Les disques classiques et lyriques du mois de Novembre 2017

24 novembre 2017 Par
La Rédaction
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Voici la sélection classique et lyrique de la rédaction faite des disques que nous avons écoutés sous perfusion, au bureau ou à la maison en train d’écrire ou en marchant sur le chemin du retour du concert. L’esprit de Noël souffle un peu déjà sur cette sélection, avec quelques grands classiques de la musique sacrée revisités. Et ce mois-ci nous avons entendu beaucoup de clavier, cela ne peut pas faire de mal!

Par Victoria Okada et Yaël Hirsch

Ferveurs

Prières russes
La Russie possède russeune belle tradition chorale, tant pour la pratique que pour le riche répertoire. Le chœur philharmonique d’Ekaterinburg est l’un des gardiens de cette tradition, bien que sa création ne date que de 2008. Incomparable interprète de la musique liturgique et populaire russe, le chef Andrey Petrenko et les choristes explorent tout le patrimoine de leur pays. Ici, des extraits de la liturgie de Saint Jean Chrysostome (Tchaïkovski et Rachmaninov) et de la messe de lundi de la Semaine Sainte (Gretchaninov), côtoient des chansons populaires traditionnelles (La steppe est autour, Dans la sombre forêt, Oh ma vaste steppe, Une cloche) arrangées par Svechnikov ainsi que des pièces de Glinka, Dargomyjski, Taneïev et bien d’autres. Leur technique de l’émission de la voix étant bien différente de celle pratiquée dans l’Europe occidentale, il faudra peut-être un peu de temps pour s’y habituer, mais l’« âme russe » est là, en grande force, et nous sommes émus, voire ébranlés, par leur puissance si convaincante.1 DC Mirare. Durée : 60’. VO

unnamedPrières et chants populaires juifs, hébraïques et palestiniens
Avec Confluences, qu’il porte sur la scène de l’Athénée de 7 décembre, le ténor Benjamin Alunni mêle chants populaires et prières dans un mélange de Français, d’Araméen, d’Hébreu et de Yiddish. Des Poèmes Juifs et Palestiniens de Darius Milhaud (superbes!) au Kaddish de Graciane Finzi qui ouvre le premier des deux disques, en passant par celui de Ravel, le ténor accompagné par la violoncelliste Lydia Shelley et la pianiste Marine Thoreau La Salle, balaie l’Histoire de 1914 à 2009. Le résultat de ces Confluences est une impression de sacré très humain, de ferveur aux multiples foyers et rythmes à laquelle la voix chaude de Benjamin Alunni donne une unité. Une musique à écouter aussi bien pour commencer à se plonger avec minutie dans des mondes entiers, que pour méditer dans un syncrétisme personnalisable par toutes les oreilles. Confluences, Benjamin Alunni, ténor, Marine Thoreau La Salle, piano, Lydia Shelley, violoncelle, Klarthe, 19.90, euros. YH.

Haendel et l’esprit de Noël

Le Messie, cuvée 1754
messiah-niquetHervé Niquet et son concert spirituel nous invitent à redécouvrir la version de 1754 de l’iconique Messie pensée pour 5 solistes (plus enregistrée depuis Hogwood, il y a trente ans), alors qu’à l’époque la partition était retravaillée pour chaque concert quand Haendel traversait l’Europe. Avec 5 solistes exceptionnels (Sandrine Piau, Katherine Watson, Anthea Pichanick, Rupert Charlesworth et Andreas Wold) et un chœur que Niquet a réorganisé comme un 6e personnage, ce double disque « entièrement de la main de Haendel » mais un peu restructuré transforme la venue du Christ en fête musicale. Handel, Messiah 1754, Le concert spirituel, Hervé Niquet, Alpha Classics, 2 cds, sortie le 13 Octobre 2017, 20 euros. YH.

bach-vox-luminis

Lumineux Dixit Dominus
Alors qu’ils donnent le Magnificat de Bach par lequel débute leur nouvel album le 8 décembre 2017 à l’Eglise Saint-Roch, Lionel Meunier et Vox Luminis proposent une version sobre, puissante et énergique du Dixit Dominus en deuxième partie de ce petit bijou de musique sacrée. On apprécie particulièrement le jeu d’ombre et de lumière et le caractère mat et rond des chœurs, notamment dans le noueux et preste Conquassit per Capita. Handel Bach Lionel Meunier, Vox Luminis, Alpha Classics, sortie le 17 novembre 2017, 19 euros. YH.

Amour sacré, Amour Profane
Sur un thème plus mondain, l’amour profane, la soprano géorgienne Anna Kausyan est une Lucrezia et surtout une allégorie de l’amoureuse qui souffre (sublime début de « Crudel tiranno amor ») très convaincante. Accompagnée dans son album de cantates de Haendel par Jory Vinkour au clavecin, Ophélie Gaillard au violoncelle, Jorge Jimenez et Anastasia Shapoval au violon, ainsi que Michel Renard à l’alto, elle virevolte du lamento à la colère avec dextérité et souplesse. Une voix baroque convaincante pour un ensemble italien de Haendel qui fonctionne avec fluidité. Händel, Shades of Love, Anna Kaysan, evidenceclassics, sortie le 3 novembre 2017, 17 euros. YH

Créations et recréations

Rameau réinventé par les Surprises
Né de la passion pour la musique des 17 et 18e siècles et devant son nom à l’opéra de Rameau Les Surprises de l’amour, l’Ensemble Les Surprises, dirigé par Louis-Noël Bestion de Camboulas, interprète avec l’organiste Yves Rechsteiner des Suites de symphonies de Rameau dont les partitions auraient été perdues. Intercalé par des suites de symphonies de François Rebel et François Francœur dans le même esprit, le résultat est un plaisir de tambourins, rigaudons soutenus par l’orgue et le clavecin, où l’on reconnaît l’air des Sauvages et d’autres grands tubes de Rameau, pour notre plus grand plaisir. L‘héritage de Rameau, Ensemble Les Surprises, Louis-Noël Bestion de Camboulas, direction/ Yves Rechsteiner, orgue, Editions Ambronay, Sortie le 24 novembre 2017, 16 euros. YH.

Trio de Variations Goldberg
Écrites par Bach pour clavecin, les Variations Goldberg ont atteint le mythe avec le piano de Glenn Gould et notamment ses deux plus fameux enregistrements de 1955 et 1981. Adapter ce morceau de bravoure pour un trio est une rafraîchissante idée et le Trio Surel, Radais et Sabouret n’est pas le premier à le faire. L’enregistrement qui vient de sortir chez Bion Records permet de redécouvrir encore et toujours cette musique qui nous a accompagnés, parfois malgré nous, à travers les films, les pubs et la musique de notre vie. Alors qu’étrangement le violon de Sébastien Surel semble souvent plus proche du clavecin que le piano, les deux autres instruments semblent souvent suivre le mouvement : l’alto de Paul Radais dédouble ce violon et le violoncelle d’Aurélien Sabouret joue son rôle de ligne de basse. Si bien que le trio est souvent solo et que l’on se demande ce que donnerait une transcription pour violon seul…Bach, Variations Goldberg, Sébastien Surel (violon), Paul Radais (alto) et Aurélien Sabouret (violoncelle), Bion Records, Sortie le 8 novembre 2017, 16.90 euros. YH.

grieg-mendelssohn-david-oistrakh-string-quartet-coverGrieg et Mendelssohn par David Oistrakh String Quartet
Nous avons parlé de Mendelssohn par le Quatuor Arod dans notre dernière chronique, mais en voici une autre interprétation de Mendelssohn (Quatuor n° 2 en la mineur op. 13) tout aussi énergique et beethovénienne. David Oistrakh String Quartet, constitué de jeunes musiciens russes talentueux (le violoniste Andrey Baranov a obtenu le premier prix au Concours international Reine Elisabeth en 2012), renouvelle lui aussi la vision du grand répertoire. Ainsi, le premier Quatuor de Grieg, que l’on entend en premier lieu, est dramatique à souhait, les quatre musiciens tirent de la partition des images si descriptives que l’on peut même raconter une histoire ou un conte à partir de la musique. À la fin, la vingtième Caprice pour violon seul de Paganini, transcrite par l’altiste du quatuor, Fedor Belugin, sonne comme si la pièce était écrite dès le début pour quatuor.1 CD Muso. Durée totale : 64’37. VO.

Tous les Claviers du monde

Méditation avec Froberger
Membre fondateur de l’ensemble Les Timbres, le claveciniste Julien Wolfs (lauréat du Concours de Bruges en 2007), aborde enfin son compositeur favori, Johann Jacob Froberger. C’est l’intériorité et la poésie qui priment dans les pièces choisies, dans lesquelles le compositeur a mis en musique des événements importants de sa vie. Outre les morceaux habituels comme Toccata, Fantasia ou Cappriccio, on dénote des titres inspirés de ces événements : « Allemande faite en passant le Rhin dans une barque en grand péril », « Méditation faite sur ma morte future », « Affligée et Tombeau sur la mort de Monsieur de Blanrocher », « Lamentation, faite sur la très douloureuse mort de sa Majesté Impériale, Ferdinand le Troisième »… Avec beaucoup de sensibilité, Julien Wolfs rend palpables les ressentis presque mélancoliques du compositeur, sur l’instrument-copie du Ruckers de 1624 (conservé au Musée Unterlinden à Colmar) construite en 2009 par Jean-Luc Wolfs-Dachy, père du claveciniste. Le titre du disque, « Méditation », devient évident avec une prière exprimée dans chacune de ces musiques. Le disque nous procure un double plaisir : d’abord l’interprétation, mais aussi le livret soigneusement réalisé avec des reproductions de partitions.1 CD Flora – UVM Distribution. Durée totale : 74’38. VO.

respighiRespighi à quatre mains
L’un des poèmes symphoniques de la trilogie romaine (Pins, Fontaine et Fête) d’Ottorino Respighi, la célèbre Fontaine de Rome fut créée il y a tout juste cent ans. Ses Airs et danses anciennes pour luth sont surtout connus dans la version orchestrale, le compositeur ayant été un fabuleux orchestrateur. Mais savez-vous qu’il avait transcrit de nombreuses œuvres, de lui-même mais aussi d’autres compositeurs, y compris des opéras, notamment pour musique de chambre ? Les quatre pièces rassemblées dans ce disque (Fontaine de Rome, Pins de Rome, Airs et Danses anciens suites 1 et 2) sont toutes de la main du compositeur. Giulio Biddau et Norberto Cordisco Respighi (de la famille du compositeur) reproduisent sur le clavier les couleurs chatoyantes de l’orchestre avec des effets parfois tout à fait surprenants. Une rapide recherche permet de savoir que Respighi n’a transcrit la deuxième suite des Airs et Danses anciens que pour un seul piano et on imagine que ce sont nos pianistes qui ont réalisé la version pour quatre mains…1 CD Evidence classics. Durée totale : 72’14. VO

Grâce mozartienne
François Dumont, l’un des pianistes les plus doués de sa génération, poursuit son intégrale des concertos de Mozart avec l’Orchestre Symphonique de Bretagne sous sa propre direction. Ce double CD est une perle, on y entend les concertos numéros 17, 23, 24, 27 (que des chefs-d’œuvre !) mais aussi tout son premier concerto pour clavier K 37 qu’il a composé à l’âge de 11 ans. La soprano Helen Kearns apporte un clin d’œil opératique avec Ch’io mi scordi di te ? K 505. Il s’agit d’une scène avec rondo, pour soprano et clavier obligé, extrait du livret d’Idomeneo que Mozart a écrit en espérant la reprise viennoise de l’opéra, l’entreprise qui n’a jamais connu la suite.
L’interprétation de François Dumont est toujours délicate et inspirée, c’est une incarnation de la grâce mozartienne. L’orchestre Symphonique de Bretagne répond parfaitement à son exigence pianistique, formant un ensemble bien uni. Double CD OSB Production. Durées : 66’58 et 77’59. VO. 

main-gaucheŒuvres pour la main gauche
Maxime Zecchini enregistre depuis 2012 une grande anthologie des œuvres pour la main gauche. Après les Études de Saint-Saëns, Concerto de Prokofiev, Sonatine de Lipatti, Diversions de Britten, Suite n° 3 de Schulhoff, et des pièces isolées, ce sixième volume réunit des transcriptions de morceaux célèbres et des pièces plus intimistes, comme Méditation de Thaïs de Massenet, Danse Macabre de Saint-Saëns, Étude de Moszkowsky ou Valse d’Adèle de Zichy. « Je les ai choisies, dit le pianiste, car elles reflètent une très vaste palette de couleurs et d’atmosphères, s’étendant sur une période de presque deux siècles. » Il nous fait découvrir la richesse de ce répertoire encore méconnu, en faisant sonner pleinement le piano comme si on en jouait avec deux mains. Cela vaut vraiment le détour ! 1 CD Ad Vitam Records. Durée totale : 57’12. VO. 

Voix de Maîtres

Deux divas sinon rien
sol-cecilia-couvertureGénie du marketing, la puissante et troublante mezzo-soprano Cecilia Bartoli joue les demoiselles de Rochefort avec la violoncelliste Sol Gabetta sur leur album Dolce Duello. Commençant par « Fortuna e speranza », un lamento de l’opéra seria « Nitokri de Caladara », leur album va, à l’habitude de ce que fait Bartoli, chercher dans un répertoire encore peu défriché. Et parvient à démontrer dès les premières notes que le violoncelle est l’instrument le plus proche de la voix humaine. Plus mélancolique que ne le laisse suggérer la couverture bleu turquoise, l’album atteint son acmé avec l' »Ode à Sainte-Cécile » de Haendel et le pic de son énergie dans « Di verde Ulivo », un air du très rare opéra de Vivaldi « Tito Manlio ». Non sans passer par Porpora, Albinoni et Gabrielli, l’album se termine par un Concerto pour violoncelle de Boccherini aux accents mozartiens où Sol Babetta, dirigé par son frère Andres et son ensemble, brille… Un rayon de soleil d’hiver dans notre mois de novembre qu’on pourra suivre en « live » le 4 décembre sur la scène de la Philharmonie. Dolce Duello, Cecilia Bartoli, Sol Gabetta, Capella Gabetta, Andres Gabetta, DECCA, 10 novembre 207, 24 euros. YH.

histoires-naturelles-550x492L’Art de la mélodie française selon Stéphane Degout
« Du live et rien d’autre ». Sous cette devise, le label B-Records enregistre des concerts pour en faire des disques, et voici sa dernière sortie « Histoires Naturelles », récital du baryton Stéphane Degout avec le pianiste Cédric Tiberghien, le violoncelliste Alexis Descharmes et le flûtiste Matteo Cesari, donné le 23 janvier dernier au Théâtre de l’Athénée dans le cadre de ses « lundis musicaux ». Avant même d’entrer dans l’interprétation, on remarque une très belle prise de son, bien cadrée. Si Stéphane Degout est un excellent chanteur d’opéra que chacun connaît, le voici en mélodiste précieux, avec des nuances et des timbres subtils. Dans la brièveté de mélodies de Poulenc, sur les poèmes d’Apollinaire (la plupart ne durent qu’une minute environ), il exprime l’essence de la vie, condensée, avec une intensité déconcertante. Il montre tout autre visage dans les Chansons madecasses et les Histoires naturelles de Ravel : un aspect dramatique prime plutôt qu’une sensualité exotique dans les premières, et il révèle un talent de conteur dans les dernières. La réussite de ce récital est également due à Cédric Tiberghien qui, depuis son clavier, sait efficacement mettre en valeur tous les atouts vocaux du chanteur. Stéphane Degout sera sur la scène de l’Athénée le 18 décembre. 1 CD B Records. Durée totale : 67’58. VO.

Visuels : couvertures de CDs et photos officielles