[Live report] Tindersticks, La Femme, Suuns & Battles à La Route du Rock

14 août 2016 Par Bastien Stisi | 0 commentaires

Après Usé & La Colonie de Vacances jeudi, et Belle and Sebastian et Pantha du Prince vendredi, La Route du Rock accueillait hier soir, avec Tindersticks, La Femme, Suuns et Battles, la programmation la plus séduisante de son édition 2016.

La gamelle LUH

Et cette soirée-là, malgré son début en demi-teinte, fut la meilleure. Et de très loin. Demi-teinte, parce qu’après le post-punk qui se regarde les pieds, qui lance les cheveux (lorsque cela est possible) et qui trouve quelques mélodies dans la grisaille des guitares (Ulrika Spacek), on se voit confirmer en live ce que l’on avait déjà un peu redouté en studio, au moment de la sortie de Spiritual Songs for Lovers to Sing (Mute Records) : construit sur les cendres encore brûlantes de WU-LYF, LUH (Lost Under Heaven), le nouveau projet de son leader Ellery Roberts (mené avec la chanteuse Ebony Hoorn), ne parvient pas même à titiller la cheville de sa très illustre ascendance, dont il semble avoir décidé, en la caricaturant (et en usant parfois d’un vocoder dommageable), d’annuler la subtilité prégnante au profit d’une extravagance absolument usante. Le rock traumatique de WU LYF mettait à nu et avec virtuosité que l’on avait rarement senti aussi nécessaires, les blessures les plus incendiaires. Celui de LUH, plutôt, se fait pompier. Maniéré, forcé, foiré, et fuite à grandes enjambées.

Le live de Tindersticks, lui, est naturellement marqué par cette élégance folle et cette fascination pour le spleen qu’il peut être utile de partager parfois (on pense un peu au live qu’avaient livré l’an passé les Timber Timbre ici même). Ce rock-là, toutefois, et comme on avait pu le constater il y a trois ans au Printemps de Bourges où les Britanniques avaient investi la cathédrale locale pour les besoins d’un live forcément mystique, ne s’avère pas forcément adapté, il faut bien l’avouer, à une très large scène en festival, en plein air, à 21h00. Les puristes apprécieront tout de même. Et les autres se projetteront, déjà, vers le grand rendez-vous de ce samedi soir (et de ces quatre jours de festival ?) qui intervient sur la Scène du Fort dans la foulée.

La Femme : don de plaisir

Ce grand moment, c’est le retour de La Femme à La Route du Rock, ce collectif de garçons et de fille qui passe dans le coin, déjà et avec seulement deux albums au compteur, pour la troisième fois. Et c’est justement avec l’excellent « Sphynx » et le plus contrasté « Où va le monde », tous deux issus de ce second album – Mystère, Born Bad Records – qui arrive dans les prochains jours (le 2 septembre), que La Femme lance les festivités avec ce sex-appeal qui, pas de problème, ne l’a pas franchement quitté depuis la parution de Psycho Tropical Berlin, incontestablement l’un des albums de pop française les plus influents de ces dernières années.

Alors, La Femme « donne du plaisir ». Beaucoup. Avec les morceaux de ce nouvel album, dont certains sont encore inconnus aux tympans de tous, comme « Mycose », ou comme ce son qu’il ne nous a pas été possible de retenir, puisqu’une chenille (plusieurs en fait) s’est formée dans la foule, et a fait légèrement graviter les esprits et les corps ici. Plaisir aussi, avec les morceaux d’hier, bien sûr, chantés comme les hymnes pop qu’ils sont devenus en trois ans, des problématiques genrées de « Si un jour » à celles, adultères, de « Nous étions deux », des tribulations de « Packshot » aux chants du lendemain de « It’s Time to Wake Up (2023) », en passant, naturellement, par l’immense « Sur la Planche », qui ne laisse pas apparaître une planche de surf comme sur certains lives de la dernière tournée mais qui provoque quand même une sacrée onde de choc dans le coin. On termine par « Antitaxi » (« taxi beaucoup trop dangereux ! »), et on remercie bien fort La Femme : pour l’heure, le meilleur live (et la meilleure teuf finalement) de La Route du Rock, c’était bien celui-là.

Suuns & Battles toujours au sommet

Et les ondes très très positives émises par La Femme ont des répercussions. Pas forcément sur le live d’Exploded Viewet son post-punk renfermé sur lui-même qui intervient dans la foulée, par ailleurs. Trop compliqué de passer après ça. Mais sans doute sur celui des excellents Canadiens de Suuns, qu’on aborde avec un esprit peut-être moins refoulé, surtout vu la figure du dernier album (Hold / Still) dont l’interprétation live aurait pu faire un tout petit peu peur (ou « terroriser » même) tant le groupe se fait de plus en plus radical au fur et à mesure que les années et les albums (celui-ci est le troisième) s’allongent. Sonique, claustro et dégénéré, cette perf-là marquera finalement, et pas vraiment de surprise là-dedans, par son intensité, par son application et par sa nervosité toujours tangible. Quelques très grands moments (« Translate », « UN-NO », « Edie’s Dream », « Fall »), d’autres immenses (les incontournables « Arena », « 2020 ») et la transe des spectres, ici, à son apogée. En studio ou en live, toujours, l’un des groupes d’indie rock traumatique les plus fascinants de la scène actuelle.

Transe aussi (mais plutôt celle de curieux robots ici) avec les Battles, qui clôturent cette soirée anthologique de la plus grande des manières, en étalant leur math-rock électronique, tortueux, complexe et sonique dans les environs et en mélangeant titres d’hier (les immenses « Atlas » et « Futura ») et d’autres d’aujourd’hui (« The Yabba », « FF Bada », « Dot Net »), au service d’un live toujours aussi foudroyant et extatique. Cymbale haute et perf grandiose : apothéose pour cette soirée grandiose ici à Saint-Malo, dont espère bien ressentir les mêmes effets aujourd’hui au cours d’une dernière série de concerts qui sera marquée, gare aux larsens, par un enchaînement punk (Fidlar, Fat White Family, Savages, Sleaford Mods) dont on pogote d’impatience.

La prog complète se retrouve par ici.

Visuels : (c) Ybouh


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