Je suis venu vous dire : Gainsbourg par Ginzburg

8 décembre 2011 Par
Olivier Handelsman
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A-t-on enfin digéré la mort de Serge Gainsbourg ? A en croire la vague d’oeuvres artistiques le prenant pour point d’appui (« Gainsbourg, vie héroïque », de Joann Sfar, sorti le 20 janvier 2010; « l’Homme à la tête de chou », d’Alain Bashung, sorti le 7 novembre 2011 ; « From Gainsbourg to Lulu », de Lulu Gainsbourg, sorti le 14 novembre 2011, etc), c’est bien le cas. Comme tous les phénomènes de mode, la Gainsbourgmania se propage à une vitesse folle, avec bien souvent pour instigateurs des amis, des membres de la famille et des aficionados de longue date, mais aussi des profiteurs sans légitimité. Fort heureusement, Pierre-Henry Salfati n’est ni de la première, ni de la deuxième catégorie, et son film révèle une réelle recherche partie d’un sentiment fort.

Vous reprendrez bien un peu de Gainsbourg ? Bien vous en prend : un nouveau documentaire sur la vie de Gainsbourg arrivera sur les écrans le 15 février prochain. Encore ? De la facilité ? Non. L’on est frappé par la quantité d’arguments que doit déployer chaque musicien, chaque réalisateur, chaque écrivain suivant la vague d’hommages du moment à Gainsbourg, pour ne pas effrayer un public échaudé et paraître commercial à outrance. Pierre-Henry Salfati n’y fait pas exception, et c’est avec regret que nous devons lui conseiller la simplicité sur ce point.

« Je suis venu vous dire : Gainsbourg par Ginzburg » se suffit à lui-même. Avec un travail minutieux d’artisan soucieux et honnête, la production nous livre un documentaire passionnant, pour qui connaît Gainsbourg ou vient de le découvrir. Drôle, attachant, triste, gai et répugnant à la fois, Lucien Ginzburg le mal coiffé, mal rasé, aux oreilles d’éléphant et aux lèvres impressionnantes d’expressivité n’est-il plus un secret pour personne ? Ce monstre sacré de la musique et du chant, surdoué de la culture médiatique, fasciné par le star-system comme par l’art classique et la femme sous toutes ses formes, ne se cachait jamais vraiment, mais mentait par omission comme un arracheur de dents. La plupart de ses interviews lui donnaient un air impénétrable, alors que certains documents, retrouvés par le réalisateur, révélaient l’intérieur délicat de sa carapace.

Mufle, obsédé, débordant d’amour et de haine, alcoolisé plus que de raison, on le reconnaît sans peine durant cet assemblage cohérent de concerts, d’entrevues filmées et de documents audio qui semble être narré par le grand Serge lui-même. Une émotion et une fierté indescriptibles se discernent sur le visage abîmé de Gainsbourg lorsque, lors de son dernier grand concert au Zénith en 1989, il présente son fils Lulu (aujourd’hui héritier de son œuvre) au public (le pauvre bambin en salopette est terrifié par la foule et n’arrive même pas à dire « bonjour », à faire fondre le plus sérieux des chroniqueurs). Non moins fier de sa chienne (un pitt-bull terrier, aujourd’hui commun, mais à l’époque inconnu en France), il en fait le sujet de l’une de ses interviews. Certains moments comme ceux-ci semblent avoir été inclus par le chanteur lui-même, pour témoigner d’une vie parfois moins héroïque que simple et chaleureuse. Le plus grand reproche à adresser à ce documentaire serait une présence inutile de répétitions, qui non contentes de ne pas aider à la compréhension, faussent parfois la dynamique du film.

 

Informations Pratiques


Je suis venu vous dire : Gainsbourg par Ginzburg

A partir du 15 février 2012. 1h38. Réalisé par Pierre-Henry Salfati, Kanibal productions.