Anne Paceo : Etoile battante du jazz

29 mai 2017 Par
Emmanuel Niddam
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Annoncée comme artiste associée du Théâtre Municipal de Coutances lors du 36ème festival Jazz Sous Les Pommiers, Anne Paceo est devenue à 32 ans la jazzwoman dont tous les mélomanes parlent. En l’écoutant avec délice samedi 27 mai 2017 lors de la journée de clôture du festival normand, s’imposa à nous la conviction qu’écrire quelques lignes sur cette talentueuse frappe-à-tout devenait urgent. Portrait inachevé.

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Ce soir là à Coutances, Anne Paceo conviait le public averti de festivaliers goûteurs de cidre à une performance en deux actes. Circles, quatrième et dernier album dans lequel la batteuse révèle le mieux sa créativité, occupait le premier acte. Au second, nous devions entendre un « big band europeo-birman ». Les raisons de craindre étaient nombreuses : un album sérieusement produit, aux sonorités hybrides et travaillées, survivrait-il au live ? Parviendrait-elle à diriger cette armée venue de Rangoun derrière ses caisses et ses cymbales ?

Plus qu’y parvenir, l’ensemble des artistes entendus ce soir là emporta le théâtre de Coutances dans une passionnante pérégrination. La magie ensorcelante de l’album, portée par la voix joueuse et libre de Leila Martial opère. Christophe Panzani au saxophone et Tony Paeleman, dont le piano limé se référe aux meilleurs de la discipline, dépassent à mesure que les notes s’envolent leurs appréhensions, et jouent tous deux comme des funambules. Ces quatre là se regardent, se sourient, se parlent, s’amusent et suivent Anne Paceo d’un jeu volontaire.


Celle que nous avons vu ce soir là diriger la fête du Jazz, a déjà accumulé un palmarès impressionnant : Premier prix de soliste des Trophées du Sunside en 2007, prix du jeune talent à Montauban en 2007, Djangodor en 2009, Révélation instrumentale en 2011 et Artiste de l’année aux victoires du Jazz en 2016. Nous sommes donc loin d’être les premiers à nous ébahir.

Elle parle sur scène, et au public aussi, le temps de modifier l’équipage. Panzani reste, et Pierre Perchaud et Leonardo Montana le rejoignent. Ensemble ils accueillent cinq musiciens birmans munis de leurs instruments traditionnels. Il n’est point question de musique folklorique ici. Tout le monde jazz, improvise, surprend et taquine l’oreille dans une liberté célébrée, sur des fils mélodiques nés de conversations et d’expériences partagées. Myanmar Folksong, titre essentiel de l’album Circles, joué avec cette orchestration, prit alors une profondeur envoûtante. Pari réussi. Avec la manière.

Ce soir là, ils étaient donc neuf sur scène. Un constat s’impose, parmi ses talents, Anne Paceo a celui de savoir s’entourer.

C’est ainsi que nous l’entendions (et pouvons la voir ici) accompagnant Marion Rampal dans sa recherche des sources créoles du blues.

L’inventive sculptrice du rhytme apparaît aussi derrière la talentueuse rockeuse Jeanne Added, notamment pour la tournée qui suivit la parution de Be Sensational.

Née en Côte d’Ivoire, biberonnée de musique et d’arts multiples, elle fît une entrée remarquée dans la cour des grands à l’âge de 14 ans, lors du stage des Enfants du jazz de Barcelonnette. Elle put ainsi participer à quelques master classe données par Kenny Garrett, Maceo Parker et Ravi Coltrane notamment.

Se jouant des frontières des genres musicaux, on l’entend frapper juste dans des univers pop, rock, electro. Et Jazz surtout. Emile Parisien dont nous parlons souvent (ici et  par exemple), tient parfois la clarinette à ses côtés.

Si le jeu de Paceo était terriblement juste dés ses premiers albums, il a connu une véritable maturation. Dans Circles, elle révèle une forme renouvelée d’interprétation jazz à la batterie, ajoutant de la créativité là où nos oreilles n’en attendent plus. Tout ce qu’elle frappe paraît évident. Rien de ce que l’on reçoit ne sonne déjà vu. Il y a quelque chose de Mark Guiliana (ici)… encore que l’on puisse en débattre, tant cette étoile montante impose sa signature. De la souplesse sans doute, mais avant tout du jeu.

Quelle sera la suite ? Si tout lui est possible, à l’instar de Manu Katché par exemple, Anne Paceo semble bien décidée à poursuivre ses recherches et ses expérimentations. Il est peu probable qu’elle se laisse enfermer dans une image définie d’elle et de son travail, vu l’énergie qu’elle démontre depuis ses débuts. Son désir de jouer et de renouveler frappe le cœur et la mémoire. Par la fluidité de ses battements, cette jazzwoman pleine d’avenir nous offre d’utiles vibrations d’espoirs.