Pianoscope à Beauvais : Alexandre Tharaud en chef d’orchestre, de la virtuosité et des surprises

21 octobre 2018 Par
Christophe Dard
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Pour sa 13ème édition, du 11 au 14 octobre 2018, le festival a accueilli le célèbre pianiste aux côtés d’autres musiciens talentueux. Si les compositions des grands noms du piano étaient au programme, de Debussy à Satie en passant par Schubert et Poulenc, des improvisations et des instants inattendus ont montré que Pianoscope est bien plus qu’un rendez-vous autour d’un instrument mais la réunion des amoureux de la culture.

 

Alexandre Tharaud ©Mazet

Alexandre Tharaud ©Mazet

 

Des cathédrales dans lesquelles sont nichés les sentiments les plus profonds en autant de nuances que les vitraux de l’âme laissent apparaître… Antres de Pianoscope, la Maladrerie Saint-Lazare, bâtie au XIIème siècle, et le théâtre du Beauvaisis, Scéne Nationale, ont vu passer, cette année encore, de beaux moments d’émotion.
Pour sa 13ème édition, le festival, créé en 2005 par Brigitte Engerer, s’est choisi un directeur artistique de renom, Alexandre Tharaud. Il a préparé une programmation en exact miroir de ce qu’il est, un pianiste généreux, curieux et ouvert à tous les arts.

 

Le concert-lecture Montrez moi vos mains ©Mazet

Le concert-lecture Montrez-moi vos mains ©Mazet

 

Dans sa carte blanche, ses compositeurs de prédilection figuraient évidemment en bonne place. Bach, Satie, Schubert, Debussy (centenaire de sa mort oblige), Poulenc et la malicieuse Sonate pour clarinette et piano, Beethoven (les Sonates 30, 31 et 32, les dernières écrites par le génie entre 1820 et 1822)… Lors de cette édition 2018, le répertoire de Alexandre Tharaud était un joli ciel parsemé d’étoiles du piano et bien visible car le temps était radieux.

Le pianiste, qui vient justement de sortir l’album Beethoven Sonates Opus 109, 110, 111 (Erato) a joué en soliste ou aux côtés d’autres musiciens, des amis de longue date et des partenaires, Frédéric Vaysse-Knitter (qui nous a fait redécouvrir le compositeur polonais Szymanowski lors de son concert), le clarinettiste belge Ronald Van Spaendonck et le ténor Jean Delescluse. Ces moments de partage ont d’ailleurs été l’occasion d’entendre Alexandre Tharaud dans un registre différent tel celui, envoûtant, de Astor Piazzolla.

 

Le Quatuor Arod ©Mazet

Le Quatuor Arod ©Mazet

 

De jeunes concertistes époustouflants ont également eu le privilège de jouer avec Alexandre Tharaud. Avec le Quatuor à cordes Arod, il a interprété le Quintette pour piano et cordes en fa mineur de César Franck, le premier grand quintette du répertoire français, élaboré à la fin du XIXème siècle. Avant cette œuvre qui a réveillé nos rêves avachies par son intense mélancolie, les quatre musiciens ont enchanté le public avec le Quatuor numéro 1 de Robert Schumann et Langsamer Satz de Anton Webern.
Ismaël Margain, 26 ans, nommé en 2015 aux Victoires de la Musique Classique, a également été une révélation de Pianoscope. Mozart, Schubert (objet de son premier enregistrement solo), Fauré, Debussy… Son panthéon pianistique est très proche de celui de Alexandre Tharaud.

 

Ismaël Margain ©Mazet

Ismaël Margain ©Mazet

 

Mais à l’instar de ses projets précédents, comme son album en hommage à Barbara en 2017, le spectacle équestre de Bartabas en 2006 et sa participation au bouleversant film Amour de Michael Haneke (projeté lors du festival), Alexandre Tharaud a été une fois de plus là où on ne l’attendait pas. Il a été le récitant de son livre Montrez-moi vos mains (sorti chez Grasset en 2017) aux côtés des acteurs Gilles Privat et Daniel Brière, accompagnés par le musicien François Salque et d’extraits des Suites pour violoncelle de Bach. Lors de « Dodo Tharaud ! », au théâtre du Beauvaisis, le pianiste a convié le public, allongé au sol, à une méditation nocturne dans laquelle les mots murmurés dans l’obscurité et la musique nous prenaient la main et nous emportaient vers le sommeil.
Enfin, à la Maladrerie Saint-Lazare, Alexandre Tharaud a présenté une exposition de ses photographies, Clic-Clac!, instants saisis lors des nombreuses tournées à travers le monde entier et subtilisés à l’oubli du temps qui passe. Chacun des vingt-deux clichés porte le nom d’une ville où Alexandre Tharaud a joué.

 

Dodo Tharaud ©Mazet

Dodo Tharaud ©Mazet

 

En marge de ces trois jours de concerts qui ont attiré en tout 2613 spectateurs pour un taux de fréquentation de 89%, Pianoscope a également organisé des séances scolaires autour du piano, un concert à l’hôpital de Beauvais et une projection du film Variations Goldberg, consacré à Alexandre Tharaud.

Avec son autorité naturelle qui confère aux inclinations les plus respectueuses, le piano est une odalisque dont les doigts fuselés, noirs et blancs, sont autant de touches avec lesquelles le musicien convole pour frapper aux portes des sensibilités et y abandonner les traces de leur venue. Depuis plusieurs années, Pianoscope fait partie du cortège et le cru 2018 laissera un beau souvenir. Vivement l’année prochaine pour la 14ème édition, du 10 au 13 octobre 2019.

Christophe Dard