[Live-Report] Le concert inaugural du Festival Présences 2016 était un voyage

6 février 2016 Par Yaël | 0 commentaires

Placée sous le signe de « Oggi l’Italia » (l’Italie d’aujourd’hui), l’ouverture de la 26e édition du festival de création de Radio France, Présences (5-14 février), présentait deux pièces italiennes et des pièces françaises dont un Dutilleux pour cette année anniversaire et une création de Thierry Pécou. Qu’il s’agisse de la poésie d’Emily Dickinson, d’un Pow wow contemporain, de revivre la colère face à l’apartheid ou de spatialiser la mélodie d’une nuit étoilée, chacune des composition était une subtile invitation au voyage. Live-Report d’une soirée de transhumance magique, à l’auditorium de Radio France.

Note de la rédaction :

Après une présentation vive et dynamique de ce programme d’ouverture facile d’accès, assez planant et bien équilibré, la soirée a commencé fort, avec un Orchestre Philharmonique de Radio France dirigé par un Mikko Franck assis mais en grande forme. Et le public a tout de suite été frappé par la force d’un chœur d’enfants magnifiques avec la pièce « The Poppy in the clouds » de l’italien Fausto Romitelli (1963-2004). Suivant les vers de Emily Dickinson, cette œuvre où percussions et voix se répondent pour créer une impression de rêve existentiel a donné le la d’une soirée aussi majestueuse qu’onirique.

Après un grand changement de plateau, tout était en place pour la création mondiale de « Soleil rouge », une œuvre pour trompette et orchestre de Thierry Pécou. Frappant des doigts le bout de son instrument, l’exceptionnel trompettiste, Hakan Hardenberger, a battu le rythme d’une grande fête navajo, immédiatement relayée par les pizzicati des vents. Alors que les autres cuivres répondaient souvent en écho au pouls de la trompette, c’est le rythme fluide du tambour qui orchestrait cette proposition passionnante de pow wow pour instruments « classiques ». Lorsque le trompettiste s’est mis à vraiment varier les notes, renvoyant vers une autre tradition nord-américaine et minoritaire, celle du jazz, quelque chose de grand s’est découvert dans une œuvre à la fois envoûtante, réellement originale et très réflexive sur un certain état du monde. Le compositeur a été largement applaudi, avant que le moment social de l’entracte n’entre en jeu.

Après un intermède riche en conversations, la suite du concert s’est aussi inscrite sous le signe du voyage. Avec une œuvre politique, tout d’abord, « Bred, Water and Salt » de Luca Franscesconi reprenant le mot d’ordre de Mandela pour une survie et une dignité minimum et arrangé sur le mode de l’ode à la joie de Schiller tel que Beethoven l’a transmué. Porté par la force et la chaleur de la voix de Pumeza Matshikiza, soutenue par l’orchestre et mise en écho par des chœurs, la pièce a commencé sur le mode du chuchotement et du cri d’horreur avant de se poursuivre dans une mélopée grave un peu moins originale.

La soirée s’est terminée par un très bel hommage, dirigé par une main de maître par Mikko Franck. A l’heure du centenaire Henri Dutilleux, on a pu réentendre (et revoir en fait !) sa Nuit étoilée en deux grands tableaux de notes absolument mystiques et lumineux. Une très belle fin de voyage, où l’on a atterri en douceur, face à la Seine et la Tour Eiffel qui clignotait.

Pour tout savoir du programme du Festival présences 2016, c’est ici.
Visuels : YH


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