« Rothko Chapel » : inspirations plastiques interprétées par l’ensemble intercontemporain

25 février 2017 Par
Yaël Hirsch
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Ce vendredi 24 février, avant de donner en morceau de bravoure le Rothko Chapel de Morton Feldman (1971), l’ensemble intercontemporain a donné 4 œuvres toutes récentes, dont deux créations françaises parmi lesquelles un poème symphonique à la modernité du chef d’orchestre de la soirée : Gregor A. Mayrhofer. Le point commun entre ces œuvres ? Elles sont toutes inspirée d’un travail visuel et plastique contemporain. Live-report d’une soirée où l’on s entendu les couleurs de notre monde.

rothko-chapel

Le concert a commencé avec une création grinçante et audacieuse de l’américain Jay Schwartz. Intitulée M et donnée out la première fois en 2013 à Salzbourg, cette pièce s’inspire de la sulfureuse sculpture e Markus Lüperz figurant un Mozart tordu par notre temps. Jouant sur l’ondulation et le rythme d’une certaine laideur avec une première partie orchestrale zigzagante, M met en avant le timbre du baryton Evan Hughes, qui commence par dialoguer avec l’intercontemporain bouche fermée avant de proférer des extraits hallucinés du Requiem. Un inquiétante étrangeté se dégage de cette composition aussi dérangeante que séduisante et qui rend bien l’impact de l’œuvre de Lüperz.

La deuxième œuvre jouée répercute A.E.I.O.U., une œuvre de Anselm Kiefer. Crée en 2013, également à Salzbourg, Beyond (a system of passing) est un solo composé par Matthias Pintscher pour la flûte. Éthéré à l’image de l’œuvre de Kiefer et hallucine, le morceau commence sur un souffle et finit presque sur un son mât de percussion. Concentrée et puissante, la soliste Sophie Cherrier a été ovationnée par sa performance.

Kiefer et hallucine, le morceau commence sur un souffle et finit presque sur un son mât de percussion. Concentrée et puissante, la soliste Sophie Cherrier a été ovationnée par sa performance.
Enfin, Gregor A. Mayrhofer a dirigé l’ensemble dans une de ses propres œuvres inspirée par une installation de Arnaldo Pomodoro à Cologne. Rencontrant un de ses thèmes de prédilection dans l’hommage à la technique opéré par le maître de l’arte povera, il conduit son oeuvre Grosse Huldigung an das technische Zeitalter avec joie et élégance. Et celle-ci, version musicale et plus contemporaine des Temps Modernes de Chaplin, commençant par un souffle de cordes assez mécaniques et s’emballant jusqu’à ce que les robots aient une âme, remporte un triomphe.

Un court entracte permet de changer le dispositif de la scène pour la reprise d’une création récente (janvier 2017) de la philharmonie de Cologne : Et nous tournions autour de ces fontaines hallucinées de Benjamin Attahir. A pas même 30 ans, le jeune compositeur s’est inspiré de la fameuse fontaine créée par Tinguely et Saint Phalle devant l’Ircam pour écrire cette composition pour ensemble. Deux violons encadrent les musiciens et le pièce fonctionne comme une promenade, avec des éclats de mélodies, un piano lyrique et presque de faux airs d’orientalisme. Ça grince un peu, comme chez Tinguely mais on retrouve toute la rondeurs des « nanas » et la suavité de la carte postale parisienne dans ce morceau très bien reçu par le public de la Philharmonie.

Enfin, pour l’acmé de ce concert, les choristes des cris de Paris prennent place, avec en leur cœur un pianola et sur le côté un alto et des percussions : Nous entrons dans la fameuse Rothko Chapel (1971), antre mystique réalisée par le peintre Mark Rothko à Houston et dont Morton Feldman a voulutranscrireles « radiations de présence ». Le morceau est beau, profond. Initiée par l’alto, la tension monte et puis s’épuise avant de repartir, de planer comme un souffle sur les percussions qui murmurent encore plus que les voix du double chœur. Contre toute attente, après un duel virevoltant entre la soprano et l’alto, les 25 minutes de pièce méditative finissent sur un air, une mélodie folk initiée par l’alto et reprise par le chœur. On finit ce concert la tête rempli de sons nouveau, l’âme élevée par la chapelle de Feldman et malgré les couleurs sombres de la salle, les rétines pleines de mouvement et de couleurs.
visuel : Gregor A. Mayrhofer (c) L. Lossepied


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