Sacrées redécouvertes au Festival Berlioz

30 août 2018 Par
Gilles Charlassier
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Manifestation majeure de l’été musical, le Festival Berlioz, qui s’ouvre désormais sur une fête populaire, met cet année à l’honneur le répertoire sacré. Soutenu par le Palazetto Bru Zane, le concert d’Hervé Niquet et du Concert Spirituel, avec une rareté et une redécouverte, illustre l’esprit aventureux de Bruno Messina, le directeur artistique, qui n’hésite pas à sortir des sentiers battus.

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Jean-Paul-Egide Martini est resté célèbre pour sa romance Plaisir d’amour, que Berlioz a orchestrée. Cela suffirait à nouer un lien légitime pour le mettre à l’affiche d’un rendez-vous consacré au compositeur romantique français. C’est ainsi qu’Hervé Niquet a proposé à Bruno Messina et au Palazetto Bru Zane, partenaire régulier du festival, une partition de ce musicien né en terre germanique et installé en France qu’il a redécouverte, une Messe des morts à grand orchestre dédiée aux mânes des compositeurs les plus célèbres. On devine, aux effets parfois spectaculaires de l’ouvrage, à l’exemple de l’introduction percussive du Kyrie, que Berlioz a été sensible à cet instinct de la dramatisation de la piété religieuse. L’écriture chorale, répartie entre deux ensembles qui se répondent, relaient une facture orchestrale nerveuse, où affleure une évidente théâtralisation du sentiment que met en valeur une direction enthousiaste. La pièce va au-delà de l’intérêt muséographique, et l’on attend l’enregistrement qui sera réalisé à la suite de la reprise du concert à la Chapelle Royale de Versailles en juin prochain, qui devrait inclure les trois motets avec solistes, ici coupés pour préserver la durée de la soirée.
Après l’entracte, c’est une autre page ressortie récemment des bibliothèques, et que l’on croyait perdue, que fait revivre Hervé Niquet. Redécouverte à Anvers en 1992 et enregistrée dans la foulée par John-Eliot Gardiner, la Messe solennelle est l’oeuvre d’un Berlioz à peine âgé de vingt ans, qui avait déclaré, par la suite, l’avoir détruite, ayant réutilisé une partie du matériau dans ses opus ultérieurs. Et ce qui frappe dans cette partition un peu hétérogène mais visionnaire, c’est la maturité du développement de thèmes que l’on retrouvera quasi intacts plusieurs années plus tard. La progression du Kyrie annonce l’Offertoire du Requiem, quand le troisième mouvement de la Symphonie Fantastique, la Scène aux champs reprend le Gratias du Gloria. Le Dies irae frappe par sa puissance, quand le Credo se montre moins homogène. De cet attachant témoignage de génie précoce, Hervé Niquet et ses musiciens du Concert Spirituel en livrent une lecture vigoureuse, qui privilégie parfois la vitalité de l’éclat à la rondeur de la pâte orchestrale, un peu diététique. Si les interventions de la soprano, Diana Axentii, ne déméritent aucunement, celles du ténor, Sébastien Droy démontrent plus de musicalité que de vaillance, quand la basse, Mikhail Timoshenko, se distingue par un certain exotisme. S’ils ne sont pas toujours irréprochables, les choeurs ne manquent pas d’allure.

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L’après-midi, Roger Muraro donnait dans l’église de La-Côte-Saint-André le premier de ses trois récitals de cette édition 2018 de Berlioz. Au-delà du trac sans doute perceptible dans la Sonate n°8 en la mineur de Mozart, la lecture du pianiste français joue habilement sur les contretemps à la main droite pour faire ressentir la fébrilité de l’Allegro initial. A rebours des précipitations angoissées que l’on subit parfois dans le Presto final, les ramifications détaillées de la fluidité mélodique ressortent ici avec une élégance et une précision au service d’une expression d’autant plus émouvante qu’elle est retenue. En pédagogue, le soliste introduit les Fauvettes de l’Hérault – Concert des garrigues de Messiaen, et donne au public des repères d’écoute que son interprétation aussi inspirée qu’intelligible restitue dans son contexte de frise pastorale et ornithologique, baignée dans une onirique torpeur estivale. Trois numéros d’Iberia d’Albeniz concluent le programme, avec un Corpus Christi en Sevilla magistral de couleurs et d’évocations hispaniques, à la manière d’un feu d’artifice final qui s’évanouit dans le silence. Ce sens de la poésie se confirme dans le nocturne de Chopin donné en bis. Signalons le cycle des Vingt Regards sur l’Enfant-Jésus, véritable cathédrale de Messiaen que Roger Muraro présentera jeudi 30 août.

Festival Berlioz, concerts du 28 août 2018

Visuel : affiche des concerts: Hervé Niquer / Laurent Muraro