[LIVE-REPORT] Notre-Dame de Paris, cabinet de curiosités musicales espagnoles

10 février 2017 Par
Alexis Duval
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La cathédrale capitale a accueilli, mardi 7 février, une programmation originale de compositeurs ibériques dont les oeuvres préfigurent pour certaines le baroque européen.

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L’acoustique formidable de la cathédrale Notre-Dame de Paris a vibré au son d’oeuvres espagnoles étonnantes, mardi 7 février. La formation de musique sacrée était réduite – cinq voix, un percussionniste, un organiste – et le programme plutôt court – une heure et dix minutes. Il ne fallait pas davantage pour faire découvrir un répertoire d’une grande rareté. Intitulée « Jesus, Agua y Fuego » (Jésus, eau et feu), la sélection donnait à entendre des airs de Mateo Flecho El Viejo, Tomas Luis de Victoria, Francisco Guerrero et Cristobal de Morales. Quatre grands noms de la musique ibérique de la Renaissance et du XVIIe siècle, précurseurs du baroque, qui sont tombés dans les oubliettes de l’histoire musicale. Quatre compositeurs moins novateurs que leurs « héritiers » français, Louis Couperin et Jean-Baptiste Lully pour ne citer qu’eux, qui, eux, ont connu la gloire notamment du fait qu’ils étaient soutenus par la cour du roi de France.

L’Ensemble de musique sacrée de Notre-Dame de Paris a eu ainsi l’immense mérite de les ressortir des limbes. Les cinq chanteurs – une soprano, une alto, deux ténors et une basse -, ont choisi d’ouvrir le concert avec « El Fuego », une oeuvre polyphonique caractéristique de l’ « ensalada », oeuvre polyphonique qui mêle de nombreuses influences et qui narre l’urgence de l’absolution des péchés. « Corred, corred, pecadores ! / No as tardes en traer luego / agua al fuego, agua al fuego ! » (soit « Courez, courez, pécheurs ! / Ne tardez pas, apportez vite de l’eau pour le feu, de l’eau pour le feu, de l’eau pour le feu »).

Loin de la musique sacrée à la française

On notera que l’air d’ « El Fuego » a régulièrement recours à l’onomatopée (« Dandan, dandan », « Dindiridin… Zon, zon »…). Du fait de la présence de percussions et de la rythmique dynamique, il donne à entendre une tout autre vision de la musique sacrée à la française, moins solennelle, plus populaire, qui se décline surtout sous la forme de messe ou de motet au cours du XVIe siècle.

Deux autres oeuvres conséquentes d’El Viejo, « La Bomba » et « La Guerra » constituaient l’essentiel du programme. Le tout était entrecoupé de petites pièces en espagnol ou en latin. On retiendra « Asperges Me » de Tomas Luis de Victoria, qui reprend le Miserere du psaume 51 de la Bible et qui implore la purification par l’aspersion d’eau bénite. On regrettera qu’une erreur de sonorisation ait entraîné une présence trop importante des instruments sur les cinq voix. Un problème technique qui n’a en rien entamé le plaisir de découvrir des curiosités musicales.

Photo : Alexis DUVAL