[Interview] Gaétan Jarry: « Notre but est de faire sortir la musique baroque de son cadre, d’aller à la rencontre du public »

8 juillet 2016 Par Florence Prunier | 0 commentaires

Le château de Versailles fait vivre le Petit Trianon en musique dans la soirée du samedi 9 juillet à travers une promenade magique menée par l’ensemble de musique baroque Marguerite-Louise, dirigé par Gaétan Jarry.

D’où vient votre passion pour la musique baroque?

Je viens d’une famille où on fait tous de la musique; du coup, j’ai toujours vécu dedans. Pour ma part, je l’ai découvert par l’orgue avec un professeur extraordinaire, Frédéric Desenclos. Quand j’étais petit, on avait beaucoup de disques de musique baroque à la maison. De plus, la cousine germaine de mon père, Agnès Mellon, est une très grande chanteuse baroque: c’était un peu l’égérie des Arts Florissants qui est un des ensembles de musique baroque les plus connus en France et de par le monde, parce qu’ils ont développé l’interprétation historiquement informée (redécouverte et l’interprétation de la musique ancienne). On avait notamment un disque d’elle, Les Arts florissants de Charpentier, joué par l’ensemble en question. Quand j’étais petit, je l’écoutais en boucle: c’est une sorte de tout petit opéra, où Agnès Mellon chantait avec une voix d’ange. Cet enregistrement m’a énormément marqué. Et je l’écoutais en boucle parallèlement avec ce moment où j’étais avec Frédéric Desenclos au Conservatoire de Versailles, qui lui est un grand passionné de la musique baroque et qui avait un ensemble aussi.

Je me suis retrouvé un peu presque contre mon gré à bifurquer vers un intérêt très prononcé pour cette musique française du XVIIe et du XVIIIe siècle. Ça me parlait, je le sentais car c’est énormément une musique qui se sent; la part de l’instinct est très importante. Cet art-là, cette époque-là me parle parce qu’elle fait appel à l’improvisation, à l’imagination de la ligne. Même si celle-ci est pleine de codes, on peut s’épanouir énormément dedans; et comme moi, j’aime bien justement casser les murs, je ne supporte pas qu’on me fasse entrer dans la même chaussure que tout le monde, je trouvais qu’avec cette musique-là, j’avais le moyen de pouvoir plus m’exprimer.

L’ensemble Marguerite-Louise, que vous avez fondé en 2007, est donc né assez naturellement de cette passion? 

Quand on est à l’orgue, on est toujours tout seul, l’orgue est un instrument très solitaire, et moi, je suis quelqu’un qui aime énormément partager, et je souffrais terriblement de cette solitude. Je me suis donc dit qu’il fallait absolument que je trouve le moyen de jouer avec des gens pour rompre cette solitude. Comme j’étais très attiré par ce répertoire-là, j’ai trouvé des gens au conservatoire de Saint-Maur-des-Fossés, pour leur proposer un duo. Donc à l’origine, c’est juste un duo et très vite, ça s’est appelé Marguerite-Louise. C’était juste un petit projet de musique de chambre de conservatoire, qui au fil du temps, par des rencontres de musiciens, a grandi, grandi… On a fait des concerts, on a trouvé un son. Notre activité se développe vraiment depuis l’année dernière en réalité, grâce à l’enregistrement d’un disque, Motets pour une princesse. Notre but est de faire sortir la musique baroque de son cadre, d’aller à la rencontre du public.

Vous parliez d’une grande liberté dans la musique baroque, d’instinct, pouvez-vous développer?

La musique baroque est fondée sur l’idée de basse continue, sur un canevas harmonique découlant de la basse. C’est-à-dire que la partition est en clé de fa, pour l’orgue, est au-dessus j’ai des chiffres, qui correspondent à un accord. Ces accords ne sont que des propositions, on peut faire passer une mélodie entre ces accords. La main droite est donc toujours en improvisation cadrée. Du fait de la liberté que laisse la musique baroque, chaque concert est une nouvelle improvisation. Et comme on n’est pas assez de musiciens pour faire exactement ce qui a été souhaité par le compositeur, on est obligé de faire beaucoup d’aménagements. La partition n’est donc pas figée. On peut donc faire évoluer la musique par rapport à notre idée.

C’est vous qui avez choisi le programme pour Versailles, comment a été conçue la soirée?

C’est Laurent Brunner, directeur du château de Versailles spectacles qui avait très envie de faire vivre en musique le Petit Trianon. Le but était d’investir plusieurs lieux liés à celui-ci pour le faire découvrir au public en musique. Il a donc fait appel à moi, et après il m’a laissé libre dans le choix du programme. L’idée était d’essayer de faire en sorte qu’au début, on joue tous ensemble des extraits d’opéra, qui annoncent la fête à venir, pour l’accueil du public sur le parvis du Petit Trianon, dans la Cour d’honneur. Puis on s’éclate en plusieurs petits pôles: dans la chapelle de la musique sacrée, dans le Pavillon français de la musique de chambre (des pièces de clavecin concertant de Rameau), dans le Temple d’amour des chansons d’amour de Couperin et enfin, pour les privilégiés, dans une grotte aimée de Marie-Antoinette, un récital de harpe privée. L’idée est d’avoir des lieux qui font sens avec des morceaux qui leur correspondent. Il s’agit donc par la promenade musicale de recréer une ambiance de Cour, celle du divertissement pour chasser l’ennui.

Visuel: Vidéo de l’ensemble Marguerite-Louise


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