[Live report] Oxmo Puccino, Keziah Jones, Goose & The Shoes au Solidays

26 juin 2016 Par Bastien Stisi | 0 commentaires

Après une première journée marquée par la future bass tout public de Flume, le reggae tout fumé de Naâman, et la pop tout-terrain de M83, le Solidays poursuivait hier l’élaboration de son équation (concerts sympas = sourires = bénéfices = vaccins) efficacement menée depuis maintenant 17 ans, via une journée indiscutablement rythmée, outre le show jouvence de Calypso Rose et de son soudsystem bouillantissime, par le live époustouflant des Shoes, venus donner sous le Dôme et à 23 heures une véritable leçon d’électro-pop 2.0.

Oxmo, Keziah, le Soleil : les pointures assurent

Mais avant le coup de savate reçu en pleine face, quelques certitudes qui jamais ne s’effacent. Comme celles que véhiculent, via ce rap méticuleux et ces prods changeantes, le parrain Oxmo Puccino, MC brelien et très grand humain qui rappelle, en chantant les ancêtres (le grand Charles) et son propre répertoire (« Soleil du Nord »), qu’il semblerait bien, que la misère soit moins pénible au Soleil. Et personne ici ne le contredira (le Soleil nous a fait l’honneur de planter lui aussi sa tente dans le coin et de se faire chaleureux et omniprésent, il ne s’agirait pas de le vexer…) Au contraire : chacun des intermèdes d’Oxmo, à l’aise dans son costume de scandeur love-unité-SIDA zéro, se voit salué par une foule conquise d’avance, et conquise aussi après le show : c’est aussi que le grand Oxmo, et son orchestre quasiment jazzy, propose à tous, ici bien riche, de toucher avec lui l’horizon (« L’Horizon »)…

Tubes d’hier  (« Mama Lova », « L’Enfant Seul »), des signes en forme de coeur pour dire au-revoir (c’est de circonstance), des applaudissements chauds, et changement de terrain (du Dôme à la grande scène Bagatelle) afin d’aller assister aux autres lamentations heureuses d’une âme tout aussi sensible, celle du Nigérian Keziah Jones, lui dont on se souvient qu’il avait trouvé jadis, à l’image d’un Benjamin Clementine, dans les bas-fonds ferrailleurs un terrain d’expression propice, lui qui avait débuté sa « carrière » en chantant dans les wagons du métro. Un peu plus de monde aujourd’hui pour l’entendre chanter qu’à l’époque (quoi qu’en heure de pointe à Saint-Lazare, ça se discute), et ce « blufunk » (cette fusion de rock, de blues, de folk et d’afrobeat qu’il a élaboré au début des années 90), bien sûr, proposé durant 1 heure d’un set bien évidemment marqué par l’interprétation, largement saluée, du mythique « Rhythm is love ».

Goose, Calypso Rose : chaleur et ferveur

Grosse ovation pour le fils (spirituel) de Fela, et passage du groove au Goose dans la foulée. Car bien que « Goose » ne soit pas à proprement parler un mot validé par la pontifiante Académie Française (en Anglais par contre, ça veut dire « oie »), ceux qui ont déjà eu l’occasion de voir le quatuor belge sur scène (c’est notre cas) savent à quel point l’évocation de ce drôle de nom est synonyme de folie furieuse, d’explosion tonale des tympans, de frénésie des corps, de plein de trucs très très cools (en matière d’électro pop synthétique, clairement, ils font partie des tous meilleurs). Alors confirmation hier soir : toujours vêtus de noirs, toujours disposés avec trois synthés devant et une batterie derrière, les habitants du Plat Pays convoquent le Gros Bordel, et cette fusion d’électro rock métallique, de new wave épidermique et de pop stroboscopique au service d’un show idéal. Vrai groupe de stade, performance de guerriers (le chanteur se tord la cheville pendant le set), et interprétation des standards les plus vivifiants du groupe (« Can’t Stop Me Now », « Control », et le dernier single « Call Me », parce qu’il faut bien faire un peu de promo). Pas le plus médiatisé, mais une fois encore, l’un des plus gros live de cette édition 2016 du Solidays.

Dans le ciel, le bleu a fini par laisser place au noir (ou au bleu marine pour être exact). Circulent dans l’air des capotes (ben oui, la lutte contre le SIDA, tout ça) que les plus ivres ont gonflé pour en faire des ballons. Le Soleil est rentré se coucher, lui qui n’a de toute manière jamais été particulièrement couche-tard. Ici pourtant, toujours pas de misère, ni de pénibilité d’ailleurs, comme le chantait Oxmo un peu plus tôt. Que du bonheur au contraire, et c’est la reine Calypso Rose à qui on a confié le soin de le véhiculer dans les airs. Avec son soudsystem, qui donne une ampleur grandiose à ses compositions de base, la vénérable sainte patronne de 75 ans (il n’y a pas de coquille ici), porte-étendard mondial du calypso (cette musique carnavalesque issue de Trinidad et Tobago et du Venezuela) et remuante comme une minette de 20 et quelques années. C’est son album Far From Home qu’elle interprète, celui qui a remis cette année dans le sens du vent l’icône de Trinidad, et qui comporte ces tubes immenses (« Abatina », « Calypso Queen », « Leave me Alone » « I Am Africain », avec l’éternel Manu Chao) sur lesquels il ne sera pas facile de demeurer statique, les bras croisés et le téléphone en mode SMS-Insta. C’est tout le contraire donc : ici, c’est la grosse folie, les sourires partout et les corps qui se déhanchent (et même aux endroits où il n’y a pas de hanches, c’est dire l’ampleur du truc). Et si l’amour n’a pas d’âge (c’est ce que dit l’adage en tout cas), il semblerait bien que le rythme non plus. Merci Majestée.

The Shoes : time to change

Et puis, de l’autre côté du Solidays, sous le Dôme, débute la performance des Shoes. Ou plutôt, la « proposition » (pop) des Shoes. Car, et le contraste avec leur live complètement raté au festival des Inrocks d’il y a deux ans est assez bluffant, Guillaume Brière et Benjamin Lebeau ne se contentent pas de faire défiler devant la foule nombreuse qui s’est amassée devant eux, les morceaux figurant sur leur dernier album (« Drifted », « Gite It Away », « Feed The Ghost », « 1960′s Horror », « U & I ») et sur celui d’avant, culte (« People Movin’ », « Time to Dance ») en musclant pour les besoins du moment les prods, et en remplaçant la voix de leurs nombreux featurings absents (Sage, Postaal, Esser) par un sample desdites voix. Ils ne se contentent pas, en somme, de faire ce que n’importe quel autre de groupe de pop aurait fait en pareille occasion. Les Shoes, avec le live de Chemicals, proposent en réalité, plus qu’un énième show XXL gonflé aux vitamines C, un véritable panorama de ce qu’est la pop en 2016. En terme de son, puisqu’il mélange les genres, c’est l’automatisme des temps présents, en passant de la pop tout-terrain à la techno virulente, de la trap tordue au rock groové, de la house pénombre au hip hop sombre.

En terme visuel aussi, et surtout, puisque défilent derrière les Rémois des images venant illustrer chacun des morceaux interprétés, et plus largement, la génération à qui ils sont en train de s’adresser. La génération que l’ultra capitalisme consumériste ne fait pas rêver mais qui consomme quand même à outrance, par boulimie pas toujours consciente (un poulet géant arrive sur scène, mêlé à des images de KFC et d’abattoir). La génération qui mate du porno mais rêve encore des histoires Juliette-Roméo (« merci qui ? merci Jacquie et Michel ! ») La génération qui regarde des vidéos de lol-cat toutes mignonnes et qui l’instant d’après, s’en va en guerre contre on-ne-sait-trop-plus-quoi-finalement. La génération qui a ses névroses collectives pas trop graves (le coup de boule de Zizou sur Materazzi), ses véritables angoisses (comme Giscard, qui se barre et dit « au-revoir »), ses icônes en carton (Nabila et son shampoing dans les Anges de la Télé-réalité), et ses véritables idoles d’hier, dont elle aime gentiment se moquer (on suit l’évolution du visage de Michael Jackson jusqu’en 2040. Et c’est pas joli.) Et la dance pour mélanger tout ça. Parce qu’à ce niveau-là aussi, le set fut grandiose. Pop, mais contestataire à sa manière. Le live le plus important de ce festival. Dans tous les sens du terme.

Le Solidays termine aujourd’hui. La prog est là.

Visuels : (c) Robert Gil


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