Festival de Gstaad, le Nouvel An en toute intimité musicale

9 janvier 2018 Par
Gilles Charlassier
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Initié il y a douze ans par la Princesse Caroline Murat-Haffner, descendante de la sœur cadette de Napoléon Bonaparte, dont elle porte le prénom, le Festival du Nouvel An de Gstaad invite les mélomanes à une étape au carrefour des cantons de Vaud et de Berne, à cheval sur la Suisse francophone et germanophone. Au cœur d’églises de montagne, ou de petits théâtres, de Rougemont à Lauenen, on peut y approcher les grands noms d’aujourd’hui, autant que ceux de demain.

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IL y a pas moins de trois festivals nichés dans les vallées alpines de Gstaad:  en été le Menuhin Festival, en hiver les Sommets musicaux, dont on vous parlera d’ici peu, et un pour le Nouvel An. Hôtesse remerciant chaleureusement spectateurs à l’issue des concerts, Caroline Murat-Haffner, la directrice artistique de ce rendez-vous au milieu de la trêve des confiseurs, concocte une programmation mêlant excellence et convivialité, proposant aux artistes comme aux amateurs des expériences singulières.

On peut même parler d’inédit pour Marcelo Alvarez, ténor habitué aux grandes salles internationales, qui s’est produit, dans la petite église de Rougemont, devant son auditoire le plus intime de sa carrière, chauffé aux dieux de la scène après une conférence d’Helena Matheopoulos sur Maria Callas dans l’Hôtel de Rougemont voisin. S’il ne fait pas partie de ces voix friandes des récitals, préférant l’adrénaline authentique de la scène, le soliste argentin n’en régale pas moins avec un florilège balayant son répertoire, de l’opéra italien au français, en passant par la zarzuela, avec la complicité de Kamal Khan. Ce dernier distille deux des Nocturnes opus 70 de Martucci, dans une veine très romantique, ou encore deux des Cantilenas Argentinas de Gustavino, empreintes de saveur hispanique, sans oublier une page des Goyescas de Granados – Quejas, la maja y el ruiseñor, avec ce qu’il convient de sentiment.

Côté vocal donc, la déclaration d’amour de Roméo tirée du Giuletta e Romeo de Zandonai, fait entendre une pièce rare, où palpite une fougue qui s’adapte ensuite aux dimensions de l’auditoire. On reconnaît le frémissement des adieux de Cavaradossi à la vie dans le E lucevan le stelle du Tosca de Puccini, quand l’air du Cid de Massenet, O Souveraine, gagnerait à une intelligibilité plus calibrée. Il reste un timbre et une générosité solaires qui illuminent les grands classiques de la zarzuela donnés en seconde partie, de l’incontournable No puede ser de Sorozabal à Granada de Lara, en passant par Amor, vida de mi vida de Torroba ou El dia que me quieras de Gardel.

Le lendemain, le Landhaus Theater de Saanen subit les conséquences des circonstances climatiques : alors qu’ils venaient d’un concert privé dans un château au milieu du Tyrol autrichien, Julian Rachlin et Sarah McElravy n’ont pu décoller du petit aéroport initialement prévu, et au gré de détours multiples ne sont arrivés qu’une fois le concert déjà commencé, sous les doigts de Natalia Morozova. Si la Sonate pour violon et piano de Franck initialement annoncée a bien été jouée, nos deux violonistes rescapés des transports ont ensuite décliné une série de miniatures de Bartok, qui a su faire pardonner les imprévus.

Mais Gstaad, ce n’est pas seulement les têtes d’affiche actuelles. Le dimanche 7, c’est aussi l’aboutissement d’une semaine de masterclasses conduites par Viorica Cortez et Marco Guidarini, dans le cadre du Concours International Vincenzo Bellini, l’une des plus importantes compétitions consacrées à l’art vocal, et la seule véritablement concentrée sur le bel canto romantique, que le chef italien a fondée avec Youra Nymoff-Simonetti en 2010. Le public découvre ainsi deux des candidats retenus pour l’édition 2018 de l’Académie du concours, qui se tient à Gstaad pour la troisième année – on ne remerciera jamais assez le mécénat des cimes. Après une compréhensible appréhension à l’entrée sur scène, l’argentin Santiago Martinez fait valoir un évident instinct de la vitalité rossinienne dans le Cessa di più resistere du Barbier de Séville, souvent coupé, car très exigeant en fin de spectacle, que l’on retrouve plus tard dans les trilles de la Danza. Sara Baneras, qui vient de Catalogne, dévoile une belle synthèse ente la virtuosité des notes et la sensualité des couleurs dans Donizetti, Regnava nel silenzio de Lucia, comme dans le Qui la voce des Puritains de Bellini. En duo, nos deux talents plus que prometteurs se rejoignent dans le Don Pasquale et l’Elisir d’amore de Donizetti. En seconde mi-temps, Maguelone Parigot revient au clavier pour accompagner la lauréate du cru 2016, Anush Hovhannisyan, passant remarquablement de Rossini à Gershwin, Nicolai, Berg, Poulenc et Rimsky-Korsakov, avant d’abandonner les auditeurs à un brunch dominical. Le plaisir à Gstaad est dans le partage.

Festival du Nouvel An à Gstaad, du 27 décembre 2017 au 8 janvier 2018 – concerts des 4, 5 et 7 janvier à Rougemont et Saanen

©Mireille Roobaert