« Les Ultimes », Mozart et Schubert vibrent sous les vents

13 décembre 2017 Par
Bérénice Clerc
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La Seine musicale est un gros bateau rond, entouré d’étoiles presque aussi inaccessible géographiquement que la voie lactée. Les spectateurs en nombre se sont donnés rendez-vous, un soir de verglas quand le froid saisit les corps et purifie les esprits, pour écouter Mozart et Schubert sous les doigts et le souffle d’Insula Orchestra, avec à sa direction la dompteuse sans fouet et parfois même sans baguette Laurence Equilbey.

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La beauté gît dans les détails, un battement de doigts, une inflexion des épaules, la mouvement du coude, Laurence Equilbey construit note après note un ensemble solide, vibrant.

« La symphonie Jupiter » éclaire, chaque pupitre s’additionne pour créer le tout, puissant dès le premier mouvement profond jusqu’à la fugue finale.

A mains nues, la 41eme de Mozart se pare de couleurs, les musiciens et leurs instruments s’engagent avec passion et précision dans la partition pour donner à entendre le meilleur.

L’entracte arrive, certains partent, d’autres restent, tout le monde revient à sa place.

Insula Orchestra revient, Laurence Equilbey cette fois baguette en main peut faire sonner le départ de la somptueuse 9e de Schubert.

Laurence Equilbey semble créer de la dentelle au fuseau avec ses pupitres, chaque musicien libère sa lumière, ses couleurs aux pigments multiples. Tout le corps de la chef est en action, de dos, sans les musiciens on pourrait croire à une chorégraphie de Pina Bausch !

La densité des cordes est délicate, les vents d’une exceptionnelle beauté, la limpidité, le mouvement du son sont fascinants. Comme toujours chez Insula Orchestra, les percussions ont notre faveur.

Chaque seconde est un soulèvement, tout est jouissif, exaltant, rien n’est vain.

Les spectateurs crient leurs nombreux bravos aux sons des claquements de mains, comme une étoile filante un sourire éclaire le visage de Laurence Equilbey, les musiciens saluent avec présence, la salle redonne l’énergie transfusée.

Un lied de Schubert en guise de rappel, celui qui vous reste en tête pour le mois à venir si les chants de noël ne le coiffent pas au poteau.

Pour deuxième bis, improbable choix, drôle, pour annoncer l’année Gounot, 2018 et le prochain concert en janvier de Laurence Equilbey. Une valse, imaginer un instant l’assemblée en robes de bal, les senteurs de la bière, des alcools viennois, Sissi impératrice à la direction d’orchestre !

La soirée s’achève, le froid demeure, la musique réchauffe les cœurs, caresse les émotions mais n’agit pas sur les corps frissonnants.