Lille Piano Festival : all that jazz !

13 juin 2017 Par
Alexis Duval
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Vikingur Olafsson, Teo Gheorghiu, Elena Bashkirova… pendant trois jours, la capitale des Hauts-de-France a vibré avec les plus grands interprètes. Pour sa quatorzième édition, l’événement créé par Jean-Claude Casadesus a fait la part belle à l’improvisation.

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Quel formidable moment que ces trois jours passés à Lille ! Quelle énergie ! Quel éclectisme ! Quel enthousiasme ! Pour sa quatorzième édition, le Lille Piano Festival (LPF) a tenu toutes ses promesses. Il faut dire que les atours du quatorzième édition de l’événement avaient pour séduire : des interprètes de renom, qu’ils soient de la vieille garde ou de la jeune génération, étaient réunis du 9 au 11 juin dans la capitale des Hauts-de-France. Pendant trois jours, ils ont rivalisé de talent et fait montre de leur art à un public loin d’être exclusivement composé de têtes blanches. D’après le bilan officiel communiqué par les organisateurs, la manifestation a eu la faveur de 14000 auditeurs. Qui a dit que le piano était un instrument ringard ?

Avec trente-cinq concerts répartis sur cinq lieux de la métropole, il était évidemment impossible de tout voir. Pour beaucoup, il s’agissait de rationner un appétit ogresque et une boulimie de cordes frappées. D’autres, dont l’auteur de ces lignes, y ont vu une formidable occasion de goûter à un éventail de saveurs musicales allant du classique au jazz. Il faut dire que le format idéal d’une heure était la plupart du temps de rigueur pour chaque récital, une durée idéale. Vu la proximité des salles dans lesquelles se produisaient les artistes, pas besoin d’être marathonien pour assister en trois jours à une dizaine de performances.

Et des performances, on a eu la chance d’en voir un grand nombre, à commencer par le concert d’ouverture, vendredi 9 juin. L’Orchestre national de Lille était conduit par l’incontournable Jean-Claude Casadesus, qui a fondé la formation en 1976 et qui en a quitté la direction en 2016 au profit d’Alexandre Bloch. Pour ces belles retrouvailles d’exception, le fondateur du LPF avait convié Elena Bashkirova. Deuxième épouse de Daniel Barenboim, la pianiste israélienne a joué le Concerto pour piano n°21 en ut majeur de Mozart. Ultraclassique et archiconnue, la partition a été interprétée avec élégance et douceur. Après l’Autriche, c’est la Russie du grand Rachmaninov que Stephen Hough a mis à l’honneur avec la Rhapsodie sur un air de Paganini. Là aussi, une réussite.

Extraordinaire fluidité du jeu de Vikingur Olafsson

On attendait avec impatience le récital du prodige islandais Vikingur Olafsson, qui s’est tenu juste après le concert d’ouverture. En exécutant magistralement la Partita n°6 de Bach et quatre pièces de Philip Glass, l’interprète a montré toute l’étendue de son jeu, aussi à l’aise dans les structures de l’Allemand que dans les répétitions de l’Américain. Cette mise en parallèle est aussi l’occasion de consacrer Glass comme un compositeur indépassable de la musique contemporaine. A l’occasion des 80 ans de ce dernier, Vikingur Olafsson a signé un album remarquable chez Deutsche Grammophon dans lequel il revisite les études pour piano (dont trois qu’il a jouées vendredi soir) du maître new-yorkais. Ses doigts courant sur le clavier avec une extraordinaire fluidité était à eux seuls un spectacle.

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On peut dire de même pour Teo Gheorghiu, qui a donné un des derniers concerts du festival – et certainement un des plus beaux. La virtuosité de l’interprète s’est exprimée aussi bien sur Robert Schumann et ses Scènes d’enfant que sur les Valses nobles et sentimentales de Maurice Ravel et que sur les premières Etudes-tableaux de Rachmaninov. Silhouette gracile et élégant chignon, le Suisse a déployé tout en douceur les treize petites pièces de Schumann comme autant de petites mignardises. Ses mains semblaient glisser sur le Yamaha de l’auditorium du conservatoire de Lille comme des vaguelettes sur un banc de sable.

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Que dire des performances de Thomas Enhco, si ce n’est qu’elles étaient certainement les plus originales du festival ? Samedi, c’est avec deux concerts fort différents qu’il a conquis le public, à deux heures d’intervalle. D’abord avec son duo avec la marimbiste bulgare Vassilena Serafimova, où Bach, Fauré et Piazzolla ont vu leurs partitions réinterprétées avec audace. Mention spéciale pour le Grand Tango d’Astor Piazzolla, qui s’est lové à merveille dans l’enveloppe ouatée du marimba. Deuxième concert avec Ismaël Margain. Enhco est un pianiste de jazz hors pair, Margain un schubertien de premier rang. L’attraction est mutuelle et l’admiration était palpable, samedi soir. Dans une complémentarité impressionnante, tous deux ont donné un beau programme, avec du Mozart, mais aussi et surtout certaines de leurs propres compositions jazzy. Un grand moment.

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Le LPF fait la part belle au jazz et se veut accessible à tous, peu importe l’âge et les ressources. En témoigne le rendez-vous donné dimanche matin aux plus jeunes dans l’auditorium du Nouveau Siècle. Faire revisiter Le Carnaval des animaux par un big band : quelle belle idée ! The Amazing Keystone Big Band a adapté la partition de Saint-Saëns pour des cuivres. Le texte, récité par Sébastien Denigues en récitant (le spectacle a été initialement créé avec Edouard Baer), est quelque peu abscons. Mais l’enthousiasme des musiciens et, surtout, l’intelligence de l’instrumentalisation ont fait mouche.

Preuve de l’éclectisme du LPF, il fallait attendre dimanche après-midi pour voir le nom de Chopin figurer au programme avec la soliste basque Judith Jauregui. Les compositions les plus originales, c’est certainement celles qu’a interprétées le Japonais Takuya Otaki. Son programme était sans doute le plus audacieux : après deux études du compositeur espagnol Hector Parra, le lauréat du Concours international de piano d’Orléans a joué une oeuvre rare de son compatriote Toru Takemitsu – le compositeur, entre autres, des bandes originales de Ran d’Akira Kurosawa et de L’Empire de la passion de Nagisa Oshima. Rain Tree est doté d’un titre à la liquidité végétale évocatrice : les notes s’y égrènent telles de longues lianes. Dommage qu’il ait ensuite bâclé la Rhapsodie de Bartok, avalant un nombre trop important de notes.

Seul véritable bémol de ce festival : il faudra attendre non pas douze, mais treize mois pour assister à la prochaine édition, qui se tiendra les 6,7 et 8 juillet 2018. Et vu la dose de plaisir reçue pendant trois jours, croyez-nous, l’attente va être interminable.

Crédits photos : Alexis Duval


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