Les Surprises, ensemble invité de Bach en Combrailles

13 août 2018 Par
Bénédicte Gattère
| 0 commentaires

Le concert donné par l’ensemble Les Surprises  dans le cadre du festival Bach en Combrailles a fait résonner l’église de Giat des « mystères du rosaires » : l’édifice de la petite commune du Puy-de-Dôme en était l’écrin idéal. Les Mysterien Cantatem choisis ont fait revivre la musique du grand compositeur allemand et de ses contemporains dans toute sa dimension spirituelle.

img_0698_les-surprises

L’ensemble emmené par Louis-Noël Bestion de Camboulas a présenté un programme suivant la ligne de leur disque sorti il y a quelques mois, signé au label Ambronay Éditions sous le titre Mysterien-Kantaten. Pour le chant, Maÿlis de Villoutreys qui a enregistré l’album avec l’ensemble était remplacée par la soprano Cécile Achille qui n’a pas démérité, et la violoniste Alice Julien-Laferrière était également remplacée. Cependant, la première chaconne était déjà bien entamée lorsqu’un petit accident survint, – les aléas du direct ! La violoniste dût quitter la scène après un malaise. Après concertation, les musiciens ont fait le choix de maintenir le concert afin de ne pas décevoir leur public. Louis-Noël Bestion de Camboulas, au clavecin et à l’orgue, reprit alors une portée de sa partition afin de pallier le pupitre manquant. Cet engagement auprès des spectateurs fut largement récompensé à la fin du concert par des applaudissements nourris.

Ce concert de Bach en Combrailles faisait la part belle aux contemporains du grand musicien allemand. Il s’ouvrait par une chaconne de Pachelbel et se clôturait par la cantate Fried und Freudenreiche Hinfahrt (« Départ dans la paix et la joie »), une méditation sur la mort du compositeur allemand Buxtehude, organiste comme Johann Sebastian Bach. Ces deux morceaux encadrant le programme en révélait le ton profond, une chaconne et une passacaille fonctionnant de la même manière avec des basses obstinés (reprenant une même cellule répétée). Les auditeurs retrouvaient Bach au mitan du concert avec sa cantate BWV 3. Le programme donnait par ailleurs – et c’était l’un de ses indéniables mérites – l’occasion de découvrir deux compositeurs mal connus par les auditeurs du XXI ème siècle : Nicolaus Bruhns, le jeune élève prodige de Buxtehude mort à 32 ans, avec son De Profundis poignant et Joahnn Adam Reincken, lui-même repris et copié par Bach. Ce dernier a d’ailleurs écrit les ornementations de la sonate de l’Hortus Musicus jouée à Giat.

Les cantates répondaient à l’époque à une progression liturgique et étaient écrites pour ponctuer la messe. Nous ne devons pas oublier cet aspect religieux de la production de Bach et de tous ses contemporains européens afin de bien en saisir la profondeur. Les accents tourmentés de certains de ces morceaux peuvent cependant nous paraître aujourd’hui bien éloignés. Ainsi la cantate BWV 3 intitulée Ach Gott, wie manches (« Ah! Dieu, combien de tourments ») nous parle-t-elle des inquiétudes et des épreuves que traversent les fidèles durant leur passage sur terre, la paix et la joie se trouvant dans l’au-delà comme le décrit Buxtehude dans sa pièce. Il s’agit pour les hommes de l’époque de retranscrire les mouvements de l’âme humaine dans des morceaux à destination liturgique. En choisissant de se concentrer sur le cycle de sonates écrites à l’origine par le compositeur austro-tchèque Heinrich Biber vers 1678  ayant fait l’objet de nombreuses transcriptions par ses contemporains (c’était alors monnaie courante à une époque où la notion de plagiat n’existait pas réellement), et de par le choix du lieu, le concert donné par l’ensemble des Surprises ressuscitait avec intelligence l’esprit religieux qui animait la musique de l’époque de Bach.

Visuel : © Antoine Thiallier