Vibrations baroques avec Nathalie Stutzmann au Festival du Nouvel An à Gstaad

9 janvier 2018 Par
Gilles Charlassier
| 0 commentaires

Le Festival du Nouvel An à Gstaad, initié et dirigé par la Princesse Caroline Murat, réserve une surprise à ses spectateurs, avec un concert de Nathalie Stutzmann et son ensemble Orfeo 55, où elle livre en primeur le programme de son nouvel enregistrement paru chez Erato, Quella fiamma ! C’était à Lauenen, ce samedi 6 janvier2017

nathalie-stutzmann_quella-fiamma_arie-antiche_cover_0190295765293-300x300

Pour aller à Lauenen, il faut encore s’enfoncer dans les montagnes, au-delà de Gstaad. La récompense est une petite église baignée par la chaleur de bois clair, avec une décoration sobre, sans verser cependant dans l’austérité calviniste, et un véritable cocon sonore, magnifiant le moindre détail. N’étaient les contrastes thermiques entre l’hiver et le dedans qui ont fragilisé un peu les instruments d’Orfeo 55, jusqu’à la rupture d’une corde, l’alchimie tiendrait de l’idéal pour le répertoire baroque, et un programme conçu d’un souffle autour du nouvel album que Nathalie Stutzmann vient de faire paraître, Quella fiamma ! Le résultat s’entend comme une invitation au voyage, un kaléidoscope d’affects et de couleurs de l’Italie baroque et de son rayonnement européen – avec en prime un pastiche de Respighi au vingtième siècle – enchaînant les pages avec un savoir-faire qui puise aux ressources de la musicalité de l’époque, où l’art de l’interprète se mesurait aussi à sa science de l’ornementation et du renouvellement expressif à partir d’une partition parfois aux allures de canevas chiffré.

Mêlant pièces instrumentales et vocales, le florilège ne cherche pas pour autant la virtuosité et se glisse dans l’esprit des arie antiche, compilation réalisée au dix-neuvième siècle par Parisotti pour les études de chant, et que le disque fait revivre avec une vitalité inédite. Ainsi, sont parfois économisées les reprises da capo, à l’exemple du lamento d’Alcina de Haendel, Ah ! Mio cor, suspendu dans le crescendo d’une invocation presque rituelle par la contralto française – laquelle fait à merveille oublier que l’air a été écrit pour soprano. L’écrin acoustique dans lequel est plongé ce morceau de bravoure se révèle d’ailleurs impitoyable pour le moindre parasite, la chute d’un stylo à la fin de la ritournelle introductive mettant en joue l’attention des musiciens et des spectateurs.

Si l’on ne saurait énumérer toutes les pages du recueil, une vingtaine, on retiendra entre autres les Vivaldi, qui témoignent de son génie des effets et de l’accompagnement, dans une lecture équilibrée qui ne cède pas aux facilités des ruptures aguichantes : outre le Concerto pour cordes RV 156 en sol mineur, l’Agitata in fido flatu, tiré du Judita Trionfante illustre l’instinct consommé de la soliste, aussi à l’aise devant son pupitre, qu’à donner l’impulsion à ses partenaires. Le programme offre également l’opportunité de redécouvrir des maîtres oubliés, tels Bononcini, avec un air de sa Griselda, Per gloria d’adorarvi, une cantate de Conti, Quella fiamma !, qui a donné son nom à l’enregistrement, ou encore Cesti – Intorno al idol moi. Quelques bis prolongeront un enchantement des oreilles que les mélomanes pourront retrouver le 13 mars prochain à l’Opéra de Montpellier, où l’artiste française est en résidence.

Festival du Nouvel An à Gtsaad, du 27 décembre 2017 au 8 janvier 2018 – concert du 6 janvier à Lauenen

visuel : couverture d’album