« Grenade Al Andalus » à la Philharmonie : les voix et les sons d’une histoire tumultueuse

24 mai 2018 Par
Claudia Lebon
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Sous la direction de Jordi Savall, musiciens, chanteurs et récitants ont fait revivre, hier soir, l’histoire du royaume d’Al Andalus, lieu d’affrontements mais aussi d’échanges culturels entre les trois  religions monothéistes.

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Fondé en 1013 par Zawi ibn Ziri, le royaume de Grenade héberge, pendant 500 ans, de nombreux conflits mais aussi, les plus grands poètes et musiciens de l’Andalousie.

Le musicien espagnol Jordi Savall, qui s’attache depuis plus de cinquante ans à faire découvrir au monde les merveilles musicales anciennes restées dans l’oubli, a ainsi proposé hier soir un retour en musique sur la légende de Grenade. Persécutions, victoires et défaites, les musiciens, chanteurs et récitants issus d’horizons très divers ont fait revivre l’histoire tumultueuse de cette région de l’Espagne secouée par les affrontements entre peuples musulman, chrétien et juif.

Une progression chronologique nous fait traverser les périodes Ziride, Almoravide, Almohade, Nasride et Muhammad jusqu’à la domination castillane. A chaque époque correspondent des musiques, des chants, des poèmes et des prières qui donnent voix aux lamentations des persécutés ou à la joie des vainqueurs. La culture juive de Grenade est évoquée par les vers des poètes Dunash Ben Labrat et Yehuda Halevi, les textes du savant et théologien Maïmonide, les musiques du Cantique des Cantiques et les belles prières sépharades. Des répertoires mozarabes, codex et manuscrits hispaniques médiévaux, émerge la musique chrétienne. Danses mauresques instrumentales et textes de grands poètes arabo-andalous_ Ibn Zuhr, Ibn Zeydoun et Ibn Zamrak_ qui décrivent la beauté de Grenade ou disent le désespoir du peuple forcé à la conversion, ravivent les souvenirs de l’Andalousie musulmane.

Les sons sublimes des instruments traditionnels se mélangent pour raconter et ranimer cette légende ancienne. Le ney, le oud, le qanûn, la guitare mauresque, le santur, le duduk, les cloches et les percussions accompagnent les voix des chanteurs et des récitants. Saluons la magnifique performance du chanteur israëlien Lior Elmaleh et la voix grave et mélancolique de la jeune chanteuse syrienne, Waed Bouhassoun.

Une belle initiative de Jordi Savall qui nous offre ainsi un magnifique moment de musique. Il est cependant dommage que l’histoire de Grenade ne soit racontée qu’à travers le récit de la guerre et des antagonismes entre chrétiens, juifs et musulmans. De plus, le manque d’amplitude du son dans cette salle de la Philharmonie n’a pas permis l’immersion musicale qui aurait fait de ce concert un vrai moment d’émotions.

Grenade Al Andalus avec :

La Capella Reial de Catalunya
Hespèrion XXI
Jordi Savall, direction
Waed Bouhassoun, chant, oud
Lior Elmaleh, chant
Driss El Maloumi, chant, oud
Moslem Rahal, ney
Hakan Güngör, qanûn
Yurdal Tokcan, oud
Haïg Sarikouyoumdjian, duduk
Dimitri Psonis, guitare mauresque, santur, cloches
Erez Shmuel Mounk, percussions
Manuel Forcano, récitant

Visuels : Jordi Savall © David Ignaszewski, Vue extérieure – Philharmonie © William Beaucardet / Philharmonie de Paris