[Live report] Mylène Farmer, divine embaumée ravit son public à Bercy

18 septembre 2013 Par
Yaël Hirsch
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Harnachée à la hauteur de sa réputation, la rousse qui a vendu le plus de disques en France dans les années 1980, est de retour en cette année 2013 avec un nouvel album Monkey me(Polydor) et se permet, en ce mois de septembre, 10 dates pleines à craquer (!) à Bercy pour une tournée haute en couleur, en chorégraphies et en effets spéciaux : TIMELESS. Toute la Culture était dans la fosse hier soir, fascinée par le professionnalisme, mais aussi le son et l’image figés. Naphtaline ou Libertine? Un peu des deux, dans un climat qui était futuriste dans les … années 1980.

Jouant à fond la carte de la vidéo, Mylène Farmer apparaît ponctuellement une heure après le début annoncé du concert (21h) , toute de blanc spatial vêtue, chignon roux ébouriffant et visage effrayant de lisse, après un travelling vidéo néo-futuriste digne de « 2001, Odyssée de l’espace ». Applaudie à tout rompre, elle est très vite rejointe par sa douzaine de sexy boys et 5 robots qui dodelinent de la tête en rythme des chorégraphies parfaitement rétros. Alternant les explosions de danses et lumières et les ballades plus mélancoliques seule en scène, Mylène profite de la surprise visuelle pour écouler une bonne partie des terriblement mauvais morceaux de son nouvel album. Mesmérisé par un Vjing et des mouvements qui permettent au Casimir de l’île aux enfants de rencontrer Star-Trek, on a à peine le temps de se dire que Mylène devrait peut-être rencontrer Woodkid pour éviter les faux pas du mauvais synthé et des moulinets plus Chantal Goya que Lady Gaga, et c’est déjà le moment des solos au piano. Ayant revêtu le rouge de la passion en robe fendue pour un duo avec un éphèbe trentenaire à la voix suave, Mylène redevient sex symbol pour un duo retro-projeté en paillettes à la Serge Lama / Dalida. Capital ringardise : 2000 %.

On commence à se rendre compte que la voix s’abime et l’on se sent plein d’empathie pour l’énergie et la mélancolie de la diva quand soudain, changement de décor, en petit page noir et diablotin au bustier déchiré, Mylène se lance dans ses plus belles reprises et commence par emballer le public avec une chorégraphie follement énergique de « Génération désenchantée ». Encore quelques titres du nouvel album et l’on patiente jusqu’à une apparition en cavalière piquante (costume d’homme et corset de cuir) pour une reprise des années 1990 « XXL ». Puis séquence vraiment émouvante sur l’évocation plus que la reprise du premier single de Mylène « Maman a tort » (1984). Sans transition ou presque (une techno un peu soupeuse mêlée au fameux mouvement du trio pour piano de Schubert que Kubrick a utilisé dans Barry Lindon), le sex appeal se précise et c’est sur un mode bonding japonisant vermillon que Mylène entonne avec ses boys lascifs un « Sans contrefaçon » chanté à gorge déployée par le public. Elle quitte alors sa jupe nippone pour une chorégraphie qui apparaît ici délicieusement désuète du toujours excellent « Je t’aime mélancolie ».

A ce stade on a presque oublié l’indigent single « Je te dis tout » en première partie, où elle a fondu en larmes, rétro-projetée en gros plan et le rimmel commandé sur lit botox ne fonctionne pas et est complétement à fond dans nos souvenirs nostalgiques des années 1980. Cela fait deux heures que Mylène dégage une énergie folle, et elle salue avec grande émotion, sans néanmoins présenter ses musiciens. Après une salve d’applaudissements et de cris pour qu’elle revienne, l’éternelle vierge et sex-symbol revient en robe de mariée blanche coupée devant pour deux chansons lentes qui nous bercent mais nous laissent un peu sur notre faim : Quid de libertine? Le titre ne sera pas chanté.

On ressort de ce véritable show, qui aurait été d’avant-garde il y a trente ans, mais représente encore le futurisme de notre enfance, assez mélancolique et sommes toutes ravies d’avoir réentendu des tubes que nous n’avons plus écouté depuis des lustres (littéralement). Un peu tristes de voir l’idole vieillir prématurément à force de refuser l’avancée du temps, nous sommes néanmoins restées bluffées par sa performance physique, nous demandant pourquoi elle ne s’est pas entourée, comme Madonna, de fines mouches compositeurs et ingénieurs d’avant-garde, plus en accord avec notre génération si désenchantée que les robots grandeur nature de mangas eighties ne les fait plus rêver.

Visuel : Yaël Hirsch © 2013 Stuffed Monkey