[Live report]: Les Francofolies, jour 1: Grand Blanc et Frère Animal plutôt que Louane et Mika

14 juillet 2016 Par Cedric Chaory | 0 commentaires

Les Francofolies, jour 1. 38 concerts, 80 artistes et 6 scènes pour cette édition 2016 qui va vraisemblablement exploser les chiffres de fréquentation comme l’indique son heureux organisateur Gérard Pont : « C’est la première fois dans l’histoire des Francofolies où on va avoir cinq soirs complets sur la grande scène, c’est du jamais vu ».

« Dans la salle de la cantine de la rue des Martines »

En cette première journée des Francofolies, c’est Mickey, Simba et toute la clique des Studios Disney – encartonnés sur des outils promotionnels – qui nous accueillent pour le concert inaugural de cette 32ème édition donnée dans la salle Bleue de la Coursive.  Pourquoi un accueil si enchanté ? Car le spectacle s’adresse au jeune public et s’appelle Pouët. Mais attention celui qui accueille les 200 drôles* venus l’applaudir n’a rien à voir avec le sucre tout collant de la firme américaine. Il s’appelle François Hadji-Lazaro et fut le leader de Pigalle et des Garçons Bouchers, groupe de la scène rock alternative française des années 90. Pour la deuxième fois, il s’illustre dans un spectacle pour enfant (le précédent, en 2011, Ma tata, mon pingouin, Gérard et les autres… avait été joué près de 150 fois)

Entouré d’un bassiste, d’un guitariste, de sa vingtaine d’instruments et encadré d’un décor de deux panneaux représentant un public quelque peu dissipé, l’artiste entonne une dizaine de chansons bien senties sur des sujets aussi divers que le football, la visite au zoo, les vacances chez Papy et les courses avec Mamy. Entêtantes et rock en diable, toutes se refusent à lorgner du côté de Chantal Goya ou d’Henri Dès. Musicien hors-pair (il jouera d’une dizaine d’instruments tout au long du spectacle) et comédien né, François embarque avec lui petits et grands avec force perruque et chapeau. L’hilarité est alors au comble dans les rangs du public. Mention spéciale à la chanson qui revisite plusieurs musiques populaires issues de Chine, de Bretagne, des USA, de Roumanie, et qui milite finement par la même occasion pour le rapprochement entre les peuples.

C’est ma première Franco-party

Pour eux, ce sont leurs premières Francos et on imagine leur émotion. Celle de Jackie Palmer est palpable dans les premiers instants de son set. Toute de noir vêtue, basket aux pieds et queue de cheval qui va bien, cette jeune parisienne à la belle voix grave, reprend cependant vite le dessus (le regard ne trahit pas) avec sa pop qui assume ses influences variété française et new wave anglaise. Brut, efficace, les titres Jackie Palmer, entourée de son trio basse/batterie/guitare exclusivement féminin, impressionnent par leur raffinement. Elle tient un gros tube groovy : Mémoires vives.

Des tubes, Grand Blanc en possède en veux-tu en voilà. Et le public l’a bien compris en envahissant le devant de la scène à la toute fin de leur concert. L’énergie rock écrase quelque peu les voix éthérée de Camille et grave de Benoît mais qu’importe il semblerait que leurs paroles ne racontent pas grand-chose. Ici c’est expérience musicale qui compte. Et elle est plutôt intense telle une hallu sonore. A leur suite Pain-Noir à la folk bien plus tranquille. On songe à la singularité vocale de Dominique A. C’est doux, bien troussé. Idéal pour une fin d’après-midi quelque peu remuante après la claque Grand Blanc.

Enfin Frère Animal nous présente la saison 2 de son roman musical pensé par Florent Marchet et Arnaud Cathrine. Satire cinglante de la France 2016 qui résonne fort avec l’actualité hexagonale (« faudrait pouvoir se parler, leur balancer un pavé, vis ma vie de chômeur »), on y retrouve les héros de la saison 1 qui se débattent comme ils peuvent dans un pays ravagé par le chômage, son racisme latent (ici, l’inexorable montée du Bloc National, manipulateur à souhait) et de son homophobie rance. Tour à tour chanté ou parlé, ce concert fait vaguement penser à une comédie musicale nouveau genre, la qualité des textes et des compositions en plus, les chorégraphies et les costumes kitchounes en moins. D’une clairvoyance aussi glaçante que nécessaire, ce conte social fait mouche. Standing ovation largement méritée.

Relax, je vais me coucher.

Un peu plus tard en début de soirée, tu chantes, chantes, chantes avec la la génération télé-crochet estampillée TF1 et M6 qui donnera de la Voice. Deux midinettes (Marina Kaye et Louane) et un coach dont on s’était entiché à ses débuts (Mika) ont électrisé un public de fans qui aime à crier autant que Marina (c’est dire.) « Pour demain l’avenir » de la chanson française ? Euh non pas ce soir.

Cédric Chaory (correspondant Francofolies de La Rochelle)

* drôle: terme pour désigner un enfant en Charente-Maritime


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