[Live Report] Martha Argerich et l’Alma Chamber Orchestra célèbrent la paix comme un voyage à la Philharmonie (08/01/2016)

10 janvier 2016 Par Yaël | 0 commentaires

Ce vendredi 8 janvier 2016, la grande salle de la Philharmonie était en fête, avec dans la salle, le premier ministre Manuel Valls et sur scène, sa femme la violoniste Anne Gravoin, directrice artistique de l’Alma Chamber Orchestra, dont le but depuis sa création en 2013, est de propager un message de paix. Ce soir-là, son chef d’orchestre le jeune et talentueux Lionel Bringuier et la pianiste Martha Argerich ont poussé le message de l’orchestre vers les sentiers vastes et oxygénés du voyage avec un programme Mendelssohn/ Beethoven / Schumann qui a fait l’effet d’un grand bol d’air. Une magnifique soirée où le public a retenu son souffle.

Note de la rédaction :

La soirée a donc commencé sous le signe de l’émotion avec un mot du Président de l’Alma Chamber Orchestra Zouhir Boudemagh et la prise de parole de la Présidente de l’association tunisienne qui a été récompensée en 2015 par le Prix Nobel de la Paix : Wided Bouchamaoui pour l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (UTICA). C’est après un message sobre, concentré de paix et de reconstruction que la musique a démarré avec une douzaine de minutes de voyages mendelssohnien en écosse à travers une pièce lumineuse : Les Hébrides.

Alors qu’un piano est très vite affrété et mis en place, c’est tout sourire que Martha Argerich a fait son entrée en scène après cette jolie première partie, pour faire entrer le public de plein pied dans le Concerto pour piano n°2 de Beethoven. Ecrit de fait en premier, ce concerto est très vif, encore tout entier imbibé d’échos mozartiens. Le premier mouvement est chatoyant, s’inspire de musique populaire et fait entrer le piano assez tardivement dans la course, si bien que le public a eu tout le temps de se concentrer sur la direction vibrante et comme élastique du jeune chef Lionel Bringuier (actuellement à la tête de l’Orchestre de la Tonhalle de Zurich) avant de se laisser porter par la manière dont la pianiste argentine sait exprimer le sentiment de joie pure de cet « Allegro con brio ». Dans l’adagio, le rythme se ralentit, mais les touches du piano semblent se fondre avec une telle harmonie dans le corps de l’orchestre, qu’on ne sort pas de l’espèce de bulle de bonheur posée par le premier mouvement. Bref, incisif et revenant sur le versant populaire de la mélodie, le Rondo clôturait avec acuité ce petit moment de perfection. Applaudie à toute rompre, Martha Argerich s’est volontiers prêtée au jeu du retour sur scène pour saluer de nouveau et a offert au public en émoi un bis qu’elle affectionne et qui a laissé la salle sans voix : la sonate en ré mineur de Domenico Scarlatti, où sa célérité et son expressivité atteignent des sommets quasi-divins.

Après tant d’émotions et beaucoup de fleurs, le public a fait une petite pause feutrée dans les couloirs de la Philharmonie avant de revenir pour une grosse demie heure de Schumann. Demeurant sur la tonalité nomade et légère du début de la soirée, l’Alma Chamber Orchestra a célébré les 5 mouvements assez vifs de la troisième symphonie comme une boucle ou un chemin de ronde avec baie vitrée donnant sur un fleuve Rhin qui paraissait pacifié. Grondant un peu dans le quatrième mouvement plus solennel, sous la direction virevoltante de Lionel Bringuier, le fleuve a semblé rentrer paisiblement dans son lit pour un « lebhaft » final apaisé. Au moment du salut et de la salve méritée d’applaudissements reçus, le chef d’orchestre est allé serrer la main à quasiment tous ses musiciens. Une soirée mémorable où l’on a vu évoquée comme un voyage appuyé sur le compas germanique du meilleur Baedaker  : la musique !  l’importance très physique d’un climat de paix.

visuel : (c) A Heitmann


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