L’homme à tête de chou est arrivé au théâtre du Rond-Point

2 mars 2016 Par Alienor de Foucaud | 3 commentaires

A la Maison de la Culture de Grenoble, le chorégraphe Jean-Claude Gallotta a créé une chorégraphie sur un texte de Serge Gainsbourg chanté par Alain Bashung. Un spectacle qui, après Brest, se donne à Paris, au Théâtre du Rond Point, du 27 novembre au 19 décembre, et sera repris dans plusieurs villes de France.

C’est sur une scène exempte de tout décor que les 14 danseurs de la compagnie de Gallotta s’éprennent d’une course folle. Au centre, une chaise noire renversée qu’en entrant sur scène salue chacun des danseurs. Une chaise de bureau on ne peut plus banale qui symbolise la présence du chanteur, lui qui devait être présent sur le plateau, qui l’utilisa au cours de lointaines répétitions, mais qui est mort il y a un an. En fond sonore, sa voix grave et suave fait revivre l’histoire de l’homme à tête de chou, interné dans une clinique psychiatrique, qui ressasse son aventure avec la belle Marilou, fatale shampooineuse pour laquelle il a claqué tout son fric et même plus, avant de la démolir dans un accès de folie à coups d’extincteur. Sorti en 1976, ce disque d’anthologie devient aujourd’hui une œuvre scénique.

Sept couples infernaux rejouent inlassablement les mêmes scènes d’attraction et de rejets érotisées. Tandis que les hommes sont accoutrés de costumes sobres et chemises blanches, c’est en soutien-gorge noir et jean serré que les femmes envahissent la scène s’accordant sur le ton rock n’roll et provocateur des paroles de Gainsbourg, poète et peintre maudit dont l’insolence et la désespérance élégance sont ici magnifiquement retranscris au travers d’une danse tour à tour effrénée, voluptueuse et sensuelle.

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Aussi, l’audace du chorégraphe qui met à nu ses danseurs parvient à retranscrire sur scène le génie avant-gardiste du chanteur, dont les textes provocateurs, parfois salaces et trashs célèbrent la liberté de la composition artistique. Une femme nue traverse l’espace scénique telle un automate, sans direction, ni repères, livrée à une course frénétique ; un homme vient s’asseoir face au public, avec pour seul accoutrement un masque de singe, rappelant la face sauvage de l’être humain, mi homme, mi animal ; des trios s’adonnent à des corps à corps charnels dont l’érotisme accompagne les paroles libertines
de Gainsbourg et la voix lubrique de Baschung.

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En douze tableaux, la danse entreprend, dit le chorégraphe de « faire percevoir quelque chose de la douleur latente qui parcourait ces deux maîtres en même temps que leur formidable énergie. » Une danse débordante d’amour et de blessures parfois, qui marche au rythme du désir et de la lascivité.

Une véritable conversation artistique est livrée aux spectateurs, celle de trois hommes précurseurs tant dans la musique que dans la danse, trois hommes audacieux qui n’ont pas peur de pousser le vice jusqu’au bord du calice, s’égarant sur fond de rock ‘n roll aux pays de Carroll Lewis.

« L’Homme à tête de chou » ,au théâtre du Rond-Point, du 27 novembre au 19 décembre, 20h30, dimanche, 15h00. 2, avenue Franklin Roosevelt, Paris 8ème, Métro FR, ligne 1 et 8. Réservations au 01 44 95 98 21.

L’Homme à tête de chou, au Théâtre Maisonneuve les 4, 5, 10, 11, 12 et 13 mars, et au Grand Théâtre de Québec le 8 mars, à l’invitation de Danse Danse.

Critique écrite le 30 novembre 2009


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COMMENTAIRES:

  1. Alix

    Un beau moment très rock et sensuel qui aurait sans doute ravi le grand Serge. On déplore évidemment l’absence de M. Bashung tout au long du spectacle et on s’interroge du coup sur l’intérêt, dans la mesure où il n’y a plus de live, d’avoir choisi la reprise qui n’apporte rien, voire dégrade l’original…
    Les solos/ duos/ trios débordent d’énergie mais on peut regretter le caractère basique des chorégraphies de groupe et le manque de précision des danseurs.
    La mise en scène épurée où seuls les danseurs et cette chaise vide créent l’ambiance ajoutent à l’intensité du spectacle, d’autant que Gallotta propose une très belle occupation de l’espace. Les costumes, habits de ville qui s’effeuillent progressivement sont en phase avec l’ambiance rock mais les corps des danseuses sont pour la quasi totalité pénibles à voir: décharnés avec deux micro bouts de peau à la place des seins, une seule danseuse lors d’un solo sur les Variations sur Marilou parvient à dégager pleinement la sensualité chantée par Gainsbourg.
    Pas parfait donc mais riche et énergique, à voir!

  2. Mister I.

    « les corps des danseuses sont pour la quasi totalité pénibles à voir »

    De mon côté, je n’ai rien trouvé de pénible à cette vision. Je crois même avoir rarement vu spectacle aussi sensuel sur scène, pour être honnête.

    Les goûts, les couleurs, les complexes, tout ça…

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