[Live-Report] Olga Peretyatko au TCE : nouveau triomphe parisien pour la diva russe

13 janvier 2016 Par Elodie Martinez | 0 commentaires

Les venues en France de la diva russe sont toujours un événement et c’est avec une réelle joie que nous l’avons retrouvée lundi soir pour un concert organisé par « Les Grandes Voix » au TCE, près d’un an après son dernier récital avec Dmitry Korchak. Cette soirée s’inscrivait dans la tournée donnée à travers plusieurs pays afin de présenter son troisième et dernier album, Rossini !, sorti il y a quelques mois. 

Note de la rédaction :

Olga Peretyatko arrive sur scène, un micro à la main, et prend la parole une fois les premiers applaudissements finis. Elle explique en français qu’elle interagit habituellement avec le public, ce qui lui sera impossible ce soir à cause de la barrière de la langue. Saluons l’effort fait afin de communiquer avec nous pour présenter la soirée et nous inviter à « faire un voyage à travers son Rossini », compositeur qui l’a marquée, comme on s’en doute aisément.

Nous débutons donc ce voyage avec « Partir, o ciel ! desio… Grazie vi rendo, o Dei ! » qui est également le premier air de l’album. Un jeu est mis en place, la soprano russe faisant mine de pleurer et d’essuyer ses larmes avec sa robe, portant sa main à son front, le premier violon lui tendant un serre-tête décoré de plumes avant la deuxième partie plus enjouée,… Si le jeu manque de naturel et est trop appuyé, les gestes des bras rappelant par exemple l’exagération que l’on notait souvent chez les cantatrices auparavant, la technique et la virtuosité sont bien entendu indiscutables. La précision des notes et de la diction est quant à elle époustouflante.

La soirée alternant airs chantés et musicales, la « Sinfonia » d’Il signor Bruschino prend la suite sous la baguette du chef Ottavio Dantone à la tête de l’Accademia Bizantina. La légèreté et l’énergie sont bien toute deux présentes, chacune à sa place ; chaque note a son existence propre tout en trouvant son sens dans le tout joué.

Le chef passe ensuite au clavecin pour « All’ombra amena » afin d’accompagner lui aussi la cantatrice. Si nous sommes loin d’un Jean Rondeau, l’harmonie et la magie de l’instant créées par l’interprétation d’Olga Peretyatko sont indiscutable, l’atmosphère se changeant alors pour nous suspendre hors du temps.

Suivent la « Temporale » d’Il barbiere di Siviglia et « I vostri cenci vi mando… Squallida veste e bruna… L’infelice, che opprime sventura » d’Il turco in Italia, œuvre que la soprano connaît et maîtrise à merveille pour l’avoir déjà jouée et chantée à diverses reprises dans divers pays du monde. La maîtrise de ce rôle et de la partition s’en ressent dans le jeu alors meilleur et dans l’incroyable justesse du chant : la voix n’est pas poussée malgré les tentations qu’offre la partition et les grandes capacités que nous connaissons à la soprano.

L’entracte laisse place à « Bel raggio lusinghier » de Semiramide (opéra entendu ici-même la saison dernière). Comme à son habitude, la diva s’est changée durant la pause et arbore à présent une seconde robe, toujours aussi élégante. La Sinfonia de Tancredi déchaîne une véritable tempête instrumentale, absolument superbe. Dans le second extrait, « Dia mia vita infelice… No, che il morir », la tension de la partition est bien palpable avant même qu’Olga Peretyatko n’entre sur scène et offre à nouveau un délice sans nom à nos papilles auditives. Un grand « bravo » fuse d’ailleurs, suivi par un tonnerre d’applaudissement.

Retour à de l’instrumental avec la Grand’Overtura « obbligata a contrabbasso » en ré majeur, confirmant, même s’il n’y en avait pas besoin, le talent de l’orchestre. Ici, lorsqu’on laisse aller sa pensée au gré de la musique, elle va naturellement vers de grandes choses.

C’est malheureusement déjà le moment du dernier air annoncé : « Ami alfine ?… Tacea la tromba altera » de Matilde di Shabran (dont un excellent DVD est sorti). De nouveau, nous avons droit à ce qu’il faut de démonstration du talent de l’artiste, pas plus, mais non sans virtuosité. Rarement une salle applaudit si rapidement à l’unisson, marquant bien la conquête indiscutable de la cantatrice russe sur le public français.

Place alors au bis attendu : « Una voce poco fa » dans sa version pour soprano. Comme pour le reste de la soirée, la prononciation est magistrale. A la fin de ce que l’on pourrait qualifier du premier « mouvement » ou de la première partie de l’air, la note tenue sur le « lo giurai, sì » force tout simplement le respect et l’admiration grâce à la puissance, la justesse et la netteté rarement entendues dans un si parfait accord. Suit également un « ma » (probablement le plus célèbre « ma » de l’opéra) qui reste indéniablement dans les mémoires. C’est bien simple : lorsque l’air prend fin, c’est un « bravo » commun que lance la salle à l’artiste.

Face à l’engouement du public, Olga Peretyatko et l’orchestre improvisent un second bis en reprenant le même air à partir de « Io sono docile, son rispettosa ». L’artiste avoue d’ailleurs auparavant qu’ils n’avaient pas prévu d’autre bis, provoquant de multiples « merci » de la part de plusieurs personnes dans la salle. Quelle chance que ce second bis car l’exercice est encore amélioré par rapport à la version que nous venons juste d’entendre : la note si impressionnante est de retour mais encore plus tenue (la cantatrice s’amusant même à faire un geste du bras pour en marquer la délicieuse longueur), les graves sont chauds, encore plus qu’avant, avec une teinte ambrée que l’on n’entend rarement chez une soprano.

C’est donc sans surprise qu’Olga Peretyatko est applaudie et croule sous les « bravo » du public lorsqu’elle traverse le hall pour se rendre à la séance de dédicace prévue à la fin du concert. S’il y a une nuance à apporter à cette très belle soirée, c’est peut-être justement ce « sans surprise » : sans surprise, à l’exception des parties purement instrumentales, nous n’avons entendu ni plus ni moins que l’ensemble des airs présents dans l’album. Sans surprise, la technique est parfaite. Sans surprise, la voix est divine. Le jeu de la cantatrice est lui aussi sans surprise. Peut-être aurait-on aimé un tout petit peu d’aspérité sur cette surface absolument lisse afin que la technicienne accomplie nous révèle un peu de la personne qui se cache derrière : on pourrait dire que cela manque « d’entrailles », mais ce n’est bien entendu qu’une hypothèse ne remettant pas du tout en cause la soirée merveilleuse digne de l’immense artiste qu’est Olga Peretyatko. De quoi trépigner d’impatience en attendant de la revoir sur scène, cette fois à Bastille, dans Rigoletto de Verdi en avril.

© Photo officielle du site du TCE, photo du programme et photos via Facebook.


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