Live report : Marianne Dissard à la Loge (7/02/11)

8 février 2011 Par
Mikaël Faujour
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Ce lundi soir, la Loge accueillait Marianne Dissard, qui s’est fait connaître par sa collaboration dans un rôle de femme fatale au titre & au clip  « The Ballad of Cable Hogue », avec les prestigieux Calexico. Une voix à la présence forte suffisamment marquante pour vouloir découvrir sur scène la musique de cette chanteuse qui en est à son quatrième album, sorti en 2010 aux Etats-Unis où elle vit… et qui n’a à ce jour toujours pas de distributeur en France.

La curiosité offre parfois de belles récompenses. Le concert de Marianne Dissard, ce lundi 7 février à la Loge, en est une. Le nom n’évoque sans doute pas grand-chose pour le public français. Il faut dire que la chanteuse est installée aux Etats-Unis, à Tucson (dans le brûlant Arizona, à la frontière du Mexique) et qu’elle n’est pas exclusivement chanteuse – ce qui explique sans doute en bonne partie que ses compatriotes la méconnaissent.

En 2000, Calexico avait la bonne idée d’inviter Marianne Dissard à poser sa voix de vamp et ses textes en français sur les couplets de la superbe « Ballad of Cable Hogue » (issue du classique Hot Rail). À la clé, un clip western, canaille et parodique, qui valait bien le morceau qu’il accompagnait.

Depuis lors, quelques albums, dont le premier en 2006, Dedicated To Your Walls. May They Keep Blooming, était le fruit d’une collaboration avec le stakhanoviste Joey Burns (Calexico). Mais ce disque et ses suivants n’ont, hélas ! pas fait grand bruit chez nous – de même que, par exemple, ceux d’une Françoiz Breut, autre chanteuse française de la galaxie Calexico. A tout le moins, malgré un bon accueil critique, le public n’a pas vraiment suivi.

Le concert à la Loge, qui marquait le début d’une tournée européenne qui passe par le Luxembourg, l’Autriche, l’Allemagne, la Suisse ou la République tchèque, a permis de voir quelle excellente artiste de scène est Marianne Dissard. Que les choses soient claires : elle n’a pas une voix stupéfiante de maîtrise, ni des airs de pin-up cellophanée. Mais la beauté surgit de l’intensité de son charisme, qui la rend tour à tour inquiétante, drôle, belle, bizarre et sensuelle, quand ce n’est pas tout cela à la fois.

Accompagnée de musiciens de la scène de Tucson, notamment un bon guitariste à la voix de velours qui a gratifié en première partie le public de quelques-unes de ses très belles chansons, la chanteuse déroule un set d’une vitalité débordante, fatalement séduisante, sur fond de projection vidéo (images tournées à Tucson). La musique, d’ailleurs, semble relativement empreinte de l’influence de la scène locale, à la confluence de l’americana et de la musique mexicaine, ce qui ne manque pas de rappeler les noms de Calexico et Howe Gelb (Giant Sand), références de la scène de Tucson avec lesquelles a collaboré la chanteuse. L’instrumentation est riche et diverse, tantôt languide, tantôt bruitiste, souvent ingénieuse, chaque instrument explorant largement la gamme de ses capacités, à l’image du violon sautillant, dramatique ou lascif, de la guitare ambiante, rythmique ou sauvage, ou de la batterie délicate, jazzy et serpentine.

Compositions recherchées, langes idoines pour la voix féline de Marianne Dissard. Déclamatoire ou délicate, souvent joueuse et d’un humour singulier, elle déroule des textes poétiques très visuels, à cheval entre trois langues (français, anglais, espagnol), avec un sens lettré de la narration qui signale une parolière de premier plan, pas si éloignée parfois d’un BabX. Avec une certaine dinguerie en plus (cf. « Ecrivain public »).

Nous aurons l’occasion de vous en reparler, peut-être, et devrions en tout cas interviouver cette artiste atypique, dont la musique et les paroles ridiculisent par contraste de brio et de hauteur de vue tout un pan de la « nouvelle scène » française passionnée d’insignifiant et de banalité. Praise Marianne Dissard !