[Live-Report] Lucio Silla à Versailles : ah! che tenero momento…

5 mai 2016 Par Elodie Martinez | 0 commentaires

Après un passage à la Philharmonie capté par Culturebox et actuellement disponible en replay, la tournée de cette production de Lucio Silla s’est finie à l’Opéra royal de Versailles lundi dernier. Un moment que nous attendions et que nous avions raison d’attendre!

Note de la rédaction :

Avouons que le cadre de l’Opéra royal de Versailles ne laisse pas indifférent et que l’acoustique unique de ce lieu est un écrin sans égal pour la musique. Les premières notes, jouées après un très bref texte introductif, atteignent donc chaque personne du public, chaque instrument participant à l’harmonie d’ensemble sans être délaissé.

Si la version proposée était une version de concert et qu’habituellement on ne relève pas particulièrement le nom de la personne en charge de la mise en espace, cette production est une exception. Rita Cosentino signe ici un travail intelligent entre version de concert et mise en scène : pas de tenues de soirées mais des costumes (modernes), pas de pupitres avec les partitions mais bien un jeu défini, des déplacements, et 5 paravents avec un côté en ardoise chacun. Cela suffit pour laisser s’exprimer l’ingéniosité de la metteur en scène argentine qui place donc la musique au centre de son travail mais n’hésite pas à se servir des interprètes même lorsqu’ils ne chantent pas afin de représenter non pas l’action mais la prise de décision au coeur de ce opéra.

Côté voix, on ressent un début assez difficile pour la majorités des interprètes, probablement dû à la fatigue engendrée par cette tournée qui ne s’est pas restreinte à la France. Les premiers mots de Franco Fagioli dans le rôle de Cecilio étonnent par exemple ceux qui l’entendraient pour la première fois et peuvent faire naître une certaine incompréhension face à la renommée de l’artiste.  Si certains peuvent alors se demander pourquoi l’on parle tant de ce contre-ténor, que l’on se rassure tout de suite : Franco Fagioli n’aura de cesse de nous démontrer que tout le bien que l’on dit sur lui est amplement mérité dès l’air « Il tenero momento » où la qualité de ses graves peut en étonner plus d’un. C’est que ce contre-ténor n’a pas que des aigus!

Avant lui, la soprano Chiara Skerath chantait le premier air de la soirée, « Vieni, ov’amor t’invita », dans le rôle travesti de Cinna. Si l’on note le sourire communicatif de la jeune interprète, on note également de superbes graves que l’on ne trouve pas toujours chez les sopranos. Autre soprano, la russe Olga Pudova tient le rôle de Giunia, l’épouse de Cecilio convoitée par le tyran. Là aussi, les débuts font craindre une légère irrégularité. Crainte à nouveau balayée très rapidement par la netteté des notes et la maîtrise globale de sa partition. Là où l’artiste excelle de façon impressionnante, c’est dans sa technique du crescendo ou même du messa di voce.

Dernière femme de la production, la soprano belge Ilse Eerens tient le rôle de Celia dans une justesse à laquelle on ne peut rien redire. Le ténor Alessandro Liberatore (et non Paolo Fanale comme l’indique le programme) est pour sa part un Lucio Silla puissant, peut-être un petit peu trop dans son premier duo avec Olga Pudova. Non pas qu’il chante « trop fort », mais il ne s’aligne pas alors sur sa partenaire dans cette salle qui ne demande pas tant d’effort pour la projection des voix. Un détail dans cette soirée, vite rétabli par ailleurs.

Enfin, si l’acoustique de la salle sert merveilleusement la partition, le travail et la direction de Laurence Equilbey et d’Insula orchestra ne doivent pas pour autant être passés sous silence. On sent de la part de ce chef une grande écoute de la fosse, bien sûr, mais aussi du plateau, dans un souci de respect tant de la musique que du livret et des voix. On sent ici toute sa rigueur dans son travail, mais cette dernière ne ressort pas dans une direction rigide : les nuances sont là, de même que l’équilibre, les tempi plus ou moins lents ou rapides, faisant ressortir les différentes atmosphères de l’oeuvre. Une véritable alchimie de sons, de contrastes et de complémentarités dosée savamment.

Un très beau Lucio Silla donc, dans une salle unique où chaque instrument, y compris la voix, peut s’y développer et y briller sans pour autant excéder. Ajouter à cela une véritable mise en espace qui ne se contente pas de simples entrées et sorties des interprètes, des voix à la hauteur de l’événement ainsi qu’une direction musicale d’excellence et vous obtiendrez la recette de cette superbe soirée.


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