Les sorties classiques et lyriques du mois de janvier 2018

28 janvier 2018 Par
La Rédaction
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Parmi les éternelles bonnes résolutions du nouvel an, passer plus de temps en repos dans une chambre à écouter de la musique. Jeunes talents, maîtres avérés et enfants prodiges devenus adultes de génie, la sélection de ce mois de janvier 2018 est non seulement diverse, raffinée mais elle permet aussi de revisiter un répertoire classique à l’aune de perles trop peu jouées. Bonne écoute!

Ludmila Belinskaïa, la maturité rayonnante de l’enfant prodige
Fille du violoncelliste du quatuor Borodine, ayant côtoyé les meilleurs musiciens russes des années 1960 et 1970, sur scène avec son père dès l’âge de 13 ans, où elle a été propulsée star en URSS par le rôle et la chanson phare du film SF Le Grand Voyage Cosmique, Ludmila Berlinskaïa vit à Paris depuis le début des années 1990 et constitue avec son mari, Arthur Ancelle un duo de pianos. Son nouvel album solo, Reminiscenza mêle des oeuvres clés qui l’ont marquée dont la très rare Sonate « Réminiscence » de Medtner à laquelle elle confère une lancinante mélancolie. Il y aussi Kreisleriana de Schumann, qu’on avait pas entendu aussi incarné et charnel depuis Martha Argerich, pour commencer une vivante Trentième Sonate de Beethoven et en final les Valses Nobles et Sentimentales de Ravel qu’elle donne l’impression de tout simplement faire décoller. Grand voyage cosmique, donc et de piano allemand et français, qu’on peut retrouver sur la scène de la salle Gaveau le 2 février prochain. Ludmila Belinskaïa, Reminiscenza, Melodia, sortie le 12 janvier 2018. YH

Éloge du violoncelle romantique
Du côté des solistes français, c’est le violoncelle 19e qui est à l’honneur, avec les Sonates pour violoncelle et les dances hongroises de Brahms réunis sur un disque par Jean-Guihen Queyras et Alexandre Tharaud. Un enregistrement dans lequel les deux complices qui seront sur la scène de la Maison de la Radio le premier février après être passés par Caen et Toulouse, mettent à la fois beaucoup d’intensité et autant de douceur. Jean Guihen Queyras, Alexandre Tharaud, Brahms, Cello Sonatas, Hungarian Dances, 71’33, 17 euros. Sortie le 19 janvier 2018. YH

 

moreau-kadouchDe leur côté, Edgar Moreau et David Kadouch proposent une traversée du violoncelle romantique français dans un double album, où l’on peut entendre une très puissante version du concerto pour violon de Franck transcrit pour le violoncelle de Moreau, la Sonate et les Souvenirs de Poulenc, en bout de la chaîne de transmission et deux perles rares en plat de resistance : la Grande sonate dramatique de Rita Strohl (1892) « Titus et Bérénice », enfant prodige de son époque. Le dernier moment du dénouement tragique allegro molto movimiento est absolument vibrant et fulgurant! Enfin, au cœur du deuxième disque l’on découvre une pièce de moins de cinq minutes : un andante pour piano et violoncelle de Fernand de la Tombelle, proche de Saint-Saens. Après une tournée dans plusieurs villes de France (dont Toulouse le 19 mars et Lyon le 21 mars, le duo sera sur la scène de la Philharmonie le 28 mai. Edgar Moreau et David Kadouch, Erato, sortie le 19 janvier 2018. YH

SPECIAL JEUNES TALENTS
La nouvelle année discographique est propulsée par la fraîcheur de nouveaux talents. Beaucoup de pianistes, mais pas que !

tanguy-de-williencourtWagner/Liszt/Williencourt par Tanguy de Williencourt
Publier un double CD avec un répertoire aussi exigeant, qui plus est, pour son premier disque solo, il faut avoir un sacré culot. Heureusement, Tanguy de Williencourt a une audace d’enfer qu’il assume pleinement. Et non seulement il joue magnifiquement bien ces pages virtuoses avec une profondeur épatante, il signe les commentaires détaillés, œuvre par œuvre, pour le livret. Preuve qu’il connaît vraiment ce qu’il joue. Et non satisfait de l’absence de la partition, il transcrit lui-même le Prélude de Tristan et Isolde. Cela atteint au niveau d’un délit parfait par préméditation, tout en conscience… musicale. Et son délit est grave, car il met toute personne qui l’écoute dans un état d’exaltation rare… Si vous aussi voulez connaître une ivresse wagnérienne pianistique, courez chez votre disquaire, dans une web-boutique ou sur votre plateforme numérique préféré (légal, bien sûr).
2 CD Mirare, MIR 382 VO

marie-ange-nguci-en-miroir« En Miroir » par Marie-Ange Nguci
Un autre talent étonnant chez Mirare, c’est une jeune femme qui n’a encore pas 20 ans, Marie-Ange Nguci. Son programme met en avant les aspirations d’une lignée de compositeurs ayant compté parmi les plus grands organistes et improvisateurs de leur temps. Ainsi, des pièces de Franck, Escaich, J. S. Bach / Busoni et Saint-Saëns figurent dans ce programme extraordinairement exigeant, qui requiert une maturité musicale évidente. Comme Tanguy de Williencourt, c’est elle-même qui signe le livret, qui n’est rien d’autre que de véritables textes d’analyses d’œuvres. Elle est douée d’une musicalité innée, d’une capacité de produire cette atmosphère unique, avec une élasticité du temps. Ses expressions, déterminées même les moments les plus tendres, confèrent une robustesse à son interprétation, bien bâtie, sans que cela n’alourdisse les propos. Ce disque fait transparaître toute une intelligence de cette musicienne qui possède un goût incontestable pour la construction, de forme, de couleurs, de narration, de tension… Un disque époustouflant.
1 CD Mirare, MIR 362VO

nathanael-gouin« Liszt Macabre » par Nathanaël Gouin
Décidément, le label Mirare est une pépinière de jeunes pianistes ! Nathanaël Gouin a publié son premier disque sur le thème de Liszt Macabre, réunissant Mephisto-Valse n° 2 (celle la moins connue), Pensée des morts, Totentanz, Funérailles, Csardas macabre et Gretchen. Son sens théâtral est admirable dans les interprétations de ces œuvres fortement descriptives et évocatrices ; on peut même suivre des scènes imaginaires comme si on lisait un roman. Grâce aux rythmes bien marqués, au son affirmé et aux phrasés clairs, il fait sonner le piano comme un orchestre.  Théâtralité garantie, virtuosité fantastique, il assume ces partitions diaboliques jusqu’à poser en Mephisto pour la jaquette.
1 CD Mirare, MIR 354 VO

« Horizon(s) » par Olivia Gay

olivia-gayDepuis quelque temps, jeunes musiciens prennent le courage de casser les codes et les conventions pour enregistrer leurs premiers CD. Les trois pianistes que nous venons de citer, ainsi que quelques autres ci-après, montrent leurs exemples. À 30 ans, Olivia Gay fait confiance à sa maturité pour constituer un programme rare, reflétant pleinement notre temps : Concerto n° 1 pour violoncelle et orchestre de chambre de Philippe Hersant (né en 1948), Concerto pour violoncelle et orchestre de Peteris Vasks (né en 1946) et « Arckepek » pour violoncelle et orchestre de Thierry Maillard (né en 1966) en création. Dans son interprétation prévalent une sonorité large, une conception musicale à grande envergure mais aussi une délicatesse dans les détails. Tout cela évoque de merveilleux spectacles de la nature. Et c’est probablement pour cela que ce CD est accompagné d’un beau livret illustré de belles photos d’un volcan, d’un lac, de bord de l’eau, de forêt…
1 CD Ilona Records, LIR8167111VO

a-deux-piano-pochette« À deux pianos » Guillaume Bellom & Ismaël Margain
L’enregistrement a été réalisé en direct lors d’un concert au Festival Août musical de Deauville. La prise de son retransmet bien l’atmosphère de la salle, avec une réverbération « brute », d’ailleurs fort sympathique. Cette imperfection — par rapport à l’enregistrement studio trop parfait, devenu un standard — rappelle avec nostalgie une belle époque de vinyle 33 tours, ou encore 45 tours…
Ismaël Margain et Guillaume Bellom ont choisi un programme assez original : outre les Variations sur un thème de Haydn de Brahms et la Suite « Fantaisie-Tableaux » de Rachmaninov, on y entend le Concertino de Chostakovitch et surtout, Andante et Variations de Schumann, qui font appel, en plus de deux pianos, à un cor et deux violoncelles. Là règne une fraternité « entre copains », tout aussi sympathique, à travers laquelle l’auditeur sent leur bonheur de jouer ensemble.
1 CD B-Records, LBM 011 VO

berenice-che-fai« Berenice che fai ? » par Opera Fuoco
L’héoïne de Pietro Metastasio, en proie à un dilemme cornélien, a inspiré tant de compositeurs. Ce disque réunit quelques-uns des œuvres de Haydn, Mozart, Johann Christian Bach…, mais aussi une « scène de Berenice » de Mariana Martinez. Fille d’un riche diplomate napolitain, élève de Metastasio et de Nicola Porpora, et même logeuse, un temps, du jeune Haydn, elle avait un grand talent en tant que compositrice où elle présentait ses œuvres dans le salon qu’elle tenait. Ce sont trois étoiles montantes, les sopranos Chantal Santon-Jeffery et Natalie Perez, ainsi que la mezzo-soprano Lea Desandre, qui prêtent leur voix à Berenice déchirée dans l’air « Ah Berenice, che fai… » adapté par de nombreux compositeurs. Chacune s’exprime, avec sa dose dramatique incontestable, la violence et la fragilité des sentiments de ce personnage complexe, le tout magnifiquement orchestré (dans le sens aussi propre que figuré) par l’ensemble Opera Fuoco, dirigé par David Stern.
1 CD Aparté, AP165  VO

takuya-otaki« Béla Bartók et la virtuosité » par Takuya Otaki
Takuya Otaki, Premier Prix du 12e Concours international de Piano d’Orléans en février 2016 (Concours consacré au répertoire du XXe et du XXIe siècle), entame immédiatement après le concours une série de concerts au Japon, en Italie et en France. Il joue avec passion Bartók, l’un de ses compositeurs de prédilection, jusqu’à lui consacrer son tout premier disque. Choix audacieux, il l’assume de tout cœur. Des passages les plus vifs avec des notes percussives, jusqu’aux pages les plus mystérieuses, son excellence ne fait aucun doute.
1 CD Solstice, SOCD 350  VO

cover-double-jeu« Double jeu » par Olivier Korber
Olivier Korber a un parcours peu banal. Economiste de formation, exerçant une profession de stratégiste des marchés financiers, il a poursuivi ses études de piano dès son jeune âge, et obtient son Prix de piano au CRR de Paris. Il a été remarqué en 2016 en reportant le Premier Prix, le Prix de la presse et le Prix du public au 27e Concours des Grands Amateurs de piano à Paris, avec les Etudes op. 25 de Chopin. C’est donc tout naturellement que ces douze Etudes figurent sur ce disque Chopin, avec la Barcarolle, les trois Mazurka op. 59 et la Polonaise-Fantaisie. « Les douze Etudes op. 25 de Chopin ont accompagné mon Double jeu quotidien entre salle de marché et salle de concert », déclare le pianiste. Ce CD sert également comme excellent encouragement à tous les amateurs invétérés du piano !
1 CD Collection 1001 notes, 1001notes11  VO

the-curious-bards« [Ex] tradition » par The Curious Bards
« Harmonia nova », la nouvelle collection chez Harmonia Mundi dédiée aux jeunes interprètes, se lance avec un ensemble qui sort des sentiers battus. The Curiouis Bards, constitué de cinq musiciens français (si, si!) autour du violoniste Alix Boivert, qui ont tous une formation d’instruments baroques et celle de musique traditionnelle du monde gaélique et celte. Le programme présente des pièces jouées par des villageois, des gens de la rue et des musiciens itinérants appelés « harper » ou « bardes », publiées au XVIIIe siècle. L’interprétation dans ce disque est imprégnée de bonne humeur, transmet la vitalité des gens simples avec la spontanéité et la souplesse d’improvisation, où un violon, un cistre, une viole de gambe, une flûte traversière et une harpe sont en constant dialogue. Le timbre clair de la mezzo soprano Ilektra Platiopoulou y donne une couleur lumineuse.
1 CD Harmonia Mundi, HMN 916105  VO

pierre-gallon-haydn« Joseph Haydn Per il cembalo solo » par Pierre Gallon
Parmi les jeunes clavecinistes émergents, particulièrement nombreux depuis quelques années, Pierre Gallon a déjà de très riches expériences en jouant dans plusieurs ensembles (Pygmalion, Le Poème Harmonique, Correspondances, Les Musiciens de Saint-Julien, Caravansérail…). Après son premier disque solo consacré à Pierre Atteignant, son choix s’arrête à Joseph Haydn. Et ce n’est pas seulement des sonates mais une Partita, un Capriccio, un Divertimento mais aussi quelques pièces isolées. En composant un tel programme, il trace bien son propre chemin, sortant lui aussi des sentiers battus. Il multiplie d’ailleurs des expériences en deux clavecins ou en « bande de clavecins ». Son jeu limpide et élégant, dans une démarche « baroque » du maître classique, en interprétant des œuvres composées entre 1765 et 1781 (Haydn, qui avait vécu jusqu’à 77 ans, avait entre 33 ans et 49 ans), est précieux pour mieux comprendre la continuité de style, ou pour apprécier tout simplement la musique. En effet, les doigts magiques de Pierre Gallon insufflent l’âme aux notes écrites par Haydn, en les faisant chanter, danser, méditer, rêver…
1 CD L’Encelade, ECL 1701  VO

 

maxim-emelyanychevSonates pour piano de Mozart au pianoforte par Maxim Emelyanychev
Les amateurs de la musique baroque, en particulier de voix, le connaissent certainement. Il dirige du clavecin l’ensemble Il Pomo d’Oro, au concert comme à l’opéra, en compagnie des plus prestigieux chanteurs comme Marie-Nicole Lemieux, Max Emanuel Cencic, Xavier Sabata, Julia Lezhneva, Franco Fagioli, Patrizia Ciofi… Et voilà seul au clavier, non au clavecin mais au pianoforte, il joue Mozart. Sur un instrument réalisé par Paul McNulty, d’après Walter et Fils d’environ 1792, des sonates de maturité reprend une couleur gracieuse avec des ornements improvisés comme on faisait à l’époque. Disque s’ouvert avec une sévérité dramatique du fameux couple Fantaisie K. 475 / Sonate K 457 pour aller vers la gaîté souriante de la Sonate en ré majeur K. 576 en passant par la « Sonate facile » en ut majeur K. 545 ; c’est comme si on voit la vie du compositeur en une heure chrono condensé (l’enregistrement dure 59 minutes).
1 CD Aparté, AP 161, sorite le 2 février 2018  VO

visuels : couvertures d’albums