Une « Partenope » de Haendel sans Jarousky mais illuminée par la soprano Emöke Barath au TCE (13/01/2016)

15 janvier 2016 Par Yaël | 2 commentaires

L’orchestre Il Pomo d’Oro est en tournée mondiale avec l’opéra non seria de Haendel passait au Théâtre des Champs Elysées ce mercredi 13 janvier 2016, dans une version concert dirigé par le jeune chef italien Maxim Emelyananychev. Mais, tête d’affiche du nouvel enregistrement de Partenope sorti à l’automne chez Erato, le contre-ténor Philippe Jarousky a dû annuler le premier concert de sa vie, à la suite du décès de son père.  L’américain Lawrence Zazzo a sauvé dans le premier avion pour le remplacer au pied levé dans le rôle d’Arsace et la représentation a été maintenue pour un début hésitant qui s’est transmué en grands éclats d’émotion et de beauté.

Note de la rédaction :

Livret de Stampiglia plusieurs fois mis en musique (notamment par Caldara), Partenope a été écrit pour le King’s Theater en 1730 par Georg Friedrich Haendel qui l’a terminé moins de deux semaines avant la première. Mettant en scène l’héroïne éponyme, Partenope (Flamboyante Karina Gauvain), la reine de Naples, l’opéra montre que tous les chemins mènent vers la ville de Campagnie, surtout si son dirigeant est une belle femme. Autour d’elle, deux amoureux transis : son favori Arsace (Zazzo) et un prétendant encore secret (magnifique Emöke Barath). Quand le roi de Cumes (John Mark Ainsley) vient lui proposer le mariage, elle enrôle tous ses soupirants dans une guerre contre lui. Et avec eux, l’étrangère Rosmira habillé en homme (Kate Aldrich) pour récupérer son fiancé, Arsace. Qui remportera la vraie bataille : le cœur de Partenope?

Après un moment d’annonce et des fortes pensées pour Philippe Jaroussky et sa famille, c’est devant une salle comble, visiblement fan de baroque et émue que l’opéra commence, découpant les 3 actes en deux grandes plages de 1h30  chacune. Chef d’orchestre de Il Pomo d’Oro, avec Riccardi Minasi, le jeune et fougueux Maxim Emelyananychev transmet beaucoup d’énergie et d’émotion depuis son clavecin. Dirigeant avec charisme ses musiciens, il semble vivre Haendel de l’intérieur et nous le fait vivre ainsi, même quand il a du faire raccorder l’orchestre avant le premier tomber de rideau.

Côté orchestre, donc le fleuve Haendel fonctionne à plein. Du côté des voix en revanche, pendant le premier acte, la machine semble chercher un peu ses rouages. Rayonnante dans sa robe lamée mauve, la soprano Karina Gauvain commence à émouvoir assez vite avec son deuxième aria « L’amor ed il destin ». Très présent et déjà choyé par le public, Lawrence Zarzo semble suivre le même chemin où la concentration sur la technique (et là on se rend compte combien Haendel est difficile) ne permet pas de laisser tout de suite place à l’émotion, ce qui sera mis derrière lui au deuxième acte où on ne peut que s’incliner devant sa maîtrise, même si et d’autant plus si on a en tête la voix de Jarousky chantant de « Furibondo spira il vento ».

Toute fluette, habillée en homme (dans un opéra où les jeux de travestissement ont évidemment un grand rôle), Emöke Barath est celle qui démarre au quart de tour et sort la représentation de sa réserve. Immédiatement, son « Voglio dire al mio tesoro » saisit et suscite de forts applaudissements. Elle finit de nous éblouir avec « Bramo restar, ma no » à la fin de l’acte et se sublime et délicat « Non chiedo, O Luci Vaghe ». Tandis que la soprano Hongroise donne le « la » aux voix, c’est l’élégante mezzo Kate Aldrich qui décide l’ensemble des interprètes à jouer l’opéra, même sans costume. Femme jalouse, donc, elle pose avec humeur et fracas sa partition et après ce geste un peu magique, tout se passe comme si ses collègues se permettaient enfin de vivre leur personnage.

On est à la fin de l’acte 1 et la magie opère enfin, pour la plus grande joie du public, qui applaudit à tout rompre et suit très attentivement avec les oreilles et avec les tripes le reste de cet opéra qui intrigue en mettant vraiment en scène et en musique la bataille et qui éblouit par le nombre et la diversité de genre et émotions que portent ses arias. Une belle soirée d’opéra baroque et un bel hommage à Haendel dont on sort avec l’envie de suivre très précisément la carrière de Emöke Barath.

Visuels : photos officielles des chanteurs et de l’album


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