Les disques Classiques et Lyriques de la Rentrée 2018

2 octobre 2018 Par
La Rédaction
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Avec les bonnes résolutions et le cartable de la rentrée, nous avons trouvé une belle pile d’enregistrements clés. Les rééditions classiques et lyriques pleuvent sur cette rentrée et nous partageons nos préférées avec vous.

Par Victoria Okada et Yaël Hirsch

Voyages et baroudage

Voyage en Europe au rythme de danse avec marimbas
trio-sr9
Le Trio SR9 (Paul Changarnier, Nicolas Cousin, Alexandre Esperet) est un groupe de la percussion classique, formé en 2010 au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Lyon. Son nom étrange est l’abréviation de « Square Root 9 », en hommage au Baccalauréat scientifiques des trois musiciens. Lauréat du Concours international du Luxembourg en 2012 (Premier Prix, Prix de la presse et Prix du public), le Trio ne se cantonne pas à donner des concerts traditionnels mais s’ouvre également au monde du spectacle, défendant une vision créative de la percussion classique, à travers en particulier des transcriptions des œuvres classiques pour trois marimbas. Ce disque, intitulé « Alors, on danse ? », est une variation de musique de danse en trois parties : suite de danses baroques constituée de pièces de différents compositeurs (Haendel, Scarlatti, Couperin, Bach…), XIXe siècle européen (Satie, Debussy, Bartok et Borodine) et mysticisme des danses (Danse rituelle du feu de M. de Falla, Namchygäer de Tashdjian écrite pour le Trio SR9), chaque partie se terminant par une Danse de Travers de Satie (« En y regardant à deux fois », « Passer » et « Encore »). Les transcriptions ingénieusement réalisés, la douce sonorité des instruments, la prise de son qui favorise la résonance agréable et l’interprétation inspirée dans laquelle les trois musiciens semblent véritablement s’amuser, sont quelques points forts de cet enregistrement. A découvrir absolument.
1 CD Naïve, V5449. V.O.

Voyage dans la nuit du 17e siècle anglais
perpetual-nightLa voix « longue » de Lucile Richardo selon Sébastien Daucé, chef de l’Ensemble Correspondances, a la couleur et la tessiture si unique que l’on a du mal à définir s’il s’agit de la mezzo-soprano, de l’alto, ou du contralto. Mais ce qui est sûr, c’est qu’elle fait partie de ces chanteurs qui mènent une carrière plutôt discrète tout en étant adulés partout où ils passent. C’est donc à la fois étonnant mais finalement pas aussi surprenant — comme le miroir d’un éternel mystère qui rôde autour de sa voix ! — que ce disque représente sa première apparition en solo. Le chef imagine un fil de narration avec des airs et des songs anglais du 17e siècle (plus précisément de 1620 à la fin du siècle), taillé sur mesure à cette voix singulière. Entourée de quatre chanteurs et des musiciens de l’ensemble, elle s’exprime les originalités outre-manche, avec une bonne dose de mélancolie. On est extasiés par son expressivité vocale, accentuée par son caractère terriblement théâtrale, et par ces notes qui se dilatent longuement, qui pénètrent l’esprit et provoquent des frissons… Les sons d’instrument et la voix sont en parfaite osmose et créent un univers profond, tout comme la profondeur de la nuit voilée juste avant l’aube. Le plaisir est d’autant plus grand puisqu’aux côtés des compositeurs connus comme Purcell et Blow, on entend ceux beaucoup moins connus : Ramsey, Banister, Johnson, Coprario…
1 CD Harmonia Mundi, HMM902269. V.O.

 

Une quête spirituelle de Marie-Madeleine entre l’amour céleste et l’amour terrestre
caldara-maddalenaL’ensemble Le Banquet Céleste, fondé par le contre-ténor Damien Guillon, fête cette année ses 10 ans. Pour cette occasion, le chanteur, qui est également le chef (il dirige l’ensemble tout en chantant lui-même), réalise un projet qui lui tenait à cœur depuis des années : enregistrer Maddalena ai piedi di cristo (Madeleine aux pieds du Christ) d’Antonio Caldara (1670-1736). Fils d’un violoniste de Saint-Marc ami du père de Vivaldi, le jeune Antonio chante et apprend le violon et le violoncelle, avant d’entrer au service de Ferdinand Charles Gonzague de Mantoue. Maddalena est le troisième oratorio d’une quarantaine qu’il composa, et date de 1697 ou 1698. L’œuvre est chantée en italien et utilise tous les moyens expressifs, non seulement dans les parties chantées mais aussi dans celles instrumentales, en un véritable opéra sur un texte exprimant la lutte intérieure de Marie-Madeleine. La distribution est de haut vol : l’excellente Emmanuelle de Negri assume une Marie-Madeleine délicieusement humaine, que Damien Guillon et Benedetta Mazzucato, respectivement l’Amour Céleste et l’Amour Terrestre, tentent de la convaincre pour l’entrainer dans leur chemin. Le timbre quelque peu irréel — donc céleste — du contre-ténor trouve son écho dans la justesse des propos, et la voix plus charnelle de la contralto donne un beau contraste avec son semblable opposé. C’est finalement l’Amour Céleste qui triomphe pour guider Marie-Madeleine aux côtés du Christ, incarné divinement par Reinoud van Mechelen. Les 14 musiciens qui forment l’ensemble sont des complices idéaux des chanteurs en créant à chaque moment un ton juste. La sortie de cet enregistrement constitue un véritable événement de la rentrée.
2 CD Alpha Classics, Alpha 426 V.O.

Tour d’Europe de l’ADN baroque au Piano-Voix
adn-coverADN baroque, c’est un élégant écrin noir avec le contre-ténor et danseur Théophile Alexandre mis à nu sur le piano de Guillaume Vincent. En 21 tubes ainsi épurés, ils nous promènent dans toute l’Europe baroque en latin, italien, allemand, anglais et français, de Monteverdi à Vivaldi en passant par Bach, Haendel, Porpora, rameau, Purcell. Chaque chanson a son mode d’emploi (L’effroi pour « Cold song » de Purcell, La liberté pour « Lascia la Spina » de Haendel, ou les regrets pour le « Erbärme dich » de Bach). Au moins l’on sait quoi jouer et quand pour la BO baroque de sa vie. Concert les 22 et 23 octobre ( et Toute La Culture vous offre vos places !) à l’Athénée. Théophile Alexandre et Guillaume Vincent, ADN baroque, Klarthe, 73’10. 15 euros.  YH

Le tour du monde à la guitare de Thibaut Cauvin
C’est par ville et secondé aussi bien par le cauvin-citieschanteur-siffleur M (« Cap Ferré ») que le Dj Thylacine (« Berlin »), la mezzo soprano Lea Desandre (« Venezia ») ou le violoniste Didier Lockwood, mort en février, (« Budapest », notre préférée) que le guitariste « classique » Thibault Cauvin nous promène avec son instrument autour des capitales du monde. Un disque audacieux, enregistré au mythique Château d’Hérouville, qui sait mêler les genres autour de la guitare et s’écoute en boucle. Thibault Cauvin sera sur la scène du Théâtre de la Ville le 19 Février avec quelques uns des complices de ces duos, et il nous en parle ici.
Thibaut Cauvin, Cities, Sony Musique, sortie le 07/09/2018 Y H.


Inédits, découvertes et nouvelle compositions 

Découvrir les poèmes de Wilde avec Michael Linton et  Edwin Crossley-Mercer 
wilde-songsArès avoir composé autour de poèmes en latin avec Carmina Catulli, Michael Linton s’est penché sur 16 poèmes de jeunesse de Oscar Wilde? En 2 cds, enregistrés par le baryton basse Edwin Crossley-Mercer et le pianiste Jason Paul Petersen, ces chants entre paganisme et christianisme sont empreints d’une grande sensualité, encore rehaussé par le velouté de la voix du chanteurs. A temps, l’on se demande si Linton ne s’est pas plongé dans l’époque de Wilde pour nous offrir le parfait écrin d’une musique des années 1890. On se laisse porter comme au fil d’un fleuve oriental par ces deux cds délicats et précieux, et parfois, une phrase, un mot nous rapproche des affres et des combats de l’auteur du portrait de Dorian Gray. De Wilde, l’on connait peu les poèmes et mieux le théâtre ou le travail en prose. Ce disque permet de se plonger dans la part la plus romantique de l’écrivain, derrière sa constante réussite dans le « wit » et la brillance. Pour ceux qui n’ont pas eu le loisir d’entendre Edwin Crossley-Mercer chanter en avant-première certains de ces poèmes au Petit palais, le 31 août dernier, vous pourrez retrouver cette voix montante en Ali dans Les Indes galantes à l’opéra de Paris à la fin du mois.
Wilde songs, de Michael Linton, Edwin Crossley-Mercer voix, Jason Paul Peterson, piano, Refinersfire, 2CD, septembre 2018, 15 euros. A l’écoute ici. YH

Enregistrements inédits de Bernstein par l’Orchestre National de France
bernstein-onf
Nous sommes en
1975. C’était une époque où on prenait le temps. Leonard Bernstein passait trois semaines de répétitions avec l’Orchestre National de France pour préparer deux programmes : L’un est dédié à Ravel pour fêter le centenaire de la naissance du compositeur, l’autre est consacré à Requiem de Berlioz. La Radiodiffusion-télévision française (actuelle Radio France) a enregistré le concert Ravel qui a eu lieu au Théâtre des Champs-Elysées les 19 et 20 septembre de cette même année 1975, ainsi que des sessions de travail. Parmi les 7 CD qui composent ce coffret, les deux derniers sont issus des archives de l’INA qui reproduisent le concert et la répétition historiques, les bandes-son ayant fait l’objet d’une remastérisation. Ces « documents » nous font revivre l’enthousiasme et l’émotion qu’a suscité le charismatique chef américain chez les auditeurs, dans une salle exaltée. L’orchestre est lui aussi emporté par la fièvre et donne corps et âme dans les œuvres de Ravel… Quel chef aujourd’hui peut provoquer une telle fougue ? Le CD 7 nous offre également un concert enregistré en direct du concert le 12 septembre 1979 avec deux compositions de Bernstein lui-même : On the Waterfront et les Symphonic Dances from West Side Story. Dans les cinq premiers disques, on trouve notamment Schelomo de Bloch avec Mustislav Rostropovich et le 3e Concerto de Rachmaninov avec Alexis Wissenberg au piano (CD5). Indispensable pour les fans de Lenny.
Coffret de 7 CD Warner Classics, 0190295689544.
V.O.

Douceur et intensité de César Cui par cécine Laly et Emmanuel Christien
cesar-cuiIl faisait partie du groupe des 5 avec Mili Balakirev, Nikolaï Rimski-Korsakov, Alexandre Borodine et Modeste Moussorgski. Le russe César Cui (1835-1918) était également admiré de Liszt, sur des vers doux et mélancoliques de Jean Richepin, ses 20 mélodies reprennent vie avec la soprano Céline Laly et le pianiste Emmanuel Christien. Une redécouverte à se réserver pour les soirées d’automne plus fraîches, près de la cheminée ou du chauffage et qui plonge dans une bien belle nostalgie. A entendre également en live le 26 novembre à 20h au Centre culturel de la Cathédrale Sainte-Trinité, 1 quai Branly, 75007 Paris. Mélodies de César Cui par Céline Laly et Emmanuel Chsrtien, En Phases, sortie le 12 octobre 2018. 56’56. YH.

Le Dijonnais oublié – œuvres inédites de Jean-Baptiste Cappus
le-dijonnais-oublieOn ne connaît pas exactement l’année de la naissance de Jean-Baptiste Cappus (ou Jean Cappus, ou Capus), violoniste, violiste, chef et compositeur dijonnais, directeur du théâtre de Dijon. Ses traces sont connues dès 1690, et il fut très actif dans sa ville : pensionnaire de la ville ; maître ordinaire de l’Académie de musique de Dijon, au service de Louis-Henri, duc de Bourbon et prince de Condé, gouverneur de Bourgogne. Il composa également pour le collège des jésuites de Dijon. Il était proche de son compatriote bourguignon, Jean-Philippe Rameau, et de son frère Claude, qui l’aida dans la création de la première salle d’opéra publique de Dijon. Parmi les deux livres de Pièces de Viole qu’il composa, le premier livre fut publié en 1730 à Paris et le seconde est considéré perdu. Cappus signe également plusieurs œuvres scéniques : un divertissement Les Plaisirs de l’Hiver fut présenté en 1729 à Versailles pour la Reine. Quant au manuscrit de sa cantate Sémélé, il est conservée à la Bibliothèque nationale de France à Paris. Le violiste et musicologue Jonathan Dunford met en lumière la vie et la carrière de ce musicien grâce à ses recherches dans les archives départementales de la Côte d’Or. Ce double disque est un aboutissement de ces recherches, et révèle de nombreux détails, notamment la totalité des marques d’ornementation que Marais publia dans ses livres, ainsi que ses coups d’archet. L’enregistrement est quelque peu artisanal et le son est loin de la perfection d’un studio hyper-équipé, mais c’est précisément ce côté « rustique » qui donne plein de charme à ces pièces dont la plupart inédites. Par Jonathan Dunford et Jérôme Chaboseau (basse de viole), Pierre Trocellier et Francis Roudier (clavecin).
2 CD Astres Records AS-1 et en téléchargements V.O.

Bach sur archiluth par Thomas Dunford
bach-thomas-dunfordLe fils de Jonathan (voir CD Cappus ci-dessus), Thomas Dunford est un artiste accompli. Du haut de ses 30 ans, il sillonne le monde en collaborant avec les plus éminents interprètes de notre temps : William Christie, Paul Agnew, Phlippe Herreweghe, Jordi Savall, Trevor Pinnock, Leonardo Garcia Alarcon, Skip Sempé… Il est attiré par un grande variété de genres musicaux, et n’hésite pas à s’aventurer dans le jazz et dans la musique du monde. Pour ce disque entièrement consacré à Bach, il a transcris la Suite pour violoncelle n° 1 en sol majeur BWV 1007 et la célèbre « Chaconne » de la Partita pour violon seul n° 2 en ré mineur BWV 1004. Le programme est complété par la Suite en sol mineur BWV 995, un arrangement par Bach lui-même de la Suite pour violoncelle seul n° 5 en ut mineur BWV 1011. Le défit dans ces transcription est de savoir comment rendre ces œuvres, originalement composées pour des instruments à archet, à l’archiluth qui fonctionne avec les cordes pincées. Thomas Dunford conçoit chaque pièce comme si elle était écrite pour son instrument, et donne un résultat plus que convaincant, totalement différent des interprétations grandiloquents et post-romantiques souvent pratiquées au cours du 20e siècle. Un Bach mis à nu, dans une sonorité plus intime et discret.
1 CD Alpha Classics, ALPHA361 V.O.

 

Concertos et œuvres pour piano solo de Saint-Saëns par Bertrand Chamayou
chamayou-st-saensBertrand Chamayou est un éternel curieux. Non content du répertoire habituel, il ne cesse d’aller chercher de nouvelles possibilités pianistiques avec de nouveaux programmes. Virtuose avéré, aucune partition n’a de secret pour lui. Son nouveau disque entièrement consacré à Saint-Saëns le démontre encore. Saint-Saëns ? Mais on le connaît ! Il n’y a rien de nouveau ! — Détrompez-vous. Outre les deux concertos archi-connus (2e et 5e) avec l’Orchestre National de France sous la direction de son chef Emmanuel Krivine, notre pianiste prend un malin plaisir d’insérer une Mazurka pour piano en si mineur, une Valse nonchalante en ré dièse majeur, et quatre Études extraites des op. 52 et 111. Ces pièces exigent une virtuosité époustouflante mais la perfection technique de Chamayou permet les expressions tout à fait naturelles. Autant dire que c’est un véritable moment musical que vous passez pendant 70 minutes en sa compagnie.
1 CD Erato, 0190295634261 V.O.

vsiuels : couvertures des albums