[Festival Jazz à Saint-Germain des Prés] le 31 mai à l’Eglise Saint-Germain-des-Prés: Portal, Peirani, Parisien, les 3 P. magnifiques

1 juin 2016 Par Olivia Leboyer | 0 commentaires

Portal

Pour cette soirée de clôture, l’Eglise Saint-Germain-des-Prés accueillait un trio d’exception, réuni pour la première fois à Paris : le grand clarinettiste Michel Portal (qui a magistralement assuré trois concerts durant ce Festival), Vincent Peirani à l’accordéon et Emile Parisien au saxophone. Un jazz vivant, ludique, d’une grande finesse.

Note de la rédaction :

Dans une Eglise souffle toujours une certaine spiritualité : presque champêtre, conviviale, l’Eglise Saint-Germain-des-Prés se prête parfaitement aux concerts. En ouverture, Emile Parisien et Vincent Peirani ont joué de superbes morceaux de Sidney Bechet, une Egyptian Fantasy et une Tempation rag. L’accordéon tenait un motif obsédant, tandis que s’élevaient, très pures, les notes aiguës du saxophone. Images de trottoirs sous la pluie, où se reflètent les néons, ou bien de blanches lumières d’Egypte, selon l’humeur. Des tentations dans une Eglise, la soirée s’annonçait bien : puis, Michel Portal a rejoint ses deux partenaires, d’abord pour un morceau en duo avec Vincent Peirani. Fluide, léger, le son de la clarinette résonne magnifiquement.

Entre des compositions de Michel Portal (« Max mon amour »), et des compositions de Peirani-Parisien comme ce merveilleux Schubertauster au titre en forme de blague mais aux accents assez bouleversants. Il s’agissait, au départ, de passer Schubert au toaster pour le griller comme il faut (le deuxième mouvement de La Jeune Fille et la Mort), mais le morceau, sorti sous un label allemand, s’est révélé avoir une autre signification possible, « die Auster » étant « une huître ». Décidément, le jazz s’échappe toujours des compartiments prévus et nous avons donc entendu le cri de l’huître toastée, d’une belle ampleur dans la nef.

Vincent Peirani a ponctué le concert d’anecdotes plaisantes, comme ce morceau qu’il a écrit en hommage à Michel Portal et que ce dernier a eu envie d’appeler « Trois mouvements pour Michel P. ». Petite immodestie ? Pas assumée jusqu’au bout, puisque Peirani rit encore de la confusion d’une grande partie des auditeurs qui pensent spontanément à Michel Petrucciani ! Pourquoi pas Michel Platini, Piccoli ou Polnareff, s’amuse Vincent Peirani. Vexé, Michel Portal ? Seulement pour rire, bien sûr, la malice et la fantaisie faisant naturellement partie de son caractère. En cela, le morceau éponyme en P. lui ressemble bien : bondissant, joyeux, virevoltant. Et trois musiciens aux noms en P. pour trois mouvements en P., la logique est respectée. A suivi une composition colorée et ondulante de Michel Portal, « Cuba si, Cuba no », le rêve d’un voyage qui n’a pas eu lieu. Les plus beaux voyages, paraît-il. Applaudi debout et à tout rompre, le trio est revenu plusieurs fois pour nous offrir du Duke Ellington, et nous laisser sur une note propre au désir, puisqu’avec la valse « Indifférence » de Tony Menura, les trois musiciens ont joué les beaux indifférents.

Une soirée magique. Un très grand merci.

visuels: photo ©Jean-Félix de B., affiche officielle du Festival.


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