Daniel Lozakovitch, violoniste suédois de 17 ans, à la Salle Gaveau

18 mars 2018 Par
Victoria Okada
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Daniel Lozakovitch, né à Stockholm en 2001, est l’un de ces jeunes interprètes dont l’évolution est guettée par les mélomanes les plus avertis. A 17 ans, il sillonne déjà le monde entier avec des orchestres prestigieux sous la baguette de chefs de renom. Il a donné ce 15 mars 2018 un récital classique à la Salle Gaveau.

daniel-lozakovich-credit-lev-efimov-oC’était en septembre 2015, à peine 15 ans, qu’il a enregistré son premier disque, un programme de duo de Bartók avec Daniel Hope pour Deutsche Grammophon, la firme avec laquelle il a signé l’année suivante un contrat d’exclusivité. Comptent parmi ses nombreux partenaires, Valery Gergiev, Shlomo Mintz, Maxim Vengerov, Ivry Gitlis, Martin Fröst, Renaud Capuçon, Khatia Buniatishvili, Tugan Sokhoev, Andris Nelsons, Christian Arming, Nikolai Znaider… Autant dire que son talent exceptionnel attire les regards les plus sévères des critiques et des professionnels, que ceux étonnés des grands connaisseurs.

Le programme de son récital est peut-être ce qu’il y a de plus classique : la Sonate n° 26 en si bémol majeur K. 378 de Mozart, la Fantaisie en ut majeur D. 934 de Schubert et la Sonate n° 9 en la mineur op. 47 « à Kreutzer » de Beethoven. Au début, dans Mozart, surtout dans le premier mouvement, il cherchait à trouver un équilibre avec le piano, face à une salle qui a mis longtemps à trouver le silence nécessaire. Si la musique ne semblait pas encore complètement heureuse, est-ce à cause de ces petits bruits permanents ou parce que les deux musiciens n’étaient pas encore en phase ? Ce qui était sûr, c’est que, outre le son très clair (à notre goût) et extériorisé du violon, le piano, tenu par Alexander Romanovsky, était de temps à autre assez percussif et perdait quelque peu le côté intime de cette œuvre. Le couvercle de l’instrument grand ouvert, le piano couvrait parfois le violon. C’est au « Rondo » final que nous avons enfin eu l’impression d’une unité homogène. Le duo explorait pleinement cette unité dans Schubert : Les phrasés sont naturels, les tempi adéquats, et la sonorité gracieuse. Ensemble, Daniel Lozakovitch et Alexander Romanovsky explorent avec élégance toutes les facettes joviales de Schubert en montrant toutefois un brin de mélancolie méditative dans la fameuse alternance majeur-mineur. Mais la sensibilité du jeune violoniste ne semble pas avoir trouvé entièrement son terrain d’expression, cette Fantaisie lui paraît encore « sage »…
Dans la deuxième partie, la Sonate « à Kreutzer » de Beethoven lui offre plus de liberté et d’inventivité. Il s’approprie davantage au caractère narratif de la pièce. Le couvercle du piano est baissé à moitié, et le son du violon gagne plus d’ampleur, les phrasés sont de plus en plus élancés ; les variations sont tour à tour remplies de moments gracieux et sérieux, voire graves… Les nuances, très justes, sont abondantes, sans aller à l’excès. Ses coups d’archets, eux aussi de plus en plus inspirés, animent les notes qui auraient pu rester dociles et banales. Que ce soit l’introduction pensive du premier mouvement ou le final exubérant, il assimile avec une facilité étonnante les affects exprimés. Reste à savoir quand il fera tomber tous les murs de sentiments, d’exploser tous les ressentis pour les traduire dans et par la musique, d’acquérir ce dosage si subtile et si difficile de contrôle d’affection.
Il a joué deux bis, Le Salut d’amour et La Capricieuse d’Elgar, avec un grand raffinement que seuls les véritables musiciens sauraient rendre.

Mozart : Sonate n° 26 en si bémol majeur K. 378
Schubert : Fantaisie en ut majeur D. 934
Beethoven : Sonate n° 9 en la mineur op. 47 « à Kreutzer »
Daniel Lozakovitch, violon ; Alexander Romanovsky, piano.
Le 15 mars 2018 à la Salle Gaveau.

Photo © Lev Efimov