[LIVE REPORT] JEANNE ADDED – THE KILLS – LES INSUS… aux Vieilles Charrues (14/07/2016)

15 juillet 2016 Par Thibaut Tretout | 0 commentaires

Les « Vieilles » (Charrues) fêtent leur quart de siècle, et les festivaliers, beaucoup plus nombreux ce jeudi qu’habituellement au premier jour, sont bien décidés à célébrer comme il se doit cet anniversaire, placé sous le signe ludique et nostalgique du retro gaming. Le soleil, radieux, est lui aussi de la partie, qui laisse présager une édition à la mesure d’une affluence record.

Scène Glenmor, bien que peut-être intimidée au début par la densité du public, Jeanne Added, crinière platine et sourire aux lèvres, livre une prestation au charme électrique, rock et choc à la fois, maniant la gratte comme elle balance sa voix, avec la grâce nerveuse d’une interprète dont le jeu révèle la qualité des compositions. Fidèle à la Bretagne qui l’a découverte, artiste Wart et Transmusicienne accomplie, Jeanne Added est ce que le titre de son premier album – Be sensational – appelle à devenir : authentiquement sensationnelle.

On the stage again, la Kerouac cette fois, The Kills impose la profondeur volcanique d’un retro rocking complice et maîtrisé. Le titre « I am a fever » donne le la d’un concert sauvage alternant pièces de résistance – « Tape song » – et ballades enfiévrées : juchées sur des semelles compensées qu’elle fait battre sur les enceintes, Alison Mosshart s’offre au public et trouve en Jamie Hince un partenaire à la hauteur de sa sensualité, que même elle décalage entre le son et l’image sur les écrans ne parvient pas à dissimuler.

Venu trouver son Grall, et brûlant de chauffer sa « bande d’enfoirés », Guizmo n’est pas un Gremlin, mais plutôt ce rappeur halluciné qui, à défaut d’être hallucinant, donne par moment la fâcheuse impression de traverser son propre concert. DJ DRK, par bonheur, est là pour foutre le dawa et enflammer les guizmettes à gros coups de basses et de punchlines assénées sans merci. Il n’y a peut-être pas de quoi, n’en déplaise à Guizmo, fumer ni crucifier tous les rappeurs, mais le flow de Lil Taï-Z, prodige et virtuose, donne au concert le rythme qui aurait pu lui manquer, sans échapper pour l’heure aux poncifs parfois poussifs du genre. Il est vrai qu’il n’a que seize ans, « et grâce à Dieu tout [son] temps ».

Le boss de fin programmé pour couronner cette première journée est celui que tout le monde attendait : les monstres sacrés de Téléphone – euh, pardon, des Insus, reformés après quarante ans, et attendus depuis l’ouverture du site par des fans inconditionnels. A la question, toujours délicate pour des musiciens devenus des mythes, de savoir si l’on peut être et avoir été, Jean-Louis Aubert, Louis Bertignac et Richard Kolinka répondent par l’affirmative, brûlant du feu sacré qui fait oublier la blancheur neigeuse de leur chevelure et possède encore le secret pouvoir d’entraîner toutes les générations dans cet « autre monde » qu’ils ont fait nôtre. Tous à New-York, donc, et, sacrifiant à un kitch élevé au rang de sublime, force est de le reconnaître : ça, c’est vraiment eux !

Après un tel spectacle, il restait à finir en beauté : Mickey 3D, réfugié sur la scène Grall et cherchant la justesse de sa voix, déçoit quelque peu, mais Étienne de Crécy, tout feu tout flamme, livre un set dans l’ensemble convaincant, servi par un jeu de lumières habile, presque disco mais pas discount, super prélude aux fusées qui, sur fond de Bowie et de Prince, éclairent la nuit carhaisienne, nuit de tolérance et de joie où le seul fanatisme admis a pour nom le culte de la musique.

Texte et images : Thibaut Tretout et Gweltaz Le Fur


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