Rock en Seine 2017: jour 1 [LIVE REPORT]

26 août 2017 Par
Gaspard de Florival
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S’ouvrait ce vendredi 25 août 2017 la quinzième édition de Rock en Seine. Retour sur quelques unes des performances de cette première journée. Au programme : les jeunes rockeurs anglais de Cabbage, le plus australien des frenchis Barbagallo, The Pharcyde Live Band et les vétérans de The Jesus and Mary Chain.

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En ouvrant ses volets ce vendredi matin en région parisienne et en constatant que décidément l’été refusait de poser ses valises à Paris, certains festivaliers se sont sûrement dit que la 15ème édition de Rock en Seine tombait mal. Mais, n’en déplaise à certains, pluie et musique font souvent bon ménage car cette dernière finit bien des fois par réchauffer les coeurs… même au mois d’août.

Le public, plutôt jeune, est bien là. Il coagule tranquillement dans les principales artères du domaine de Saint-Cloud. Comme aux Solidays, les festivaliers peuvent cette année s’arrêter au stand de l’association « En avant toute(s) » qui lutte contre les agressions sexuelles et recueille les témoignages de celles qui ont subi de mauvaises expériences pendant le festival. Belle initiative car ce sujet reste trop souvent tabou au sein de ce genre d’évènement.

Ce sont les anglais de Cabbage qui lancent les hostilités sur la scène de la cascade. Le quintet punk de Manchester ne fait pas dans la dentelle et propose d’emblée un set très efficace. Alors oui, au début on se dit, encore un groupe de petits minets britanniques comme seul ce pays sait en produire. Mais on finit pas être happé par l’énergie qui se dégage des riffs entraînant et pop des guitares, de la remuante basse et de la voix à l’accent à couper au couteau de Lee Broadbent. Les chansons dégagent toutes, plus ou moins, les mêmes moutures et possèdent, en gros, toutes la même structure. Mais on y croit quand même, parce que c’est délivré avec beaucoup de sincérité et de plaisir dans la lignée de leurs pairs de Manchester à l’instar des Buzzcocks et des Happy Mondays.
En parlant avec les festivaliers, on comprend que ces derniers viennent pour la plupart découvrir le groupe. La pelouse se remplit peu à peu pendant le show et rare sont ceux qui restent de marbre face à ce qui leur ait proposé. Avec Cabbage donc, la terrible albione envahie une nouvelle fois notre douce France, et c’est pour le meilleur.

Le set des anglais est à peine terminé qu’il est déjà l’heure de filer sur la scène de l’industrie pour écouter Barbagallo. Largement influencé par Tame Impala, le groupe psychédélique australien dans lequel il officie en tant que batteur, le musicien toulousain a sorti Grand Chien, son deuxième album solo l’année dernière. Pour ce projet, il se fait chanteur-batteur. Une fois n’est pas coutume donc, la caisse claire et les cymbales surplombent la scène. D’emblée on sent que ce concert va être davantage intimiste que le précédent.  En témoigne la pelouse qui reste assez clairsemée pendant toute la durée du concert. Le public est plus âgé, plus attentif aussi. On vient pour écouter. L’ambiance est plus sage, la musique plus douce. Certains titres sont dardés de quelques accents médiévaux et sonnent comme des contines. Les mélodies planantes de Barbagallo font mouche et on est tout de suite embarqué dans les vapeurs exotiques des titres comme Nouveau Sidobre, Mungibeddu ou bien Pas Grand Monde. On est frappé par la beauté insoupçonnée de la voix de Barbagallo. La thématique du voyage transperce l’harmonie textuelle et musicale du musicien à tel point que les notes rondes des synthétiseurs nous font presque oublier le temps maussade de Saint-Cloud pour les soleils des grands déserts et du Nouveau-Mexique. Et puis, il est vraiment plaisant, quand c’est bien fait, d’écouter un artiste qui chante en français. Pouce en l’air pour toi Julien!

C’est ensuite au tour de The Pharcyde d’occuper la scène de la cascade. Les trublions du hip-hop californiens des années 90’s n’ont rien perdu de leur superbe et ont véritablement mis le feu au festival. Leur show commence par un mini DJ set pour chauffer le public. On reconnait Robot Rock des Daft Punk, Don’t Sweet the Technique d’Eric B.& Rakim ou encore Reminisce Over You de Peter Rock & CL Smooth. Le public est réceptif. Les plus âgés hochent la tête visiblement frappés des souvenirs provoqués par ses tubes du siècle dernier. Imani et Bootie Brown entrent enfin en scène, le sourire jusqu’aux oreilles. A coup de « bounce » et de « hey you », les californiens conquièrent rapidement les plus jeunes. Les classiques comme Oh Shit ou Passin Me By’, sortis en 1992 font l’unanimité. L’énergie véhiculée par les deux showmen est démentielle. Le poids des années n’a visiblement aucun effet sur eux. Les concerts du hip-hop, on le sait, sont bien souvent tout noir ou tout blanc surtout en festival. Ce concert est donc une vraie réussite. On retrouve le groove d’antant, des samples venus d’ailleurs et une légèreté savoureuse portée par un magnifique son d’orgue Hammond. On ne peut s’empêcher de penser à Outkast. C’est très fort. Les jeunes comme les moins jeunes dansent, remuent les bras pour participer à la fête. Dans l’audience, le T-shirt « Do you remember Hip-Hop?  » arboré par un festivalier résume à lui seul la situation.

Virage à 360° degrés une heure plus tard pour le live de The Jesus and Mary Chain. Après La Route du Rock, c’est à Paris que le groupe de shoegaze écossais vient poser ses valises, lui qui a sorti en 2017 son dernier album « Damage and Joy », le premier depuis 19 ans. Autant dire qu’il était attendu depuis longtemps par les fans. En discutant pendant la journée avec les festivaliers, on comprend que c’est le groupe à ne pas rater. Les frères Reid assure le show avec des titres comme Head On ou Amputation. On est aux antipodes de The Pharcyde. Cette fois-ci, pas une sourire ne transparait sur le visage des frangins. Mais bon, c’est leur marque de fabrique après tout… Le public, lui, a un peu de mal à entrer dedans. La nuit tombe, il faut attendre Just Like Honey pour voir l’audience s’abandonner aux sons des guitares ténébreuses et à leurs caresses harmoniques. La magie opère et le concert se termine, engloutit sous un flot de saturation. On pourra peut-être regretter le peu de morceaux joués du dernier album mais dans l’ensemble les spectateurs sont conquis. Le groupe est ovationné.


visuel: © affiche officielle