Le 13e Festival Pianissimes : Jeunes talents et récital de Jean-Marc Luisada

27 juin 2018 Par
Victoria Okada
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Le 13e Festival Pianissimes s’est déroulé du 16 au 24 juin à Saint-Germain au Mont-d’or, dans le Val de Saône, en région lyonnaise. Cette année, la manifestation s’est beaucoup élargie et a duré pendant 9 jours, répartie sur 3 communes avec 12 événements dont 6 gratuits, avec 15 artistes, avec une augmentation considérable de fréquentation, soit 70 % par rapport à l’année dernière ! Nous étions les trois derniers jours, les 22, 23 et 24 juin.

clement-et-alexandreJeunes talents mis en valeurs
La vocation première de l’association Pianissimes est de faire connaître les jeunes musiciens prometteurs, tout au long de la saison à Paris et à Lyon. Tout naturellement, le Festival Pianissimes se veut un lieu privilégié pour présenter de beaux bourgeons à un public diversifié, tant pour les mélomanes que pour les non initiés. Après le concert inaugural du festival par le duo violoncelle-harpe (Astrig Siranossian et Sasha Boldachev) le 16 juin, nous avons entendu sept jeunes interprètes en deux concerts alléchants.
Le vendredi 22 juin, sur la scène en plein air du domaine des Hautannes, à Saint-Germain-au-Mont-d’or, Clément Lefebvre (lire notre chronique de son premier disque Rameaux et Couperin) et Alexandre Lory offrent un programme de piano à quatre mains coloré et bien pensé, de la fin XIXe siècle au début du XXe : Petrouchka (tableaux I et IV) de Stravinsky, Ma Mère l’Oye de Ravel, Barcarolle op. 11 n° 1 en sol mineur de Rachmaninov, Petite Suite de Debussy et Mà Vlast (extrait de Moldau) de Smetana. Les deux jeunes hommes ont chacun un jeu délicat et raffiné, qui fait transparaître leur sensibilité toute fine. Cela crée des moments particulièrement musicaux dans des pièces qui demandent une finesse et un bon goût, comme « Pavane de la Belle au bois dormant » ou « Le Jardin féerique » de Ma Mère l’Oye, ou « En bateau » de la Petite Suite de Debussy, ou encore la Barcarolle de Rachmaninov. Ces passages éthérés et subtils, qui sont nombreux dans ce programme, passent, hélas ! assez difficilement dans les conditions de plein air, doublées d’un air plus que frais ce soi-là. En effet, pris par le froid, les auditeurs n’étaient pas entièrement disposés à se concentrer sur les pianos et pianissimo joués comme si on était dans une salle intimiste… mais heureusement, un beau dynamisme est également au rendez-vous dans Pétrouchka et « Mà Vlast » et cela ravit le public.
aurele-et-4or-hanson-devant-l-egliseLe lendemain, le pianiste Aurèle Marthan et le Quatuor Hanson (leur disque « Mozart Project » avec l’Ensemble Ouranos dans notre chronique du mois de mai) livrent des œuvres de Mozart et de Haydn (samedi 23 juin à 17 heures). L’acoustique généreuse de l’église de Neuville-sur-Saône brouille quelque peu la clarté du propos, mais transmet bel et bien la fraîcheur et l’enthousiasme qui se dégagent de l’interprétation. D’abord en solo dans la Sonate n° 4 en mi bémol majeur K282 de Mozart, Aurèle Marthan s’efforce, en grande partie avec succès, de rendre son discours le plus limpide possible, mais une légère précipitation dans des passages en triolet (Menuet II) ou en double croches à la main droite dans l’Allegro final trahit une certaine tension. Ensuite, le Quatuor Hanson interprète le célèbre Quatuor « Les Quintes » op. 76 n° 2 de Haydn. Le premier mouvement avance tout feu tout flammes, comme une incarnation de l’esprit de Sturm und Drang même si l’œuvre est beaucoup plus tardive. Leur menuet, allant et enthousiaste, est dans la même veine. Dans le mouvement final, le premier violon apporte une touche de musique tzigane en faisant voler la dernière note du thème et en jouant également certains sauts d’intervalles en léger glissando. Ils dépoussièrent ainsi les interprétations plutôt austères aux tempi plus posés. Pour terminer le concert, les cinq musiciens proposent le Concerto n° 13 en ut majeur K 415 de Mozart dans la version avec quatuor, transcrit par le compositeur lui-même. Ils sont le plus convaincants dans le rondeau final où la jovialité et la vivacité prédominent.

luisada-2Récital de Jean-Marc Luisada
Cela faisait plus de dix ans que Jean-Marc Luisada n’avait pas joué dans la région lyonnaise. Son récital était donc très attendu, et la soirée était au-delà de cette attente. Il a choisi des compositeurs pour lesquels il excelle : Chopin (Mazurkas op. 24 et Fantaisie op. 49), Schumann (Davidbündlertänze op. 6) et Debussy (Images livre II).
Dans les Mazurkas, Luisada joue avec des rubatos plus ou moins prononcés, qui est sa marque de fabrique, de manière à suspendre parfois le temps avant de reprendre le cours habituel de la musique. Sa notion de tempo, très flexible, va avec ce « dérobé » qu’est le rubato. À la fin de la quatrième Mazurka en la mineur, il laisse la pédale forte pour créer un bel effet harmonique afin de faire fendre les notes dans l’air. Dans Schumann, on entend de temps à autre des contre-chants ou des voix secondaires émerger nettement à la surface, alors que certains rythmes sont très accentués. Quant aux Images de Debussy, chaque pièce est un ravissement, entre la grande clarté et mille nuances, avec ces motifs mélodiques « un peu en dehors » comme indique le compositeur (mais Luisada joue très clairement « en dehors »). Ses Poissons d’or sont très vivaces ; leurs sauts font crépiter les eaux qui scintillent aux rayons doux du soleil, et lorsqu’ils nagent tranquillement, c’est avec élégance et souplesse. Enfin, de retour à Chopin, avec Fantaisie en fa mineur. Dans une interprétation très inspirée, l’auditoire découvre l’aspect polyphonique de sa composition et les contrastes théâtraux dans différents épisodes musicaux.
Pour clôturer la soirée, le pianiste offre trois bis : le 2e Scherzo de Chopin, le premier mouvement (thème et variations) de la fameuse Sonate en la majeur K 331 « Alla turca » de Mozart et la 2e Valse de Chopin.

Visuel : © Pianissimes ; Jean-Marc Luisada © BS Artist management