Le Requiem de Mozart à la Philharmonie de Paris

17 janvier 2016 Par Elodie Martinez | 0 commentaires

Les 13, 14 et 15 janvier, tandis que les quatuors à cordes résonnent depuis plus d’une semaine dans ses salles, la Philharmonie de Paris offrait également une oeuvre devenue légendaire : le si célèbre Requiem de Mozart, servi ici par l’Orchestre de Paris, son Choeur, Ruth Ziesak, Marianne Crebassa, Maximilian Schmitt et Nahuel di Pierro. 

Est-il encore bien besoin de présenter ce Requiem alors que sa légende le précède où qu’il aille? Ce fameux Requiem, cette ultime oeuvre inachevée de Mozart qui fait dire à beaucoup qu’en la composant, l’artiste sentait que c’était sa propre mort qu’il mettait en musique, fait donc parti des oeuvres qui n’a pas besoin de chercher son public. Si l’on sait bien que Mozart n’en a composé qu’une partie, probablement les deux tiers environ, si le mystère du commanditaire n’en est plus un depuis longtemps, il n’en reste pas moins que son décès survenu durant cette composition l’enveloppe d’un certain aura. L’on peut encore discuter des apports de Joseph Eybler et de  Franz Xaver Süßmayr sur le travail déjà établi par le maître, il n’en reste pas moins que cette oeuvre de 1791 est paradoxalement l’une des plus marquante de Mozart.

Il faudra cependant se montrer patient : la première partie de la soirée est composée du Concerto pour piano n°19 en fa majeur. Pour cette occasion, ce n’est ni plus ni moins que l’américain Peter Serkin que nous retrouvons avec plaisir, arborant l’habituelle queue de pie des pianistes. Il faut avouer cependant que les premières notes de l’Orchestre de Paris manquent un peu de « magistral » pour cette partition alors que celles du pianiste créées instantanément une atmosphère : il y a bien un « quelque chose » qui se dégage de l’incroyable dextérité de Peter Serkin. Pas besoin de se tortiller sur son fauteuil ni de se dandiner comme un épileptique pour être habité par la musique. Son corps devient le moyen d’expression des notes et non l’inverse. Ses mains continuent d’ailleurs à jouer dans les airs à la fin de quelques phrases, comme s’il était impossible de s’arrêter net.

Autre point remarquable, l’harmonie entre le piano et l’orchestre qui, après ses premiers pas, prend le rythme : non seulement le piano ne prend pas le dessus sur les autres instruments (ce qui reste assez banal), mais l’inverse est également vrai. Nous entendons les notes du piano parmi les autres, assez distinctement pour les apprécier mais assez noyées pour se fondre dans le dialogue général. Les notes sont bien séparées tout en restant liées. Et la quarantaine de minutes passe sans que l’on ne s’en rende compte!

Suit donc le tant attendu Requiem que nous n’avons malgré tout pas perdu de vu. La tonalité principale en ré majeur nous emporte donc dans une atmosphère grave, vers un au-delà qui n’a rien de rassurant. La solennité se ressent dès les premiers instants, bien que les voix graves se trouvent assez facilement écrasées ici, ce qui ira mieux par la suite. L’émotion, elle, est bien présente.

Le si célèbre « Dies irae, dies illa » de la partie « Sequentia » est absolument remarquable : les Choeurs de l’Orchestre de Paris et les musiciens ne se refrènent pas et c’est une puissante vague que nous recevons dans le public. Une pause de quelques secondes se fait ensuite, comme il y en aura toujours lorsque l’on passera d’un passage des choeurs à un autre de soliste. L’occasion durant ce « Tuba mirum spargens sonum » d’entendre chacun des quatre artistes placés non pas au devant de la scène, comme c’est parfois le cas, mais entre l’orchestre et le choeur, véritable personnage central. Nous débutons donc par Nahuel di PIerro, à la voix remarquable et profonde, puis par Maximilian Schmitt qui ne démérite absolument pas au côté de son confrère. Si nous avions déjà un peu découvert la soprano Ruth Ziesak auparavant, c’est bien la mezzo-soprano Marianne Crebassa (entendue par exemple à Gaveau dernièrement) qui se détache du lot avec une voix absolument nette, posée, proprement dirigée et maîtrisée : les notes se s’éparpillent pas dans l’acoustique de la salle. On regrette décidément de ne pas l’entendre davantage en France!

Vient ensuite un autre passage célèbre de ce Requiem, le « Lacrimosa dies illa ». Les choristes ferment pour l’occasion leurs partitions qu’ils tiennent à leurs côtés, rendant l’instant plus solennel encore. Suivent l’Offertorium, le Sanctus, le Benedictus, l’Agnus dei et enfin le Communio où la partition fait sentir qu’elle n’est pas entièrement de Mozart, ce que le début nous aurait fait oublier. Ce qui est loin de signifier que l’ennui nous gagne ou bien que la pari n’est pas hautement relevé par l’ensemble des artistes sur scène!

C’est d’ailleurs au moins 5 saluts sous les applaudissements énergiques d’un public conquis qui suivent les dernières notes. A force, les solistes reprennent place entre l’orchestre et les choeurs pour un bis reprenant le « Dies irae » avec force. Tout simplement magnifique.

Si vous vous morfondez d’avoir manqué ce Requiem, sachez que, d’une part, vous n’avez pas totalement tort mais que, d’autre part, Versailles le donnera les 2 et 3 avril prochain avec, entre autre, Karine Deshayes et Mathias VidalVoir.


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