philharmoniques. Le public adore, subjugué par cette violence émotionnelle qui jusqu’ici ne faisait que planer sur lui. Et n’est-ce pas justement ce qu’il était venu chercher ce soir ? Une brutale explosion des sentiments sous une apparence de douceur.

Visuel :© Alex Bruel Flagstad