Live Report : Nuit soufie et habitée à la Cité de la Musique (01/10/2011)

2 octobre 2011 Par
Yaël Hirsch
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Hier soir, si la Cité de la Musique était remplie, le public était à la fois silencieux et concentré sur la musique puissante et subtile de trois formations de tradition soufie venues d’Indonésie, du Bengale et du Maroc. 3 heures de concert spirituel et généreux, où la tradition entre cultures s’opérait directement par le biais de la musique. Un superbe introduction au soufisme à travers le monde, courant mystique de l’Islam, qui met – avant la loi- l’accent sur le spirituel, l’expérience vécue de l’Islam et chante avec amour, sensualité et dévotion les louanges d’Allah et de son prophète.

Tout de pourpre vêtus, les musiciens et chanteurs de l’Ensemble Syubbanul Akhyar (Java, Indonésie) ont prix place, assis en tailleurs sur un grand tapis posé au milieu de la scène de la salle des concerts de la Cité de la musique. Disposés comme un véritable orchestre classique : vents- bois – cuivres et percussions. Au centre, le chanteur jouait également du Tambourin.  A travers 4 mélodies d’une vingtaine de minutes chacune, ces maestros indonésiens on placé le public dans un apaisement et une fascination qui abolissent la durée. Même sans traduction, leurs louanges inspirées, et la régularité du rythme sur lequel elles étaient posées ont bien été transmises et partagées. L’acmé de ce très beau concert a été la danse lente, joyeuse  et parfaitement chorégraphiée d’un flutiste et d’un percussionniste du groupe, qui ont quitté pour un temps le tapis afin de vivre à la verticale l’immédiateté de la musique.

A peine remis de cette première et forte émotion, le public a accueilli avec ferveur la plus petite formation des Fakirs du village de Gorbhanga. Toujours assis par terre, habillés de manières diverses, et proches de la tradition des vagabonds mystiques Bauls, chacun des membres du groupe s’est mis à déclamer ou chanter de la poésie mystique tandis que les autres membres jouaient la musique qawwalî ( musique soufie traditionnelle présente en Inde et au Pakistan) qui les accompagnaient. le son était plus râpeux que celui des soufis indonésiens, avec de véritable moments de transe. La Cité de la Musique a traduit certaines paroles pour le public français, qui a pu constater que les thèmes allaient de la mise en garde contre l’illusion que sont les bien terrestre à la pure joie du souvenir et de l’annonce de l’arrivée du prophète Mahomet parmi les hommes.

Enfin, après une courte pause, le tout jeune et charismatique venu de Fès, Marouane Hajji, est entré en scène accompagné de l’ensemble Akhawate Et fane El Assil. Il a salué le public en français, lui souhaitant avec chaleur et sobriété un beau concert sous le signe de la dévotion et de la sensualité. Tout de blanc vêtus, avec des babouches jauens, et assis sur des chaises, 5 excellents musiciens et 3 danseurs ont accompagné la voix bouleversante de Marouane Hajji dans son Samâa (chant soufi de la région de Fès). Avec la même régularité, le même sens de la synchronisation et le même souci d’harmonie que la première formation, ces maîtres soufis marocains ont placé le public dans un état paisible de méditation. Certains thèmes étaient traduits, allant de l’adoration à un chant final tout à fait saisissant : il s’agissait d’une véritable chanson… à boire! Mais au sens métaphorique, bien sûr, le type de boisson qui a précédé la création même des ceps de vigne et donc la consommation n’est pas impie : il s’agit bien sûr de l’ivresse de la foi, qui peut amener à voir une très belle et très désirable femme. Cette dernière est la métaphore de l’oubli de soi dans la contemplation de la sainteté. A la fin du concert, le public ne voulait plus laisser partir Marouane Hajji et ses musiciens, qui ont continuer de chanter à capella en saluant.

Cette superbe nuit soufie fait partie d’un cycle sacré à la Cité de la musique qui interroge les larmes – de joie comme de tristesse. Prochains rendez-vous, avec une tradition spirituelle chrétienne et baroque, à la Cité de la Musique : le mardi 4 octobre, Christophe Rousset se met au clavecin pour « Le Tombeau de Monsieur Blancrocher » de Louis Couperin; et le samedi 8 octobre, Pau Agnew dirige les Arts Florissants dans des madrigaux de Monteverdi.

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