Les 50 ans de l’Orchestre de Paris

3 novembre 2017 Par
Bénédicte Gattère
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L’Orchestre de Paris proposait pour la soirée anniversaire de ses 50 ans une programmation pointue, mettant en avant l’étendue de son répertoire ainsi que la virtuosité de ses musiciens et des chanteurs du Chœur de l’orchestre de Paris.

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Ce mercredi 1er novembre, l’Orchestre de Paris, créé en 1967, proposait, pour fêter ses cinquante ans,  un concert exceptionnel, autour d’un programme riche et diversifié avec, en point d’orgue, une création du compositeur allemand Jörg Widmann. Daniel Harding, directeur musical de l’Orchestre de Paris depuis un an tout juste, menait l’ensemble de manière impeccable. La Grande Salle Pierre Boulez, à l’acoustique toujours époustouflante, a permis aux spectateurs d’effectuer une traversée de la musique des XXème  et XXIème siècles dans les meilleures conditions, de Franz Schubert revisité par Luciano Berio à Stravinski en passant par le Poème symphonique pour cent métronomes de György Ligeti.

La première partie du concert s’ouvrait avec la Sinfonia pour huit voix et orchestre de Luciano Berio et demandait, dans son ensemble, une certaine exigence d’écoute. Rien que le morceau d’ouverture, comprenant des citations chantées de l’ouvrage de Lévi-Strauss, Le Cru et le Cuit avait de quoi dérouter les moins aguerris en termes de musique savante moderne. Venait ensuite le morceau de Ligeti où seuls le bruit des métronomes emplissait la salle pendant que la régie s’affairait à remettre pupitres et sièges en place… Le public s’est même quelque peu dissipé, ne comprenant pas tout de suite qu’il avait affaire à un morceau interprété, certes non pas par des musiciens classiques mais par ces petits instruments de mesure familiers du monde de la musique. Une autre pièce surprenante dans son approche d’exécution pouvait perdre encore un peu plus les spectateurs. En effet, la « Fantasie pour clarinette seule » de Widmann était jouée non pas dans la fosse mais depuis un balcon, au milieu du public.  Le tout formait de bien jolies perles, toutes très curieuses, pour un collier dont on ne voyait pourtant  pas réellement la beauté d’ensemble, la première partie du programme manquant de cohérence pour se finir malgré tout sur la magnifique Symphonie de psaume pour chœur mixte à quatre voix et orchestre d’Igor Stravinski créée en 1930 pour le cinquantenaire du Boston Symphony Orchestra.

La deuxième partie du concert s’ouvrait avec une création du compositeur Jörg Widmann, jouée pour la première fois donc ce 1er novembre 2017. Au cœur de Paris est une pièce au rythme puissant, soutenue par de très beaux élans.  Elle a été pensée à partir des chansons du film Sous le ciel de Paris, réalisé en 1951 par Jean Duvivier, ce qui en fait une création originale à plus d’un titre. Elle reprend également des éléments de l’opéra Babylon de Widmann, dont la création en France en janvier 2017 a constitué le point de départ de sa résidence avec l’Orchestre de Paris. Le compositeur allemand a dit de ce morceau : « Je veux écrire une pièce sur la rencontre » ; à n’en pas douter, il s’agit dans tous les cas d’une rencontre artistique réussie entre les cultures allemande et française. D’une durée de dix minutes, elle a inauguré cette deuxième partie avec éclat. Tout de suite, les spectateurs se sont sentis transportés par la seconde moitié du concert, plus que par la première, à écouter les bruits de couloir… En particulier, l’exécution de La Mer de Claude Debussy a fait l’unanimité. Enfin, le dernier morceau joué faisait un clin d’œil à l’histoire de l’Orchestre lui-même puisque la retranscription du lied de Schubert An die Musik par Luciano Berio a été créée le 10 juin 1989 pour le troisième concert d’adieux de Daniel Barenboim à l’Orchestre de Paris dont il était le directeur musical depuis 1975.

Traversé de références et de reprises des compositeurs phares de la musique classique, le programme convoquait tout aussi bien Mahler, Debussy que Schubert. Les compositions de Berio et Widmann en particulier jouaient des références, au sens propre comme au sens figuré, avec une certaine malice et surtout une grande virtuosité. Il y avait du Mahler, du Bach et du Ravel que l’on pouvait s’amuser à reconnaître dans la Sinfonia de Luciano Berio, et les références aux grandes formes de la musique savante, de la fugue aux psaume se retrouvaient dans les pièces exécutées, jusqu’au détournement du poème symphonique dans la pièce aux métronomes de Ligeti qui constituait un vrai pied-de-nez à une certaine tradition postromantique. Le concert des 50 ans de l’Orchestre de Paris représente donc un vrai régal pour les oreilles et un véritable plat de subsistance pour l’intellect.

Le concert des 50 ans de l’Orchestre de Paris est diffusé direct jeudi 2 novembre à 20h30 sur Radio Classique (disponible à la réécoute en streaming pendant 3 mois) et sur Arte concert (disponible en streaming pendant 6 mois), Mezzo et Mezzo Live HD.

Visuel : ©Eurogroup Consulting