Le folk rock mongol de Hanggai : à découvrir d’urgence !

17 décembre 2010 Par
Mikaël Faujour
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De passage au Satellit Bar, le groupe pékinois Hanggai a, durant un généreux concert de plus d’une heure et demie, démontré l’excellence de son croisement de musique traditionnelle mongole et de rock. Avec une musique profonde, entraînante, puissante, le sextet, qui a sorti en novembre un remarquable deuxième album (He Who Travels Far), est l’une des plus belles découvertes de l’année 2010.

Musique pour danser, musique pour boire, musique pour rêver : Hanggai est tout cela à la fois. La démarche rappelle celle de groupes nord-américains comme Woven Hand ou Tomahawk, qui métissent folklore amérindien, folk, country et rock – ou de rock celtique, par exemple. Etant Pékinois et férus de musique mongole (plusieurs membres sont d’ethnie mongole, natifs de la province chinoise de Mongolie Intérieure), Hanggai organise  de fait  plutost la rencontre passionnante des guitares (électrique et acoustique), banjo, batterie et basse avec les éléments typiquement mongols : chant diphonique et polyphonie – splendides – et instruments traditionnels (tobshuur, morin khuur, guimbarde, percussions…), dans des compositions EX-CEL-LENTES, tantôt ballades pastorales, tantôt chevauchées ivres.

Le résultat est prenant, enchanteur, excitant, suffisamment fort et original pour que le groupe s’exporte par le monde – chose rarissime pour des musiciens chinois – et suscite les hallalis de la presse musicale (un 8/10 de Pitchfork Media, site de référence, pour leur 1er effort, par exemple). Les passages mélodieux laissent cours à la rêverie et les cavalcades rythmiques sont aussi entraînantes que des gigues irlandaises ou les meilleurs morceaux des Pogues (écoutez donc l’irrésistible « Xiger Xiger » ou « Ayrhindu », dont le rythme lève et s’emballe peu à peu jusqu’à une quasi-frénésie de joie).

Pour l’avoir vu offrir une performance forte au Satellit Bar, devant un public peu nombreux (une cinquantaine de personnes ?), lorsqu’on apprend avec surprise que le groupe s’est produit cette année à Wacken, festival metal  (voire metal extrême) allemand de référence, on imagine sans peine que Hanggai a dû convaincre les curieux. Parce que, s’ils ne recourent pas à des murs de guitares saturées ni à l’agressivité sonore, leur musique n’en est pas moins tripale, profonde, intense (elle le serait d’ailleurs plutost davantage).

Ecoutez donc ce très, très bel album qu’est He Who Travels Far : il s’agit de ce que la « world fusion » (vilaine catégorie fourre-tout pourtant riche et diverse) peut offrir de plus beau, et non une de ces pitreries dont la pop extrême-orientale est capable. Pas un hasard si Ken Stringfellow (The Posies) l’a co-produit et l’omniprésent stakhanoviste Marc Ribot y a apporté sa contribution (guitare et mandoline sur « Dorov Moralil »). Possiblement un des plus beaux et plus originaux albums de l’année 2010.

(Page MySpace de Hanggai)
Hanggai, He Who Travels Far, World Connection