4e Concours Voix nouvelles – Finale nationale

11 février 2018 Par
Victoria Okada
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Le jury de la 4e édition du Concours Voix Nouvelles a rendu son verdict, dans la soirée du samedi 10 février à l’Opéra Comique. Le premier prix a été attribué à Hélène Carpentier, qui a également remporté le Prix de la meilleure interprète du répertoire français.

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Quatre sopranos, trois mezzos, deux ténors et trois barytons : douze candidats au total ont été retenus à l’issue de l’épreuve demi-finale les 25 et 26 janvier 2018 à l’Opéra de Massy, pour la finale nationale avec l’Orchestre Colonne, sous la direction de Laurent Petitgirard. Chaque candidat doit chanter deux airs, dont un en français, en deux tours, le deuxième à l’ordre inverse de la première apparition. Cette soirée a bénéficié de la retransmission en Facebook live, comme toutes les épreuves précédentes (qui a totalisé plus de 1,3 million de vues), ainsi que la diffusion en direct sur Culturebox.

Un concours très attendu
Initié en 1988 par le Centre français de promotion lyrique (CFPL) et la Fondation France-Telecom (aujourd’hui Fondation Orange), le Concours Voix Nouvelles a révélé, dans les trois éditions précédentes en 1988, 1998 et 2002, des chanteurs reconnus sur la scène internationale : Natalie Dessay, Anne-Catherine Gillet, Stéphane Degout, Nathalie Manfrino, Karine Deshayes, Florian Laconi… S’adressant à tous les chanteurs âgés de moins de 32 ans au 30 juin 2017, originaires, scolarisés ou résidant dans l’un des pays francophones participants (France métropolitaine et d’outre-mer, Belgique, Suisse, Canada, Comores, Ile Maurice, Madagascar), cette 4e édition a recueilli plus de 600 candidats inscrits. Les pré-sélections ont été organisées en régions, grâce aux 17 opéras « points-relais » dans toutes les régions de France, y compris outre-mer, ainsi qu’en Belgique, en Suisse et au Canada. Ainsi, les 21 épreuves éliminatoires, de la mi-septembre à la mi-décembre 2017, ont permis de sélectionner 156 finalistes régionaux qui ont chanté sur la scène de l’Opéra de Massy en janvier dernier.
L’important jury, constitué de directeurs d’opéras, de structures de productions, de professionnels d’art lyrique (chefs d’orchestre, chefs de chant, metteurs en scène, agents artistiques…), comprenait une quarantaine de membres pour la finale.
Dès l’annonce de l’organisation de cette 4e édition, 15 ans après la dernière édition en 2002, les chanteurs et les amateurs de l’opéra ont immédiatement saisi l’occasion pour participer à cette fabuleuse aventure, d’autant que les douze finalistes se produisent déjà dans des productions diverses, leurs noms ne sont donc pas inconnus des plus férus de scènes lyriques.

Finale nationale à l’Opéra Comique
Chaque finaliste a sa propre voix, son propre caractère, sa propre personnalité, très différent de l’un de l’autre, avec un niveau bien affirmé. Par conséquent, le résultat annoncé n’est pas l’avis de tous, comme à l’accoutumée dans n’importe quel concours.
Finalement, le jury a attribué son Premier Prix à une jeune soprano de 22 ans, Hélène Carpentier. Étudiante au CNSM de Paris, elle a obtenu, en avril 2017, le Prix Jeune Espoir catégorie Opéra au 2e Concours international de Bordeaux. Son sens scénique inné et son timbre dramatique sont particulièrement propices pour l’air de Juliette « Dieu quel frisson… Amour, ranime mon courage » (Roméo et Juliette de Gounod) qui a recueilli une ovation chaleureuse.
Le Deuxième Prix revient à Angélique Boudeville, actuellement à l’Académie de l’Opéra de Paris. Sa voix somptueuse et riche en couleur est parfaite pour des héroïnes dramatiques, comme Elvira (Ernani de Verdi) et Louise (Louise de Charpentier, « Depuis le jour ») qu’elle a magnifiquement incarnées. Elle a littéralement enflammé le public avec « Ernani, Ernani involami » ; il est donc tout à fait légitime qu’elle remporte le Prix du public. Elle a également obtenu le Prix des opéras suisses.
Le troisième lauréat est une mezzo-soprano, Eva Zaïcik. Lauréate du « Jardin des voix » de William Christie pour une tournée internationale 2017/18, elle a été nommé Révélation classique de l’ADAMI en 2016. Habituée du répertoire baroque, c’est pourtant en chantant Ambroise Thomas (Eros de Psyché) et Rossini (Isabelle de L’Italiena in Algeri) qu’elle a fait preuve de son beau timbre argenté et son talent de comédienne en mettant également son avantage physique.
Anas Séguin, également Révélation classique de l’ADAMI (en 2014), remporte le 4e Prix. Ce baryton se distingue par un ton chaud et mystérieux ; sa prestation de l’air de Valentin « Avant de quitter ces lieux » (Faust de Gounod), était encore plus remarquable pour la caractérisation du personnage que « Ah ! Per sempre io ti perdei » (I puritani, air de Riccardo).
La caractérisation du personnage, Caroline Jestaedt, cinquième lauréate, sait parfaitement assumer. Son choix des airs (La Fée de Cendrillon de Massenet « Ah ! Douce enfant » et « Il faut partir » de La fille du régiment de Donizetti) était si représentatif de la couleur de sa voix, à la fois luisante et sobre, qu’elle a gagné l’adhésion de la salle.
Le 6e Prix du ténor Kévin Amiel, qui a enthousiasmé l’assistance avec « Che gelida manina » (Rodolfo, La Bohème de Puccini), si vrai, si dramatique, est quelque peu intriguant. Depuis sa nomination comme Révélation classique de l’ADAMI en 2011 et le Prix AROP en 2013, sa voix a gagné une belle maturité et son interprétation, une profondeur. Il aurait pu obtenir un meilleur prix, comme ont pensé nombre de spectateurs…

Les autres lauréats, qui n’ont pas eu le bonheur d’être distingués par des attributions spécifiques, ont tous leur atout. Ambroisine Bré sait adapter admirablement sa capacité expressive selon les personnages (« Je suis Lazuli », L’Etoile de Chabier et « Assia a piè d’un salice », Otello de Rossini) ; Eleonore Pancrazi, excellente comédienne, récemment admirée sur la scène du Théâtre des Champs-Elysées dans Le Barbier de Séville de Rossini, incarne merveilleusement les airs qu’elle chante (« Nacqui all’affanno… non più mesta », La Cenerentola de Rossini et « Oh ! La pitoyable aventure », L’Heure Espagnole de Ravel) ; le chant d’Emma Posman a une grande délicatesse et une sincérité profonde (« Je veux vivre », Roméo et Juliette de Gounod et « Adieu notre petite table » Manon de Massenet) ; le ténor Maxime Melnik a encore beaucoup de marge de progression tant pour le chant que pour le jeu d’acteur (« Le bruit des chants… » Sigurd de Reyer et « La fleur que tu m’avais jetée », Carmen de Bizet) ; Kamil Ben Hsaïn Kachiri sait séduire par la clarté vocale chaleureuse et sa présence scénique sympathique (« Papagena ! Weibchen ! Taübchen ! » La flûte enchantée de Mozart et « Pour faire un brave mousquetaire », Les mousquetaires au couvent de Varney) ; enfin, Gilen Goicoechea, par une projection impressionnante, fascine irrésistiblement (« L’orage s’est calmé » Les Pêcheurs de perles de Bizet et « O Carlo ascolta… », Don Carlo de Verdi).

Nous souhaitons une belle carrière à tous les lauréats !

Photo, de gauche à droite, de haut en bas : Angélique Boudeville, Kévin Amiel, Caroline Jestaedt, Anas Séguin, Eva Zaïcik, Hélène Carpentier © Page officielle Facebook du Concours Voix Nouvelles