Gustavo Dudamel avec El Sistema à Paris, le recueillement après la fête

25 janvier 2014 Par
La Rédaction
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Le chef vénézuélien Gustavo Dudamel et l’Orchestre symphonique Simon Bolivar des jeunes du Venezuela étaient à Paris pour deux concerts d’exception.

dudamelDire que Gustavo Dudamel est une star serait un euphémisme : c’est une rock star ! Lorsqu’il entre sur la scène de la salle Pleyel dimanche 19 janvier, c’est sous les hourras et les sifflements enthousiastes. Visiblement ravi mais modeste, l’homme ne se départ pas de la concentration nécessaire à l’exécution d’un programme entièrement consacré à Tchaïkovski. Au bout de sa baguette, près de deux-cents jeunes musiciens frémissent d’impatience.

Directeur musical, Dudamel l’est doublement, à la tête de l’Orchestre philharmonique de Los Angeles et de l’Orchestre symphonique Simon Bolivar des jeunes du Venezuela. Issu lui-même de cette phalange créée en 1975 par l’homme politique et musicien José Antonio Abreu, Dudamel poursuit avec elle une œuvre à la fois sociale et artistique de haut niveau. La preuve en est encore ce soir où, malgré le nombre imposant des musiciens, les couleurs et les contrastes de la musique de Tchaïkovski ressortent sans forcer de la direction claire et précise du chef. Le concert s’ouvre avec deux fantaisies pour orchestres inspirées de Shakespeare : La Tempête et Roméo et Juliette. Des partitions intensément dramatiques auxquelles les cordes savent donner brillant, moelleux et tendresse, en des accents parfois presque hollywoodiens. Pas l’Hollywood clinquant des paillettes d’un soir de gala, non, mais celui des grands maîtres qui savent vous tenir par les tripes en vous racontant une bonne histoire.

Cette dimension spectaculairement narrative éclate dans la Quatrième Symphonie de Tchaïkovski. Considérée comme la première d’un triptyque formé des dernières symphonies du compositeur, elle est, selon ses mots, « la confession musicale de l’âme qui est passée par beaucoup de tourments et qui par nature s’épanche dans les sons, de même qu’un poète lyrique s’exprime dans des vers ». Autant dire que derrière son pupitre, il ne s’agit pas de s’économiser. Pas un musicien pour jouer au fond de la chaise, et ça s’entend ! Les têtes remuent, alanguies sous l’effet du baume apaisant de l’ « Andante » du deuxième mouvement, ou sollicitées d’un simple regard de Dudamel lors du « Scherzo ». La complicité est telle que la baguette en devient appendice inutile : l’orchestre, transformé en gigantesque mandoline, frémit d’un seul mouvement d’épaule, d’un seul clin d’œil. La magie de Prospero n’est pas loin…

En juste récompense, c’est une standing ovation qui clôt un concert agrémenté de trois bis, dont le « Malambo » extrait du ballet Estancia de l’argentin Alberto Ginastera. Pour finir, le percussionniste en charge des maracas prend la place du chef sur son estrade, et de se trémousser en rythme dans sa queue de pie… Autant dire que plus personne ne veut les laisser partir se coucher !

Requiem à la mémoire d’un maestro

Il le faut bien pourtant, car c’est un autre sacré morceau qui les attend mercredi en la cathédrale Notre-Dame de Paris. Les jeunes Vénézuéliens se joignent au Chœur, à l’Orchestre philharmonique de Radio France et à la Maîtrise Notre-Dame de Paris pour interpréter le Requiem de Berlioz. Effectif pléthorique au service du génie d’un compositeur qui voyait et entendait en grand.

Mais entre les festivités du dimanche précédent et la représentation du mercredi 22 janvier, c’est une bien triste nouvelle qui frappe les musiciens en pleine répétition : la mort du chef d’orchestre italien Claudio Abbado, survenue lundi matin. Celui qui fut un des mentors et soutiens indéfectibles de Gustavo Dudamel a succombé des suites d’un cancer qu’il combattait depuis plusieurs années. Déclarant à France Musique voir dans cette « non coïncidence » la marque du « cycle de la vie », c’est tout naturellement que Dudamel dédie le concert, avec l’ensemble des musiciens, au maestro disparu.

Comment dès lors ne pas être pris de frissons dès les premières mesures ? Le cadre, bien sûr, est grandiose. Du volume impressionnant de la cathédrale, cauchemar pour tout chef d’orchestre, Berlioz a fait un atout que Dudamel et ses musiciens maîtrisent avec une rigueur remarquable. Placés aux quatre coins du bâtiment, les cuivres font trembler voûte et colonnes lors du « Dies Irae ». Sans parler de la rangée de timbales (16 au total !) qui occupent le dernier rang de l’orchestre. On ne sait pas comment, mais ça sonne parfaitement ensemble. Enfin… on a sa petite idée sur la question. Ce soir, Dudamel a laissé tomber sa baguette histoire de modeler le son à main nue. On retiendra le « Sanctus », chanté comme sur un fil par un Andrew Staples aux aigus lumineux. Et l’orchestre en dessous, qui miroite en un tapis de début du monde, tissé par l’imperceptible tremblement des mains de Dudamel.

Le temps d’un soir, musiciens du « Philhar’ » et d’El Sistema partagent le pupitre, visiblement souriants et heureux de rendre un dernier hommage à Claudio Abbado. Le plus émouvant ne fut pourtant pas la musique. Les dernières notes du Requiem éteintes, ce fut d’abord le silence. De longues secondes de silence mêlées aux sirènes lointaines de la nuit parisienne.

Le Requiem de Berlioz est à (re)voir sur Arte Live Web

Victorine de Oliveira

© Richard Reinsdorf


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