Sensuelle extase de « Saint François d’Assise »

28 juin 2016 Par Bérénice Clerc | 0 commentaires

  La Philharmonie 2, anciennement connue sous le joli nom de Cité de la Musique donnait rendez-vous, à 20h30 le 22 Juin 2016, après les fouilles actuelles d’usage, pour un concert Légendes où Liszt rencontra Gounod, Laurence Equilbey, l’Orchestre de chambre de Paris, Accentus, Karine Deshayes, Stanislas de Barbeyrac et Florian Sempey. Légèreté, douceur, profondeur, clarté brillèrent avec harmonie tout le concert avant les applaudissements d’une salle comble et extatique.

Equilbey « la grande, la très grande légende », Accentus et l’Orchestre de chambre de Paris « ma vie en musique », diraient les plus jeunes ou ceux qui utilisent leur langage, se donnent régulièrement des rendez-vous pour partager des plaisirs parfois inconnus avec le plus grand nombre.

La musique Française, le bicentenaire de Gounod sont de jolis prétextes pour de belles rencontres en vue d’un disque.

La pluie tombe sur nous depuis si longtemps que le soleil deviendrait presque le messie attendu par tous, les dalles de la Villette brillent de moult nuances de gris, si les yeux ne voyaient pas ces chaises volantes à sensations fortes, les manèges de la fête foraine laissent entendre des cris dignes d’une scène de crime, les spectateurs portés par l’envie d’entendre de la bonne musique se dirigent vers la salle à pas feutrés.

Femmes à talons hauts, jupes fendus, manteaux sombres, hommes élégants, jeunes filles, damoiseaux, jeans, baskets, ballerines chacun son fauteuil, chacun son style.

« Du berceau jusqu’à la tombe » de Liszt ouvre le bal des émotions vibratoires et auditives.

Remarquable dépouillement du berceau, violons, altos, flûtes et harpe bercent le début de la vie, puis le combat de la vie, la lutte intérieure pour tenir debout demande un grand orchestre, puissant, violent jusqu’à l’arrivée lugubre vers la tombe, sombre, sobre avec une économie de moyen et de belles suspensions.

Karine Deshayes entre ensuite en scène avec Accentus pour « La légende de sainte Cécile » composée par Liszt pour voix de femme, chœur et orchestre sur un poème de Delphine de Girardin. Karine Deshayes, chanteuse à succès met toute son énergie, ses talents et sa voix au service de ces 14 minutes qui semblent hélas durer bien plus tant le texte et le phrasé sont ringards ou datés pour rester bienveillant. La musique est belle, l’orchestre et la puissance d’Accentus dirigés avec modernité par Laurence Equilbey sauvent de la niaiserie mièvre francophone de la voix féminine.

Les applaudissements de la foule sont nombreux, les spectateurs aiment Karine Deshayes, Accentus, l’Orchestre de chambre de Paris et Laurence Equilbey, ils le crient haut et fort. Entracte, pause, respiration, eau, champagne, toilettes, « smartphones », discussions, rires, drague, commentaires, il est temps de se rassoir pour la suite du concert qui sera merveilleuse !

Juste avant les merveilles absolues de « Saint François d’Assise » de Gounod, l’hymne à sainte Cécile du même Charles offrit un solo au violon de Deborah Nemtanu. Douceur, harmonies et couleurs occupent l’espace. Les sons du violon sont très beaux, enveloppant, Deborah Nemtanu en fait un peu trop, elle semble surjouer de tout son corps, mais  les yeux fermé la musique entière soulève, apaise avec simplicité.

La vedette américaine, le final tant attendu, mérite sa place, « Saint François d’Assise » fût un diamant puissant aux mille facettes sculpté avec profondeur par une chef inspirée, précise, claire, aux émotions intérieures extatiques retenues et profondes comme la partition.

Stanislas de Barbeyrac est François, il brille par sa beauté, la puissance et la clarté de sa voix, un phrasé quasi parfait à la sensualité dense, inspiré et profonde. Il s’adresse à Jésus, Florian Sampey, baryton aux murmures délicieusement portés vers la salle.

François déclare sa flamme à celui « qu’il adore », le dialogue est religieux mais une sensualité quasi érotique se dégage de ce chant entre deux hommes, la passion brûlante est sans étreinte mais un désir ardant à l’extase mental, pénètre chaque spectateur.

Le chœur à quatre voix mixtes d’hommes renforce la beauté virile, pas de sentimentalisme, de lenteur ou de niaiserie, idem pour le chœur des femmes, la hauteur de ton et la passion sont de mise.

L’Orchestre de chambre de Paris se pare d’un son aux générosités mélodiques et enchainements harmoniques extrêmement agréables à entendre.

La direction de Laurence Equilbey laisse apparaître avec délicatesse des textures légères d’une clarté rare, inspirées, douces. L’extase des profondeurs, la douleur de la perte jusqu’aux voix célestes transparentes, limpides, sans langueur, elle maitrise ses troupes avec ferveur.

Les spectateurs debout en liesse eurent du mal à cesser d’applaudir, saluts après saluts l’extase formait des cris partout et le désir de vivre toujours aussi intensément l’Amour.


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