[LIVE-REPORT] A la Philharmonie, l’Orchestre de Paris atteint le sublime

10 février 2017 Par
Alexis Duval
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Dirigé par le chef tchèque Tomas Netopil, la formation a formidablement interprété Janacek, Chopin et Strauss dans une soirée placée sous le signe de l’expérience synesthésique. Un grand moment.

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Tout concert à la Philharmonie de Paris est une aventure. La sonorisation exceptionnelle du lieu, qui a demandé à l’architecte Jean Nouvel et au designer acoustique Harold Marshall un déploiement d’ingéniosité, y est évidemment pour beaucoup. Ajoutez-y une sélection éclectique, un orchestre prodigieusement talentueux, un chef d’exception, et vous aurez une petite idée du fabuleux concert qui s’est déroulé mercredi 8 février.

Au programme, donc : La Petite Renarde rusée de Leos Janacek, le Concerto pour piano n°1 en mi mineur de Frédéric Chopin et Ainsi parlait Zarathoustra de Richard Strauss. Trois oeuvres extrêmement différentes, trois défis d’orchestration relevés haut la main par le chef tchèque Tomas Netopil, qui dirigeait ce soir l’Orchestre de Paris. Le pianiste sud-coréen Seong-Jin Cho a déployé toute sa virtuosité dans l’interprétation du compositeur franco-polonais dont il est l’un des spécialistes – il a remporté en 2015 le premier prix du Concours international Frédéric-Chopin. Une récompense prestigieuse qu’avait gagnée quelques décennies plus tôt, en 1965, une certaine… Martha Argerich.

C’est la mystérieuse suite de Janacek, La Petite Renarde rusée, qui a ouvert la soirée. Adaptée de l’opéra du même nom du génie tchèque, cette pièce est éminemment visuelle – sans le savoir, on aurait pu deviner qu’elle était en réalité la transposition musicale d’une bande dessinée. Sa construction est également très proche du poème symphonique, qui se veut souvent être la transcription orchestrale d’un motif pictural. Durant la vingtaine de minutes que dure la version retravaillée par Sir Charles Mackerras, l’Orchestre de Paris a transporté le public dans un cadre forestier, verdoyant et foisonnant. Tempo vif, jeu de dissonances, liquidité de la direction de Tomas Netopil, qui avait à coeur de rendre un digne hommage à son compatriote : on ne pouvait imaginer expérience synesthésique plus formidable.

Zarathoustra, poème symphonique d’éternité

Place ensuite au tourbillon de grands sentiments, au tourment de passions, au maelström romantique. Au piano, le Sud-Coréen Seong-Jin Cho maîtrise Chopin comme peu d’autres virtuoses. Il le comprend, il le vit. Il faut voir ses mains donner corps à ce sublime Concerto n°1 pour piano, opus 11 ce mélange de douceur, de puissance et de fluidité qui caractérise son jeu. L’Orchestre de Paris et lui ne faisaient qu’un pour partager cette pièce que le prodige franco-polonais a composée alors qu’il avait une petite vingtaine d’années et dont la première création date de 1830, à l’occasion de son concert d’adieu à Varsovie. L’osmose (le terme est pesé) était telle que l’interprète a régalé la salle avec un bis et même – fait rare – un ter. Deux jolis cadeaux chopiniens.

Après l’entr’acte, Ainsi parlait Zarathoustra. Ah ! Zarathoustra ! On a beau croire connaître son prélude par coeur (on réduit souvent ce poème symphonique à son ouverture), cette variation de cinq notes qui suggère le point du jour, si simple, si limpide, si visuelle, si délicate puis tonitruante. On a beau l’avoir entendu mille fois, ce même prélude, ne pas s’empêcher de penser que Stanley Kubrick l’a dénaturé en en en faisant un bonbon pop lorsqu’ill l’a placé dans les premiers plans de 2001 : L’Odyssée de l’espace. Le vivre « en vrai » offre une redécouverte totale de l’oeuvre.

C’est là tout le génie de Richard Strauss : avoir créé un poème symphonique (Tondichtung dans la langue de Nietzsche) grandiose, accessible – donc qu’on pense limpide – alors qu’il recèle mille mystères du début à la fin. Conçu selon le principe du durchkomponiert (sans reprise, ni redite), qui suggère l’éternité, l’infini,  il utilise à plusieurs reprises les trois premières notes de son assemblage de cinq – cette structure sert de base au prélude – comme une piqûre de rappel au cours de l’écoute. Il faut donc rester attentif et dépasser l’état de béatitude que provoque la sensationnelle ouverture pour goûter pleinement à Ainsi parlait Zarathoustra.


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