Hommage à Carter par l’Intercontemporain

15 janvier 2018 Par
Gilles Charlassier
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Figure majeure de la musique du vingtième siècle, Eliott Carter, décédé en 2012 plus que centenaire, aurait eu 110 ans cette année. L’Ensemble Intercontemporain, en formation chambriste, lui rend hommage à l’Amphithéâtre de la Cité de la musique.

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La musique américaine du vingtième siècle ne se limite pas au minimalisme de Glass, Reich, Riley ou Adams, plus ou moins imperméable aux avant-gardes européennes. Quelques décennies après le précurseur Ives, contemporain de Schönberg, Eliott Carter a poursuivi dans cette voie de l’innovation. Pour ce concert de musique de chambre conçu comme un hommage, les musiciens de l’Ensemble Intercontemporain mettent en regard un recueil des débuts du compositeur et un florilège de ses dernières années habilement mis en espace.
Ecrites au tournant des années cinquante, les Huit Etudes et une Fantaisie pour flûte, hautbois, clarinette et basson dévoile une mosaïque expressive et contrastée remarquablement mise en valeur par des musiciens parfaitement au fait de ce répertoire. Certaines pages traitent le quatuor comme un tout solidaire, à l’exemple du Maestoso inaugural, tandis que d’autres décomposent l’ensemble en pupitres qui se répondent l’un à l’autre – le Quietly qui suit en témoigne. L’humour ne manque pas dans le cycle, ainsi que l’illustre le quatrième morceau, Vivace un peu mordant, sinon coquin. On retrouve cet esprit dans l’Allegretto leggero, où le basson et la clarinette semblent s’esclaffer. La Fantasy finale déploie quant à elle une admirable maîtrise, imitant les formes canoniques comme la fugue, sans se laisser figer dans le pastiche.

L’Amphithéâtre est ensuite plongé dans la pénombre, et l’auditoire entend depuis le fond de la salle les deux minutes de modulations de Retracing II, au cor par Jens McManama, qui reprend le matériau de Retracing pour basson, écrit sept ans plus tôt en 2002 et joué par Paul Riveaux isolé par un rond de lumière intimiste sur le plateau après Figment V, autre pièce de la fin de la vie de Carter, avec Gilles Durot au marimba. La succession apéritive se poursuit avec Scrivo in vento, datant de 1991, dont la flûte Sophie Cherrier restitue impeccablement des traits parfois assez académiques, avant Steep Steps créé une décennie plus tard et ciselé à la clarinette basse par Jérôme Comte. Offert à Pierre Boulez pour son soixante-dixième anniversaire en 1995, Esprit rude/Esprit doux offre à un trio de flûte, clarinette et marimba une similaire inspiration calibrée, rompue aux codes établis, ce que ne démentira pas HBHH, pour hautbois, dédicacé en 2007 au grand instrumentiste Heinz Holliger et relayé ici par Didier Pateau. Les cinq solistes des vents se retrouvent pour Nine by Five, quintette qui referme un aperçu de la musique de chambre de Carter sobrement mise en scène, et qui offre, au fil des dédicataires, un panorama des grandes figures de la musique contemporaine des cinquante dernières années.

Concert Ensemble Intercontemporain, Cité de la musique, Amphithéâtre, 10 janvier 2018
© Luc Hossepied