Le 19 mai, Avishai Cohen, pudeur et magie pour la trompette du silence [Festival Jazz à Saint-Germain]

20 mai 2017 Par
Olivia Leboyer
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Le lieu, la Maison des Océans (autrefois Institut Océanographique), agit déjà fortement sur l’imagination, avec ses peintures murales représentant un équipage sur le ponton et, en face, une scène melvillienne de chasse à la baleine. Hier soir, c’est le grand trompettiste Avishai Cohen (grand Prix de l’Académie du Jazz 2017) qui a empli l’espace, présence puissante et sereine.

Dans l’Institut Océanographique, la trompette résonne avec une poésie singulière, évoquant la corne de brume ou le chant des sirènes. Car Avishai Cohen fait entendre des accents très purs, tantôt déchirants, tantôt apaisants. Sa musique agit comme un baume : certains titres de ses compositions, comme « Life and Death » ou « We are dying », l’indiquent ouvertement, c’est bien de mort, de consolation et d’élan vital qu’il s’agit. Imposant sa longue silhouette, barbe fournie et pendentif en dent de requin, Avishai Cohen se tient fermement devant nous, bien campé, chaloupant yeux fermés comme sur le pont d’un navire. S’il s’est adressé à nous en anglais, Avishai a dit quelques phrases en français, s’attardant en souriant sur le mot « être » (« je suis heureux d’être avec vous »), un peu difficile à prononcer et si joli. Et en effet, il « est » là, devant nous, au sens plein.

Où nous embarque-t-il ? Dans les vagues du souvenir, sur les embruns d’un espoir ténu, au grand large ? L’imagination vogue librement, portée par le souffle puissant et calme du trompettiste, ligne claire et merveilleusement tenue. Des sons chauds, d’autres d’un aigu soudain et, pour le beau « Life and Death », un bouchon pour une tonalité en sourdine. Avishai Cohen avait écrit l’album précédent, Into the Silence (2016), après la mort de son père et l’on sent, dans les compositions, une émotion palpable, tout en pudeur. Sobres et retenues, les compositions possèdent une belle amplitude, qui ouvre vers un espace de liberté, mort ou vie, selon les instants ou l’humeur.

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Mais la trompette n’était pas seule à faire entendre sa divine mélopée : aux côtés d’Avishai, trois musiciens remarquables. Yonathan Avishai, au piano, pour des motifs lancinants, de toute beauté ; Yoni Zelnik, à la contrebasse, pincée avec les doigts ou caressée à l’archet ; Nasheet Waits, à la batterie, rythme implacable. A chacun, le trompettiste a laissé la vedette le temps d’un morceau entier, s’éclipsant même pour le solo du pianiste, petit moment suspendu et magique. Le batteur, également, a pu livrer un solo endiablé, acclamé par le public. Moins de visibilité pour la contrebasse, instrument naturellement discret et, bien évidemment, essentiel. Avishai lui-même, dans les bis, a pris son moment en solitaire, nous quittant sur un morceau mélancolique et apaisé, à peine triste.

Un 19 mai précieux, que l’on se remémorera. Nous vous recommandons vivement le nouvel album, de l’ Avishai Cohen Quartet, « Cross my Palm with Silver », dont nous avons eu hier soir la primeur.

visuels: affiche officielle du festival; photo d’Avisai Cohen ©Caterina di Perri; photo de la Maison des Océans ©Olivia Leboyer.


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