[LIVE-REPORT] Salle Gaveau, Amandine Beyer et Gli Incogniti : cordes généreuses

1 mai 2017 Par
Alexis Duval
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Avec une programmation 100 % Vivaldi, la formation de musique baroque a régalé l’auditoire dans l’écrin parisien. Leur enthousiasme était communicatif.

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S’il est un compositeur dont le style est presque immédiatement reconnaissable, c’est bien Antonio Vivaldi (1678-1741). Les enrobantes volutes musicales de ses concertos sont d’une énergie et d’une fougue inimitables. A l’image de l’interprétation généreuse du maître vénitien qu’ont livrée Amandine Beyer, Giuliano Carmignola et la formation de cordes Gli Incogniti, jeudi 27 avril, dans l’écrin ouaté de la Salle Gaveau, à Paris.

Quelques faux mouvements n’ont pas entaché le plaisir du spectateur qui ne vient pas découvrir la partition virtuose de Vivaldi. Dire que l’oreille contemporaine est comme habituée aux lignes mélodiques du baroque de la fin XVIIe-début XVIIIe ne tient pas un non-sens. Il y a dans la musique du Prêtre roux (« Il Prete Rosso » dans la langue de Dante) une accessibilité que l’universalité de ses Quatre saisons ne saurait contredire. Il en va de même pour les cinq concertos (quatre pour violons et un pour cordes) au programme de la soirée – comme pour une bonne partie de son oeuvre d’ailleurs.

L’originalité du concert résidait ailleurs. Salle Gaveau, les expressions idiomatiques « accorder ses violons » et « se mettre au diapason » ont pris une tout autre signification. Le défi qui consistait à faire exister chaque instrument a été relevé avec maestria. Il fallait parfois jusqu’à 45 secondes pour que les instrumentistes trouvent le son juste avant d’entamer un concerto. N’y voyez aucune sorte de malaise, tout se faisait avec aisance et sourire.

Questions et réponses parfaitement mises en scène

La soirée a été l’occasion de plusieurs formes de communications musicales : parfois dialogue polyphonique, parfois duel, le jeu de la formation a su tirer du répertoire vivaldien toute sa complexité dramatique et a su mettre en scène les jeux de questions et de réponses qui traversent sa musique. Giuliano Carmignola, tout en virilité, attaquait et tapait régulièrement du pied, quitte à se risquer à surjouer. En réponse, Amandine Beyer, tout en fermeté bienveillante, donnait davantage dans la rondeur.

La formation de musique baroque sur la scène de la Salle Gaveau avait cette particularité de comporter, en plus des « classiques » violons, violoncelle et clavcin, un superbe théorbe, un violone et un orgue. Le son de ce dernier a ajouté à la douceur de certains mouvements, enrobant notamment le deuxième du Concerto pour deux violons en do mineur (RV 510). L’émotion et la complicité étaient visibles à la fin du concert, en témoigne les larmes de joie de la violoncelliste Rebecca Ferri. Avec Amandine Beyer à la direction, c’est simple, on a assisté à un beau concert sans ce que la solennité du moment peut avoir de pesant.

Crédit photo : Alexis Duval