[Live Report] Yulianna Avdeeva et l’ONL à La Roque d’Anthéron : parfaite harmonie d’une musique naturelle

26 juillet 2016 Par Elodie Martinez | 0 commentaires

Après avoir ouvert sa 36ème édition vendredi soir par un concert de Bertrand Chamayou accompagné par l’Orchestre national de Lyon, le festival de La Roque d’Anthéron offrait à son public une rencontre au sommet avec ce même orchestre aux côté cette fois de la pianiste Yulianna Avdeeva, qui n’en est pas à son premier festival ici. L’excellence était donc bien à ce rendez-vous entre harmonie, équilibre et virtuosité.

Note de la rédaction :

Nous avions déjà eu la chance d’entendre Yulianna Avdeeva lorsqu’elle accompagnait Julia Fischer au Théâtre des Champs Elysées en octobre 2014. Nous avions alors été conquis par l’indéniable talent de la jeune pianiste qui fait l’unanimité : néophyte, amoureux transit du piano ou fin connaisseur à l’oreille aiguisée, comment ne pas tomber sous le charme et l’intelligence du jeu de la pianiste russe? Elle remporte en 2010 le premier prix du prestigieux Concours Chopin de Varsovie, prix qui n’avait pas été remporté par une femme depuis Martha Argerich en 1965. On peut affirmer sans prendre trop de risque que Yulianna Avdeeva fait certainement partie des meilleurs pianistes actuels à travers le monde. En plus d’être un indéniable plaisir, c’est également une grande chance de pouvoir l’entendre, surtout dans le cadre du festival de La Roque d’Anthéron. La scène en plein air est effectivement un écrin des plus précieux pour mettre en valeur les talents des artistes qui, ce soir, ne forment véritablement qu’un seul et même joyau.

Si Chopin est bien entendu l’un de ses compositeurs de prédilections, c’est sur Beethoven que le choix de la jeune artiste s’est arrêté pour cette 36e édition du festival. La soirée s’ouvre donc à 21h30, après une après-midi de pluie qui n’a pas laissé les esprits tranquilles jusqu’à ce que les nuages cèdent finalement la place au concert. L’Orchestre national de Lyon prend alors place sur scène avant de s’accorder puis d’accueillir Yulianna Avdeeva et le chef Andris Poga, autre habitué du festival. Le silence se fait, pas même un grillon ou un souffle de vent pour l’interrompre avant que ne résonne le début du Concerto pour piano et orchestre n°3 en ut mineur opus 37 de Beethoven composé de trois mouvements : Allegro con brio, Largo et Rondo (Allegro).

Cette oeuvre est le troisième des cinq concertos pour piano du compositeur. Ecrite à la même période que sa Troisième Symphonie, elle est jouée pour la première fois en 1803 à Vienne et il s’agit là du seul concerto de Beethoven sur un mode mineur mais qui, comme la Cinquième Symphonie, termine en ut majeur. Une autre particularité de ce concerto est son équilibre, notamment dans le dialogue entre l’orchestre et le piano soliste.

Dès les premières notes entre l’Orchestre national de Lyon et Yulia Avdeeva, on ne peut être que frappé par l’équilibre parfait, l’harmonie sublime des deux protagonistes de ce dialogue qui s’élèvent mutuellement : l’orchestre porte la pianiste qui le lui rend au centuple avant que le premier ne renvoie la balle à la seconde sans cesse tournée vers lui… Nul doute que la direction d’Andris Poga n’est pas étrangère à cette réussite et à cette osmose, laissant la place au soliste sans jamais oublier chacun des musiciens qui compose l’orchestre. Ainsi, l’ensemble des violons n’en forme plus qu’un seul, d’une unité magnifiée par l’acoustique de la scène et de sa conque.

De cette soirée nous retiendrons également les incroyables nuances et atmosphères qui se dégagèrent de la première à la dernière note. Virtuose dans la technique, Yulianna Avdeeva vit et vibre ses notes, souffrant ou s’envolant avec elles, les modulant sous ses doigts avec une juste intensité, jamais trop, jamais pas assez. Capable bien entendu de se faire entendre par-dessus l’orchestre, elle ne l’écrase à aucun moment et réussit aussi à s’y fondre. A raison, le public est totalement séduit et exalte dans une salve d’applaudissement à laquelle Yulianna Avdeeva répondra par un bis : la Gigue de la Partita n°1 en Si b majeur BWV 825 de Bach.

Après l’entracte, nous assistons à la Symphonie n°6 en mi mineur opus 74 « Pathétique » de Tchaïkovsky composée de quatre mouvements : Adagio-Allegro non troppo, Allegro con grazia, Allegro molto vivace et Adagio lamentoso. Si l’Orchestre national de Lyon ne démérite pas ici, domptant à l’aide de son chef chacun de ces mouvements, dont le troisième avec virtuosité, il faut cependant admettre que la pause de l’entracte et l’heure tardive rendent cette deuxième partie un peu longue malgré la réussite de l’interprétation. De même que pour le concerto de Beethoven, l’équilibre des instruments est remarquable et c’est bel et bien l’ensemble qui mérite des éloges, percussions, cordes ou vents. Le public ne peut d’ailleurs s’empêcher d’applaudir à la fin du troisième mouvement particulièrement virtuose, même si, en étant tout à fait honnête, il n’est pas impossible qu’il ait pensé qu’il s’agissait là du dernier mouvement, impression portée également par l’heure tardive et la longueur déjà évoquée de cette deuxième partie de soirée.

Encore une fois, le festival de La Roque d’Anthéron s’impose donc comme une référence, si ce n’est la référence pour les amoureux du piano. Avec cette soirée portée par Yulianna Avdeeva, le talent et la virtuosité se sont joints à l’émotion et à la grandeur d’une interprétation qui a su toucher tout un chacun, démontrant que la musique, même (et surtout) classique, reste avant tout un langage universel qui s’adresse à tous.


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