[LIVE REPORT] Trio Gaon à la Salle Cortot : l’art d’aimer

21 avril 2017 Par
Alexis Duval
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Pour un de ses « Mardis révélation », l’association Animato a régalé son auditoire avec une programmation autour de Ravel et de Mendelssohn.

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Une grande famille. C’est ainsi qu’on pourrait présenter l’association Animato, qui a organisé, mardi 19 avril, un concert inoubliable salle Cortot, à Paris. Plus de 400 membres mus par une passion commune pour la musique forment cette structure chaleureuse et particulièrement accueillante, à mille lieues des clichés autour du microcosme du classique, que d’aucuns préjugent inaccessible et hermétique. Frapper à la porte d’Animato, c’est rencontrer des hommes et des femmes qui partagent une vision étymologique du terme « amateur » – qui aime.

Il ne faut pas s’étonner que la soirée, un des « Mardis révélation » que le collectif organise à plusieurs reprises (et gratuitement) au cours de l’année, ait débuté par un message d’accueil et une présentation de Marian Rybicki, le sémillant directeur artistique de l’association. Ancien concertiste, le professeur de piano à l’Ecole normale de musique de Paris avait réservé une jolie surprise au public : une interprétation du président, Patrick Amat (au patronyme prédestiné), et d’un des mécènes d’Animato. Les deux pianistes se sont attaqués à la Fantaisie en fa mineur de Franz Schubert (1797-1828) avec une aisance et une ferveur impressionnantes. Classique du quatre-mains, l’oeuvre déroule son thème doux et mélancolique autour de quatre mouvements une vingtaine de minutes durant. Une mise en bouche aussi élégante que sincère avant le trio Gaon, qui occupait la tête d’affiche ce mardi.

Au vu des nombreuses distinctions qu’ils ont obtenues, individuellement et collectivement, dans de prestigieuses compétitions internationales, le trio Gaon n’a rien à prouver. Lauréate du concours international de musique de chambre Joseph-Haydn de Vienne en 2015, la formation a fait montre d’une complicité évidente tout au long du concert.

D’un point de vue technique, l’exécution des deux oeuvres au programme était irréprochable. D’abord, le Trio en la mineur de Maurice Ravel (1875-1937), que ce dernier a écrit cinq semaines en août 1914, alors que la première guerre mondiale venait d’éclater. Engagé volontaire dans l’armée, il a dû mettre les bouchées doubles pour se libérer de son oeuvre, bâtie autour d’un thème d’inspiration basque, terre d’origine du compositeur.

Ce Trio, là aussi un classique du genre, les trois interprètes de Gaon en ont donné une interprétation virtuose, tout en équilibre où chaque instrument trouve sa place dans une osmose musicale délicieuse. Dans le premier mouvement et dans le deuxième en particulier, le violon de Jehye Lee, le violoncelle de Samuel Lutzker et le piano de Kim Tae-hyung se font tour à tour sautillants, puis beaucoup plus legato.

Une assistance attentive et bienveillante

Deuxième partie du programme : le Trio n°2 en ut mineur de Felix Mendelssohn. Une oeuvre empreinte « d’une sérénité et d’un dynamisme fantastiques », comme le dit Marian Rybicki. Le public était au diapason : on a rarement vu une assistance aussi attentive, bienveillante et respectueuse d’un jeu aussi virtuose que celui de Gaon. Le finale du trio de Mendelssohn, point d’orgue en forme de maelström somptueux, s’est clos sous les vivats. En guise de bis, une mélodie de Francis Poulenc au titre qui résume très bien une soirée vibrante : Les Chemins de l’amour.

Le prochain « Mardi révélation » de l’association, le 16 mai, toujours dans l’élégante salle Cortot, est tout aussi alléchant : le jeune violoniste germano-hispano-malaisien Elias David Moncado jouera du Bach, du Wienawski, du Paganini et du Ysaye. Quant au pianiste russe Dmitry Shishkin, affectueusement surnommé « notre chouchou » par Marian Rybicki, il interprétera Chopin (il est lauréat du concours Frédéric-Chopin de Varsovie), Scriabine et Liszt. Un rendez-vous qui promet là aussi son lot de générosité.

Renseignements : http://www.animato.org/

Crédit photo : Alexis Duval


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COMMENTAIRES:

  1. natacha Krejtman

    Quel joli article !
    Vos commentaires sont d’une parfaite justesse et mettent des mots sur des émotions.

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