Herrewerghe Beethoven projekt #4 : L’Orchestre des Champs-Elysées donne de nouvelles couleurs à Beethoven

10 février 2017 Par
Camille Thermes
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Ce mercredi 8 février à Saintes, l’Orchestre des Champs-Elysées, son chef Philippe Herrewerghe et le pianiste Eric Lesage ont donné la dernière partie du « Herrewerghe Beethoven projekt #4« , avant de présenter l’intégrale de Beethoven en mars prochain à Paris. Une prestation qui a su donner aux deux pièces des couleurs nouvelles, sur des instruments d’époque.

C’est un avant-goût à la fois atypique et très convaincant que l’Orchestre des Champs-Élysées a présenté ce mercredi 8 février à l’Abbaye aux Dames, à Saintes. Avant d’interpréter l’intégralité de l’œuvre de Beethoven à Paris le mois prochain (sur plusieurs soirées s’étalant du 14 au 18 mars), les musiciens dirigés par Philippe Herreweghe ont accompagné le soliste Éric Lesage au piano pour « L’Empereur », concerto n°5 op. 73 en Mi b Majeur, avant de retrouver une formation symphonique seule pour la 8ème symphonie en Fa Majeur, op. 93.

Comme à son habitude, c’est sur des instruments d’époque que l’orchestre a travaillé pour interpréter des œuvres datant de 1808-1809 pour le dernier des 5 concertos pour piano du compositeur, et de 1811 pour la symphonie. Avec seulement quelques années de retard sur l’époque de la composition de la pièce, le son clair et droit du piano d’Éric Lesage a servi le concerto éclatant dit « de L’Empereur ». Si l’on sent que l’instrument de 1856 exige un travail particulier pour équilibrer le dialogue avec l’orchestre, son timbre peu habituel a donné à l’ensemble un caractère surprenant mais captivant. La conversation délicate du soliste et de l’harmonie dans le très doux second mouvement du concerto a d’ ailleurs rendu compte de la capacité de métamorphose sonore du piano, sous les doigts du reconnu Éric Lesage. Et c’est par un bis en hommage à Robert Schumann que le pianiste a répondu à l’enthousiasme d’un public conquis en interprétant le « Davidsbündlertänze » du compositeur, op. 6, créé il y a 180 ans.

dsf2510-accent-tonique-saintes-08-02-17Si l’équilibre entre soliste et orchestre fonctionnait parfaitement dans ce premier temps, s’adoptant à l’acoustique de l’abbatiale de l’Abbaye aux Dames, on a tout de même senti comme d’heureuses retrouvailles lorsque les musiciens ont à nouveau adopté leur formation initiale pour la très enjouée symphonie n°8. Peut-être parce que la pièce est elle-même éclatante, peut-être parce que l’Orchestre des Champs-Élysées fête ses 25 ans cette année ; toujours est-il que le concert et surtout cette deuxième partie étaient de ceux qui témoignent d’une certaine habitude de travail entre les musiciens et offrent résultat extrêmement cohérent et envoûtant. Sous la baguette plutôt accompagnatrice que réellement directive du grand chef d’orchestre belge, le caractère assez constant de la pièce de Beethoven (vive de bout en bout, avec un second mouvement qui ne se laisse pas ralentir) n’a pas empêché l’orchestre de proposer une interprétation pleine de contrastes, pour le plus grand plaisir d’un public une nouvelle fois ravi. Car cette 8ème symphonie a bien pour particularité d’enchaîner en douceur les mouvements, Beethoven y transformant ainsi les traditionnelles césures internes en enchevêtrements de sons et de timbres pour glisser d’une partie à l’autre. Opérées avec grâce dans le prolongement des gestes du chef, ces transitions nous indiquent justement que c’est peut-être avant tout la maîtrise de l’énergie émanant de l’Orchestre des Champs-Élysées que l’on apprécie le plus dans ce concert. Et Philippe Herreweghe de souligner gaiement cet aspect en interrompant par deux fois le bis final avant de trouver le tempo le plus satisfaisant à ses yeux pour le second mouvement de la 8ème symphonie.Une très belle invitation à aller écouter l’intégrale en mars !

visuel : images du concert ©Accent Tonique