[Live-Report] Stravinsky-Beethoven-Sibelius au Théâtre des Champs-Elysées, l’audace de la simplicité

23 septembre 2016 Par admin | 0 commentaires

« Il me semblait que, depuis Beethoven, la preuve de l’inutilité de la symphonie était faite. » Cette formule de Claude Debussy (1862-1918), est extraite de Monsieur Croche, une anthologie de textes critiques publiée à titre posthume en 1921. Toute lapidaire qu’elle est, elle constitue avant tout une invitation à renouveler le genre.

Note de la rédaction :

Mais un de ses contemporains aurait très bien pu faire réviser son jugement au maître français : le Finlandais Jean Sibelius (1865-1957). Et son compatriote, le chef d’orchestre Esa-Pekka Salonen, accompagné par le génial Philharmonia Orchestra, en ont fait la brillante démonstration, jeudi 22 septembre, au Théâtre des Champs-Elysées, à Paris, le temps d’une date unique.

En choisissant d’ouvrir le concert avec les Symphonies d’instruments à vent du Russe Igor Stravinsky, le chef fait le choix de l’audace. Complexe, l’oeuvre déstabilise par la sophistication de ses dissonances qui ne sont pas sans rappeler son Sacre du printemps – la dimension viscérale en moins, peut-être.

La Cinquième de Sibelius, un feu sous la glace

Cette radicalité est une parfaite entrée en matière pour aborder la Symphonie n°3 en mi bémol majeur de Ludwig van Beethoven. Ce n’est pas un hasard si cette dernière est surnommée « Héroïque » : dans chacun de ses quatre mouvements, il y a quelque chose d’évident, mais aussi quelque chose d’épique. De fait, le compositeur a puisé sa matière musicale dans l’histoire française, en particulier la Révolution et la conquête du général Napoléon Bonaparte.

Il ne fait aucun doute que le clou de la soirée a été la Symphonie n°5 en mi bémol majeur. L’oeuvre est un feu sous la glace. Tantôt doux, tantôt fougueux et passionné, le premier mouvement (« Tempo molto moderato ») déroule son ampleur. Le deuxième, plus lent, est le résultat d’un subtil assemblage de cordes délicatement pincées et d’instruments à vent. Les yeux fermés, on se figure une forêt enneigée que lèchent les rayons du soleil.

L’acmé de l’oeuvre arrive avec « le chant du cygne » du troisième mouvement. En avril 1915, Jean Sibelius, alors en pleine composition, a trouvé l’inspiration du thème de son finale alors qu’il assistait à l’envol de seize majestueux oiseaux. « Une des expériences les plus incroyables de toute ma vie ! Dieu que c’était beau (…) Aujourd’hui, j’ai été transporté dans les hauteurs », écrit-il dans son journal. Trois cors, des cordes, des fûtes : la simplicité et l’ampleur du motif sont la clé de la désarmante beauté d’une mélodie qui a fait date dans l’histoire de la musique.

Txte et photo : Alexis Duval.


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