[Live report] la violoniste Isabelle Faust célèbre Brahms à la Philharmonie le 4 mai

5 mai 2017 Par
Olivia Leboyer
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Philharmonie

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C’est pour entendre le violoniste grec Leonidas Kavakos que nous avions, depuis longtemps, réservé cette soirée. Forcément déçus par l’annulation de sa venue, pour raisons personnelles, nous avons apprécié la virtuosité et la fraîcheur d’Isabelle Faust, accompagnée par le Royal Concertgebouw Amsterdam, sous la direction de Myung-Whun Chung. Au menu, du Brahms et du Beethoven.

Remplacer, au pied levé, un violoniste très attendu constitue une gageure de taille. C’est pour lui que le public est venu et, dès lors, la prestation souffre nécessairement de la comparaison. Or, la violoniste Isabelle Faust nous a d’emblée séduits par son naturel et son caractère : y aurait-il moins d’engagement que chez Kavakos ? Très différent, le jeu d’Isabelle Faust possède un son propre, très pur. Et le Royal Concertgebouw Orchestra Amsterdam impressionne par son évidente harmonie. Dans le concerto pour violon de Brahms, le premier mouvement n’est pas évident, tout en chausse-trappes. Souffle suspendu, nous guettons les périls, mais la violoniste relève le défi avec élégance et finesse. Ultra connu, le troisième mouvement emporte l’adhésion du public et c’est avec une pluie d’applaudissements et de roses que s’achève le concerto : souriante et décontractée dans sa longue jupe aux motifs paysagers, Isabelle Faust nous offre un joli bis en forme de caprice : un Amusement pour violon, du compositeur français baroque Guillemin, primesautier à souhait.

Après l’entracte, le Royal Concertgebouw Amsterdam a livré une remarquable lecture de Beethoven. La musique nous emporte loin de nous-mêmes, ou au cœur de nos tourments, mais entendre la Symphonie n°3 Eroica (en mi bémol majeur op. 55), écrite en référence à Bonaparte, ne manque pas d’à propos à quelques jours de l’élection présidentielle. L’éclat, la grandeur, les vertus héroïques… l’ombre du grand homme résonne avec ampleur dans la Philharmonie, nous invitant à la méditation. On repense aux réflexions de Tocqueville sur les sociétés démocratiques, où les grands hommes se feraient bien plus rares, sans disparaître forcément : « On a remarqué que l’homme dans un danger pressant restait rarement à son niveau habituel ; il s’élève bien au-dessus, ou tombe au-dessous. (…) Les grands caractères paraissent alors en relief comme ces monuments que cachait l’obscurité de la nuit, et qu’on voit se dessiner tout à coup à la lueur d’un incendie. » (De la Démocratie en Amérique, I, 5). Le ton se fait plus sombre avec le second mouvement, une belle marche funèbre, émouvante et sobre, qui agit sur nous. Les timbales et les percussions sont à l’honneur dans ce moment  d’édification. Penser à la mort, dans la salle Pierre Boulez, entourés de personnes plongées dans les mêmes dispositions, a toujours quelque chose de saisissant et de réconfortant. Enfin, dans le dernier mouvement, c’est avec un Prométhée tout en révolte et énergie que nous terminons la soirée. Prométhée, ou le désir de se mesurer aux dieux, dans ce finale bondissant, qui nous ravit, et nous enflamme.

visuels: photo officielle de la salle Pierre Boulez.


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