[Live Report] La leçon de chic d’ Emile Parisien quintet au New Morning

6 novembre 2016 Par
Amelie Blaustein Niddam
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Emile Parisien n’est plus un débutant depuis longtemps, mais, celui qui a reçu le « Prix Django Reinhardt » (2012) et le titre d’artiste de l’année 2014 par les « Victoires du Jazz » est « mort de trouille » en entrant sur scène, devant un New Morning si plein que le public est débout, jusqu’à la porte d’entrée. Emile Parisien touche par son honnêteté débordante, subjugue par le talent. Non, vraiment, Emile, c’est pas la peine de flipper !

En 2015, à Marciac, le saxophoniste construit son quintet : autour de lui se trouvent le pianiste allemand Joachim Kühn, le clarinettiste Michel Portal, le batteur Mario Costa batterie, le guitariste électrique Manu Codjia et, à la contrebasse, Simon Tailleu.  Alors nous entendons déjà ceux qui suivent être saisis d’un doute :  Mais où est son binôme, Vincent Peiriani ? Parisien et Peiriani forment en effet le duo le plus passionnant de la scène jazz actuelle. On les a vu souvent, que ce soit à Jazz sous les pommiers ou au Duc des Lombards.
A chaque fois c’est la même surprise : comment faire sortir de deux instruments connus des services un son inconnu sans jamais plonger dans un free jazz ou un jazz expérimental ? On va vous rassurer tout de suite, il n’aura pas fallu attendre longtemps lors du premier set pour que le quintet se transforme en sextet puis en septet.

Tout commence en quintet, seulement pour deux titres, puis, Michel Portal arrive sur le troisième morceau, “Trainspotting » composé par Joachim Khün. Une beauté pure qui permet à Parisien et Portal de jouer ensemble et de donner une leçon de classicisme français revisité. Tout au long des deux sets, tout n’est que calme, luxe et volupté dans un geste très populaire. Les alliances réalisées ici tiennent de la danse contemporaine tellement elles sont précises sans en avoir l’air. Il est question de corps ici, quand on voit Parisien se tordre avec son sax soprano, l’immense Peirani marquer le tempo avec sa jambe furieuse et Portal rester de marbre avec sa clarinette basse. Qu’il est étonnant de voir un tel croisement de générations dans une unisson. Les 34 ans de Parisien, les 73 de Khün n’ont aucune importance. L’écoute est académique, les solos sont rares. Il n’est pas question de briller, ni de se montrer, juste d’accéder au plaisir de la note bleue. Et elle est atteinte, souvent. Le morceau qui résume le plus l’identité de ce quintet qui croise les âges et les influences ( le rock de Manu Codjia, les tessitures funk de Khün…) est « Balade à Ibiza ». Parisien raconte qu’il travaillait à la construction de l’album Sfumato. Il a du se rendre à Ibiza pour travailler avec Khün. Du jazz dans le temple des nuits électro ? Une balade dans un lieu de rebonds ? Le résultat est d’une douceur inouïe qui évidement laisse à chacun l’espace pour développer son jeu sans écraser l’autre.

Il est rare d’accéder à un tel niveau d’harmonie sans crier gare. Les « trois P »,  comme ils sont surnommés, semblent d’accord pour élargir leur alphabet.  Hier soir, ces sept musiciens nous ont emmenés de Cuba à Ibiza en passant par une fête foraine aux accents tristes. Promenade parfaite au pays de la beauté parfaite, celle qui ne se regarde pas.

Emile Parisien quintet, Sfumato, chez ACT.


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